Miracle (5)

  Il faut y revenir aux derniers développements, marqués par la déferlante de violences Place Tahrir-Tienanmen, au Caire: la dictature n’est pas un régime mais un arsenal de techniques toutes plus grossières les unes que les autres. Leur enchainement aussi choquant que prévisible souligne leur lamentable nature: déni, stigmatisation d’éléments extérieurs responsables des troubles, mensonge d’Etat, rhétorique paternaliste, intimidation.   
  Il faut y revenir aux derniers développements, marqués par la déferlante de violences Place Tahrir-Tienanmen, au Caire: la dictature n’est pas un régime mais un arsenal de techniques toutes plus grossières les unes que les autres. Leur enchainement aussi choquant que prévisible souligne leur lamentable nature: déni, stigmatisation d’éléments extérieurs responsables des troubles, mensonge d’Etat, rhétorique paternaliste, intimidation.   

 

On en est au stade de l’intimidation, avec les voyous recrutés par Moubarak pour faire exploser le centre névralgique de la révolution égyptienne (Le Monde, toujours aussi tranchant, parle de son côté de « contestation »…), et personne, au moment même où se déroule l’évènement, n’est dupe. La vérité de ses techniques basées sur le simulacre et la dissimulation, qui sont mobilisées pour diviser et faire passer les victimes pour des coupables et les héros pour des salauds, éclate en plein jour, à la vitesse de la lumière qui éclaire un temps présent en rupture totale avec les réalités du passé. Ce qui marchait hier pour tuer dans l’œuf l’élan contestataire surligne maintenant la nature cruelle d’un régime qui s’accroche, se durcit parce qu’il sent qu’il vacille.

 

On va bientôt être au bord du bain de sang, une tragédie, qui, paradoxalement, précipiterait la fin du régime. En effet, si le massacre des révoltés a lieu sans que l’armée ne bronche, la communauté internationale, les Etats-Unis en tête, ne tergiversera plus en se cachant maladroitement derrière l’argument Moubarak dictateur de son peuple, oui, mais allié des occidentaux. Et elle agira. La révolte a beaucoup plus de chances objectives d’ouvrir la voie à la démocratisation du pays que de faire basculer celui-ci dans la guerre civile. Pour autant, l’Egypte, qui n’est certes pas une mosaïque religieuse et ethnique unifiée au forceps, est un pays fragmenté où l’envie d’en découdre est palpable. Mais disons que si Moubarak tombe demain, la nation ne volera pas en éclats comme après les guerres d’Irak et de Yougoslavie qui soulevèrent des chapes de plomb identitaires. Le terreau n’est pas là et les seuls désireux de tout pourrir, à savoir les Frères musulmans, sont pour l’instant très discrets.

 

Nombreux sont ceux qui font des révoltes arabes une nouvelle chute du Mur de Berlin. Ils ont plus raison encore qu’ils ne l’imaginent. Car si Berlin a sonné le glas de l’empire soviétique, il se pourrait bien que l’effondrement des dynasties militaires de la région, toutes soutenues par les Etats-Unis, portent un coup terrible à l’impérialisme américain. L’universitaire Shibley Telhami, un ancien de la Mission des Etats-Unis à l’ONU et aujourd’hui commentateur sur CNN, a dit l’autre jour quelque chose de très vrai. Avant la Tunisie, les régimes arabes fonctionnaient toujours de la même manière: calmer la colère américaine avant tout, et ignorer celle, gérable, des peuples. Telle était leur priorité pour s’assurer le versement de mannes alimentant leur richesse et garantissant la perpétuation de leur pouvoir. Mais voilà que les peuples rappellent soudainement aux deux parties qu’ils existent, elles qui avaient cessé de les voir pendant qu’elles commerçaient et combattaient le terrorisme. Violente irruption du réel qui remet en question les alliances historiques les plus douteuses.

 

Obama et l’Union européenne sont dans leurs petits souliers. Mercredi, le Porte-parole de la Maison blanche a reconnu du bout des lèvres que, dans le cadre d’un scénario à la turque, les islamistes pourraient faire partie de l’équation politique en Egypte.

 

Question: si la révolte gagne l’Algérie, qui, en muselant le FIS au début des années 90, inaugura la « clandestinisation » des élus islamistes, Obama reconnaitra-t-il que ces derniers, représentants d’une partie du peuple, peuvent jouer un rôle politique ? Cela signifierait que les Etats-Unis post-11 septembre lâchent du lest sur la question de l’islam politique. Que, donc, ils ne soutiennent plus aveuglément Israël. 

 


Pierre-Jean Chiarelli

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