And the music plays forever

Il est sept heures du matin à Tanger, et les cloches d’une église sonnent à toutes volées au moment où je nais, bercé dès mon arrivée au monde par ces sons angéliques, qui alterneront, durant toute mon enfance, avec le doux chant du muezzin, et, un peu plus tard, les prières du Shabbat à Tel-Aviv. Mon frère et ma sœur, comme tous les garçons et les filles de leur âge, découvrent la pop anglaise, et mes parents écoutent du jazz et du classique, mes premières amours musicales seront françaises: Françoise Hardy, Polnareff, Barbara, Charles Trenet, et surtout Chopin, qui me fait pleurer d’émotion sur mon piano (oui, Chopin est français, même si son cœur se trouve à Varsovie, et oui, j’étais et je suis toujours un garçon émotif). Très vite, je comprends que les petits filles modèles de William Sheller, ce n’est pas mon truc, mais heureusement Bowie est là pour nous confirmer que boys, boys, it’s a Sweet Thing, alors je ne me gêne pas, Wham Bam Thank You Mam, et je me fais expulser, pour m’être rasé les sourcils, du collège privé anglais où l’on m’a inscrit pour que j’obtienne haut la main mon diplôme d’homosexualité. 
Il est sept heures du matin à Tanger, et les cloches d’une église sonnent à toutes volées au moment où je nais, bercé dès mon arrivée au monde par ces sons angéliques, qui alterneront, durant toute mon enfance, avec le doux chant du muezzin, et, un peu plus tard, les prières du Shabbat à Tel-Aviv. Mon frère et ma sœur, comme tous les garçons et les filles de leur âge, découvrent la pop anglaise, et mes parents écoutent du jazz et du classique, mes premières amours musicales seront françaises: Françoise Hardy, Polnareff, Barbara, Charles Trenet, et surtout Chopin, qui me fait pleurer d’émotion sur mon piano (oui, Chopin est français, même si son cœur se trouve à Varsovie, et oui, j’étais et je suis toujours un garçon émotif). Très vite, je comprends que les petits filles modèles de William Sheller, ce n’est pas mon truc, mais heureusement Bowie est là pour nous confirmer que boys, boys, it’s a Sweet Thing, alors je ne me gêne pas, Wham Bam Thank You Mam, et je me fais expulser, pour m’être rasé les sourcils, du collège privé anglais où l’on m’a inscrit pour que j’obtienne haut la main mon diplôme d’homosexualité. 

Je danse, je danse, je danse encore, underage but overhere, sur la piste du Studio 54 où Bianca Jagger, au bras de Brian Ferry, s’approche pour me dire « Vous êtes adorable, mais les garçons qui dansent n’ont pas d’avenir ». Je m’en fiche pas mal vu que I’ve Got All My Sisters With Me, et, parcourant le monde like a demon from stationtostation, je finis par atterrir en France, où je découvre que les « young parisians are so french, they like Patti Smith » (Adam and the Ants). Le punk passe comme un week-end pluvieux, Le Palace puis les Bains-Douches ouvrent et ferment comme des éventails, mais c’est à Londres, as usual, qu’il se passe vraiment des choses intéressantes. Dans la chambre à côté de la mienne, dans le squat de Warren Street, (Boy) George chante d’une voix merveilleuse  The River of No Return de Marilyn Monroe qu’il écoute sur un Teppaz tout naze, et je me dis que ce type est vraiment une star, même s’il survit avec un hamburger par semaine en volant de la monnaie dans les sacs du Blitz dont il tient le vestiaire. Chaque jour, il va chez Boots piquer une bombe de laque qu’il se met intégralement sur les cheveux avant que nous allions danser avec Marilyn, Sade, Kate et Jeremy de Hayzee Fantasy, la grosse Steve Strange de Visage (surnommé dans son dos Wally Weird ou Knobby Normal), les deux frangins beaufs de Spandau Ballet, mes amis David et Stevie de Body Map, Stephen Jones le chapelier et un très jeune mais déjà très déjanté John Galliano.

 

Un soir, George est tellement triste d’avoir rompu avec son boyfriend Kirk Brandon (du groupe Theatre of Hate) qu’il va tagguer en gros sur le trottoir en bas de chez lui : « Do You Really Want To Hurt Me ? ». And the rest is history. Toujours à Londres, c’est au Bell’s que je rencontre les Bronski Beat qui viennent de sortir Smalltown Boy, et comme il paraît que je suis une marieuse dans l’âme, je présente Jimi Somerville à Didier Lestrade, (rencontré lui-même au concert d’Iggy Pop, dans un imperméable transparent avec un kilo de talc sur les cheveux, watch out sister, your roots are showing). Entretemps, je découvre que mon boyfriend Adam est dans presque toutes les vidéos des Smiths, et quand je lui demande pourquoi il ne m’en avait jamais parlé, il me répond : « C’est parce que tu ne me l’avais jamais demandé »... Hello ?!?

