Police: Sihem Souid dénonce
Racisme, sexisme, homophobie, corruption. Dans son livre Omerta dans la police, Sihem Souid met les pieds dans le plat en dressant un monde peu idyllique de la police. La jeune flic donne sa version et décrit ce qu'elle aurait vu, entendu, vécu. Au péril de sa carrière.
« Je ne peux pas lutter seule. Le système est verrouillé, mais pour moi la vérité gagne toujours à la fin. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, mais maintenant tout le monde le sait. » Les mots sont choisis, le ton incisif. Sihem Souid entend briser la loi du silence du milieu policier, et en assume les conséquences.
Dans son livre Omerta dans la police, paru en octobre, elle raconte son expérience à la PAF (Police Aux Frontières) d'Orly. « Quand je suis entrée dans la police, mes convictions étaient très fortes. J'ai vu la lumière », raconte cette ancienne cadre de la Brink's, reconvertie après avoir assisté à l'agression et au sauvetage de sa meilleure amie.
Rapidement, les désillusions s'enchaînent pour cet élément pourtant brillant. Les « bougnoules », « melons » et autres « nègres » sont ancrés dans le vocabulaire des fonctionnaires. « Au début, je pensais que seules deux ou trois personnes isolées parlaient de cette façon. » Mais quand sa collègue, homosexuelle, ne peut plus faire face au harcèlement moral exercé par sa supérieure, Sihem Souid commence son combat.
Loi du silence
Une lutte sans fin. La hiérarchie prône, elle, la loi du silence et le « lavage de linge sale en famille. » Auprès de ses supérieurs, dans son livre, puis sur les plateaux télévisés, la jeune flic décide alors de tout dénoncer. Les affaires de corruption, les trafics de chiffres et de statistiques, le mauvais traitement des sans-papiers, et bien sûr le racisme et l'homophobie à l'intérieur de l'institution. Tolérés, et jamais jugés.
Entourée de plusieurs collègues victimes des mêmes attaques, elle dépose une plainte contre la PAF d'Orly. Trouve ensuite du soutien auprès de la Halde, et réintègre son service. Quelques mois plus tard, elle apprend néanmoins que l'institution a tranché : il n'y a pas de discrimination dans son dossier. Un coup dure qu'elle a du mal à avaler. « Je pense sincèrement que l'arrivée de Jeannette Bougrab à la tête de la Halde a tout bouleversé. Les dossiers qui gênaient le gouvernement ont été mis de côté. Des décisions ont été cassées. »
Aujourd'hui suspendue, bientôt révoquée?
Auditionnée plusieurs heures pour atteinte au devoir de réserve, Sihem Souid est désormais suspendue de ses fonctions actuelles, pour une durée de quatre mois. Attaquée pour violation de secret professionnel, elle risque même la révocation. Pour autant, elle ne veut pas abandonner le combat. « Je suis révoltée par ce sentiment d'injustice, d'impunité totale (...). Ce n'est pas à moi de partir. C'est à ces gens qui commettent des actes illégaux de s'en aller. Partir, ce serait leur donner raison, être lâche, et accepter. »
Depuis la sortie de son livre, Sihem Souid reçoit des centaines de lettres de soutien par jour, ainsi que des témoignages d'autres policiers. Un comité de soutien s'est même créé en Bretagne, et sur Facebook. A terme, grâce aux bénéfices des ventes du livre, qui pour l'instant connaît un franc succès, elle souhaite créer une association. « Les syndicats de policiers ne servent pas à grand chose. Je veux qu'une association défende les causes présentées dans mon livre. »
· Sihem Souid, Omerta dans la police; Collection Documents - octobre 2010, 18 €, Éditions Le Cherche Midi.
[Virginie Bachelier pour Respect mag]
