Aujourd'hui à 17h30 pour David Kato

Il y a un peu plus d'un an, à la suite de plusieurs échanges d'emails sur Facebook, je créais sur Facebook avec Didier puis l'aide très active d’Arlindo Constantino un groupe destiné à relayer le passage d'une loi instituant la criminalisation de l'homosexualité assortie d'une possible condamnation à mort. Une loi inspirée par les liens très étroits qui unissent une partie du pouvoir politique Ougandais des cercles évangélistes néo-conservateurs américains dont le plus célèbre est appelé The Family. Cette nouvelle avait alerté l'opinion sur le net et jusque dans la presse dans les pays anglo-saxons, mais en France, hormis une dépêche du quai d'Orsay en octobre, un bref communiqué de presse du centre LGBT en décembre, ainsi que quelques articles dans Têtu, Yagg et Illico, rien ne semblait se profiler du côté militant. 

 

L'idée était, avec la création d'un groupe, de réunir une énergie potentielle qui permettrait, éventuellement, à des militants, de s'en emparer. Or, comme toujours, hormis Act Up qui avait dors et déjà fait un zap de l'ambassade, la création du groupe, réunissant plus de 25.000 personnes n'intérressa personne et sembla plutôt offrir maints débats sur la possibilité ou non de mobiliser sur le net. Habitant au Japon, je me suis énervé de la passivité des militants, dont certains sont rémunérés et donc dont c'est le travail, et j'ai laissé tomber. L'Ouganda est devenu une sorte de tabou dans ma tête, une sorte de honte enfouie, un peu comme ce Polonais dans le film Shoah qui évoque le ghetto de Varsovie en pleurant en disant qu'il avait tout essayé mais qu'il n'avait pu rien faire.

 

Il faut dire également que Didier, Arlindo et moi-même avons au passage découvert l'impossibilité de contacter les membres d'un groupe quand celui-ci dépasse 5.000 personnes. Cette limitation nous a rendu un travail d'information actif, celui que nous entendions réaliser.

 

J'avais espéré que des gens, des militants, s'empareraient de cette situation et de l'opportunité créée par l'existence d'un groupe francophone, avant que des évènements graves n'arrivent, les premières exécutions de séropositifs par exemple, puisque le gouvernement ougandais se proposait de faire du sérosorting / sérotriage à sa façon. Je ne pensais pas que la gauche, ses militants, les LGBTmachin-chose étaient à ce point là, à n'être que des spectateurs désabusés de leur défaite universelle, armée de pleureuses justes bonnes à verser des larmes quand le pire est arrivé, destructions d'acquis sociaux, lois liberticides, massacres de populations, mais incapables à agir avant. Un peu comme si on n'avait pas eu Act Up et qu'on avait contemplé l'hécatombe des années 90 en disant « pauvre de nous », ou bien, ouvriers d'autrefois, surrexploités, si on n'avait pas eu les syndicats et qu'on s'était contentés de nous dire « la vie est bien dure, pauvre de nous ». Cette loi était encore à l'état de projet, les homos Ougandais eux-mêmes tachaient de réagir, demandaient non pas de l'aide, mais des expressions de soutien, notamment par le relais de l'information dans les médias afin qu'une pression internationale des opinions stoppe les plus réactionnaires des législateurs.

 

Parmi les plus médiatisés des militants Ougandais, il y avait David Kato.

David Kato vient d'être assassiné, ce mercredi 26 janvier.

 

La nouvelle est arrivée le 27 et a circulé un peu partout sur le net le 28 janvier 2011. Rachel Maddow, journaliste politique de gauche, celle qui avait mis l'affaire au grand jour aux USA en rapportant et la nouvelle du passage de la législation et les liens avec les cercles néo-conservateurs (son interview d'un  « homosexuel guéri »américain à l'Oedipe caricatural continue de tourner sur le web et de faire rire tant il est vrai qu'il vaut mieux ça qu'en pleurer) ainsi que The Family, a rapporté la nouvelle dès jeudi et développé l'information dans son show du vendredi.

 

David Kato a été assassiné après plus d'un an de harcèlement, de menaces de morts quotidiennes dans un pays qui n'a toujours pas renoncé à voter une loi prévoyant de tuer les séropositifs et les homosexuels refusant de suivre un traitement visant à « les guérir ». Têtu et Yagg  ont annoncé son décès et ont relayé les réactions suite à son assassinat, Tjenbé Rèd s'en est emparé et propose un rassemblement demain pour sa mémoire. Une page Facebookvient d'être créée et vous pouvez la rejoindre - et manifester aujourd'hui, le 31 janvier 2011 avec eux.

 

 

La Tunisie? Hein?

 

Il y a deux semaines, j'ai reçu un mail de Minorités, le samedi, avec le curieux message suivant « Dis, tu peux pas écrire un truc sur la Tunisie? Ah oui, c'est pour demain ». Je n'étais même pas au courant, par chez nous, c'est plutôt les bateaux de pêche chinois ou la succession de Kim Jon Il et ses tirs de missiles sur la Corée du sud qui nous occupent. J'ai regardé sur le net et j'ai été halluciné de voir que Ben Ali avait quitté le pays. Ben non, je n'avais rien à écrire. Je connais mal la Tunisie; je me contentais de suivre les troubles en Algérie, mais ça, on vous en parle peu à la télé, parce qu'en Algérie, il y a du gaz, du pétrole, du cruivre et que personne n'y veut une révolution... J'ai aimé cette grande impréparation pour préparer un numéro sur la Tunisie, comme ça, en deux jours. Pour moi, c'est l'essence du militantisme. Militer, ce n'est pas forcément réclamer, pas forcément défendre. C'est être là, quand il le faut. Même si on n'est pas nombreux, même si ça ne fait pas avancer les choses, en tout cas en apparence. Lionel Soukaz a publié sur Dailymotion une vidéo de la manifestation Act Up devant le Sénat en 1991. Il n'y avait pas grand monde, mais Act Up était là, et d'autres. Ça pouvait paraître ridicule, mais quand on pense qu'un an plus tard la méme association déplaçait plus de 3 à 4000 personnes, on mesure à quel point « être là » était important.

 

C'est avec regret que nous apprenons que notre camarade, notre frère, notre soeur le militant David Kato a été assassiné après plus d'un an de harcèlement, de menaces de mort quotidiennes dans un pays qui n'a toujours pas renoncé à voter une loi prévoyant de tuer les séropositifs et les homosexuels refusant de suivre un traitement visant à « les guérir ». Nos pensées vont à sa famille, et ses compagnons, nos compagnons, que nous soutenons dans leur lutte et dont nous saluons le courage.

 

Retrouvons-nous aujourd'hui à 17h30 avec Tjenbé Rèd — Paris, Parvis des Droits de l'Homme (M° Trocadéro, ligne 9)


Madjid Ben Chikh

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