 

Rentré à Paris, où la fête est bien finie, et où l’on emmène chaque semaine nos potes au Père Lachaise, je deviens pendant quelques années journaliste musical, (mais ne le dites à personne, ma mère croit que je me prostitue à Dubaï). Je fais le tour du monde avec les Spice Girls, et oui, je peux vous confirmer que Victoria Beckham n’est pas posh du tout, mais bien « aussi tête à claques qu’une femme de footballeur ». Je grignote des carottes bio à Atlanta avec Janet (Miss Jackson if you’re nasty), je prends le Concorde pour écouter Dangerous de son frère Michael, avec lequel je dîne dans le désert près de Palm Springs sur le tournage de In The Closet (a typical topic, wouldn’t you say). Je me fais engueuler par Madonna au Ritz parce que je ne lui ai pas amené le livre que je lui avais promis un an avant (Save Me The Waltz de Zelda Fitzgerald), et, avec Neil and Chris from the Pet Shop Boys, nous flânons à l’aube sur Miami South Beach, en rentrant d’un club latino, tout en chantant Domino Dancing. A Los Angeles, je grille Michael Stipe et Morrissey enlacés au bar de l’hôtel de Leonardo di Caprio après un concert de REM, et je reçois une carte de vœux de Tori Amos (« Hope the holiday was bitching, we must have some chocolate in Paris »), ce qui me donne envie de chanter « Hosana au plus haut des cieux » plutôt que de Crucify Myself. Ah oui, Losing My Religion reste au sommet des charts en Israël pendant presque un an, ce qui confirme qu’une simple chanson pop peut avoir une résonnance éternelle dans l’inconscient collectif. (Imagine de Lennon en reste l’exemple ultime). 

 

Et puis les choses s’aggravent vraiment puisque me voilà à l’hôtel Costes en train de prendre le thé (pour la 13ème et dernière fois) avec « la personne qui se fait appeler Mylène Farmer ». Je suis toujours aussi stupéfait de la pauvreté de son vocabulaire, même si elle aime bien utiliser des mots comme « converser » au lieu de dire tout simplement « parlons ». Puis je me rappelle que mon ami Bertrand Lepage, son inventeur, qui avait des tirades merveilleuses comme « Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente », n’est plus là pour lui souffler ses plus belles phrases, parce qu’il s’est tiré une balle dans la bouche la veille de la sortie d’Innamoramento. Alors je la plante là, comme la cruche qu’elle est, une cruche avec un anse dans le plâtre en plus, en lui disant: « J’aurais bien aimé vous dire que j’ai bien aimé votre dernier show Mylène, mais malheureusement, je ne sais pas mentir ». A l’autre bout de la cour carrée du Costes, il y a George Michael, entouré comme toute superstar, d’un staff hystérisé, et il se penche sur moi, like Jesus to a child, pour me dire « Excuse me for this fucking zoo ».

 

Ce qui confirme ce que je pensais depuis toujours: les plus grandes popstars ont le sens de l’humour, d’Elton à Madonna, de Morrissey à Lady Gaga. Les autres, ce sont ceux qui, après un demi-tube, vous disent très sérieusement qu’ils se voient comme « le nouveau Michael Jackson », alors qu’ils sont probablement, au moment où vous lisez ces lignes, en train de ramer pour un poste de responsable au KFC d’Earls Court. Bien sûr, certains de ces popstars sont as cute as hell, alors j’en profite pour coucher avec, parce que, comme le dit si bien Jacques Brel, il faut bien que le corps exulte. Pour avoir des noms, il faudra attendre que je sorte mes mémoires, thank you very much, mais disons que vous pouvez écouter Ocean Blue d'ABC, Broke Away de Wet Wet Wet, et Back For Good de Take That en pensant très fort à moi.

 

Et c’est en faisant un soir, avec Robbie Williams, (qui est vraiment la personne la plus drôle au monde, et non je n’ai pas couché avec), un concours de « celui qui se rappellera du plus grand nombre de vers formidables des Pet Shop Boys », que j’écris ma première chanson, (Funny Forgettable) sur un coin de nappe. Et comme il me dit « Fucking Hell, that’s really good », j’en écris une douzaine d’autres, en anglais (Drop The Knowledge Dude, Do Something Sexy ), et une douzaine en français (Un qui aime les chiens et pas les chats, Une fête pour les gens qui s’embêtent , Tais-toi, j’adore)(NDLR : je ne fais jamais de NDLR mais this one song is my fave). Et puis un soir dans un Bar Branché, on me présente un garçon beau comme un lever de soleil sur le Golfe Persique, et je sais que j’ai enfin trouvé avec lui Ma Place au 7ème Ciel. Alors, je range les chansons dans un tiroir, je les oublie, pour vivre The Secret Life of Arabia. Il faudra attendre trois ans encore pour me laisser convaincre d’en mettre une online, et quand mon 7abibi entend Que Tal Maricon sur l’i-Pod de son petit frère, il me demande pourquoi je ne lui avais jamais dit que j’écrivais des chansons, et je lui réponds : « C’est parce que tu ne me l’avais jamais demandé ». Ya Hayati ! Il est minuit à Abu-Dhabi, et mon mari s’endort, blue-tooth dans l’oreille, en écoutant mon album. Hier, ses petites sœurs sont allées voir Linkin’ Park en concert avec leurs copines, cheveux au vent dans la Hummer. Alors, pour que le sommeil me trouve, je ferme les yeux, et j’entends à nouveau chanter les cloches de Tanger. And the music plays forever… 


St Sebastien

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