Fromage de tête
L'article de Jean-Louis le Touzet paru aujourd'hui dans Libération est de ceux qui ne dit rien des idées et de l'articulation lepéniste, mais tout du mépris social du journaliste.
T'aimes pas le fromage de tête, so what?
Descriptions physiques, railleries du langage: la moquerie de classe sert de fil à l'article. Et ne dit absolument rien sur ce qui permet de comprendre pourquoi Marine Le Pen avance vers un carton électoral qui nous mettra tous par terre, avec nos régimes intellectuels et nos goûts musicaux affirmés.
Présenter les électeurs du Front comme des idiots avinés est-ce tout ce qu'il y a à dire alors que la victoire des idées frontistes semble totale puisque le sujet politique central, le problème Number One dans la tête des européens, ce sont les arabes, l'immigration, l'intégration — pas l'ordre social et économique injuste dans lequel nous nous débattons tous ?
Minorités, de manière quasi intrinsèque, participe à l'envolée culturaliste. Pourtant, quand j'ai commencé ma chronique L'auberge des retoqués, c'était d'abord pour montrer l'instrumentalisation générale de la race et de la culture dans une dynamique d'écrasement général des classes populaires, des sous prolétariats et des classes moyennes de toutes origines dans un même mouvement.
Mais, au final, on ne retient de la démarche que l'exemplarité du "je", l'approche biographique et littéraire, la surface.
Ma colère c'est qu'aujourd'hui presque tout le monde est d'accord pour ramener le débat politique au niveau de la viande hallal et des travers de porc.
On se repait de l'appétit alcoolique quand il s'agit de culture vinicole et de terroir, mais toute plongée dans la traine lepeniste met en scène des personnages avinés, abrutis comme si la classe vinicole ne se goutait qu'au-dessus des chais et pas à fond de tonneau.
La critique politique bloquée au niveau de l'usage du rond de serviette est de celle qui porte les journalistes à rouler vers un supermarché de Valenciennes dès que leur rédac chef les enjoint à un peu d'authenticité.
Marine Le Pen fait ravaler l'expression "des vrais gens" à toutes les rédactions et c'est ça le problème. Alors même que le discours d'extrême droite est une insulte permanente à la majorité d'entre nous tous, que son programme économique n'est qu'au service des élites libérales, la seule rhétorique de ses opposants politiques c'est de taper sur les égos populaires que le FN flatte dans le sens du poil, pour mieux leur enfoncer ensuite un couteau dans le dos. Renforcer la distinction sociale qui est le terreau même de l'adhésion frontiste est-ce tout ce que nous pouvons faire ?
