Drague 2.0 pour geek hétéro

Voilà maintenant un peu plus de six mois que je me suis séparé de ma femme. À 35 ans, je suis désormais célibataire, quasiment divorcé, et heureux gardien d'une petite fille de cinq ans et demi. Après pas loin de trois ans de disette sexuelle et émotionnelle, je me suis décidé à repartir en quête d'une femme avec qui je pourrais faire un bout de route.

 

Soyons honnête, je ne suis pas beau. Je suis barbu (pas dans le sens star d'hollywood super sexy avec une barbe parce-que c'est à la mode, voir mon article sur la barbitude), un peu ventru, mais surtout mon principal défaut est que je suis profondément socialement inadapté. Je suis un geek. J'ai toujours été un cas un peu à part, un peu associal, un peu nerd, jamais vraiment le centre de l'attention (ou alors pas pour les bonnes raison) et à mon éducation manque cruellement la partie où on explique comment interagir avec les gens. Ce n'est une volonté de nuire ou d'être grossier, juste je ne sais pas trop comment faire. Avec les gens normaux, ceux de tous les jours, ça passe, puisque j'essaye d'être poli et le plus civilisé possible, mais avec le sexe opposé c'est vraiment pas la joie. Rajoutez à ça une bonne grosse dose de timidité et vous avez l'exemple parfait de l'homo nerdus indadaptus.

 

Je me suis pourtant forcé... Je suis allé dans des bars dans l'espoir de faire des rencontres, boire un verre, passer un bon moment, et autant être franc ça a été l'échec cuisant. Je ne suis pas du genre à aborder, encore moins à pipoter des accroches bidons genre « vas y m'dame t'es une voleuse, toutes les étoiles du ciel ils sont dans tes yeux » c'est pitoyable et pourtant ça marche. Bref, c'est un exercice difficile voir impossible pour moi.

Au bout de quelques tentatives avortées, je m'accroche au bar à côté d'une demoiselle qui instinctivement s'écarte. Je la rassure sur mes intentions, bois quelques gorgées de ma bière, l'ambiance se détend un peu et on discute un peu de la difficulté à trouver un compagnon. Elle me raconte les soirées célibataires plutôt pathétiques, les relous et leurs répliques toutes faites, sa chasse au prince charmant qui n'aboutit pas. Décidément l'approche physique et directe c'est pas mon truc.

 

 

Poussé vers le média que

je connais le mieux: le web

 

Puisque l'approche directe n'est pas un succès (trop violent pour moi) je vais donc me rabattre sur quelque chose que je connais puisque j'en ai fais mon métier pour les douze dernières années: le web. Pour un novice comme moi (même si novice à 35 ans paraît un peu abusé mais vrai) c'est une jungle grouillante de sites divers et variés. Avec mon expérience et ma connaissance approfondie du média, je me suis dis qu'au moins je serais en terrain connu et que donc cela devrais être plus facile.

 

Décider d'aller chercher le compagnon idéal sur le web ce n'est plus une nouveauté, puisque 17% des couples déclarent plus ou moins ouvertement s'être rencontrés sur la toile. Vient donc le choix de la plateforme, avec des sites très pointus en fonctions de votre orientation sexuelle ou de vos goûts, des sites gratuits mais surchargés de pubs et avec des annonces pas vraiment sérieuses (les photos de mannequins dans les profils on n'y croit pas une seule seconde) ou pas vraiment à jour, des sites payants, des sites entonnoirs pour sites pornos (en gros ils trustent les mots clefs principaux par une myriade de site web fantôme pour rediriger vers le site mère), etc.

Mes goûts sont classiques, je suis hétéro, pas spécialement kinky, allons donc tester les deux monstres du marché: Meetic et eDarling, qui sont plus ou moins similaires avec une petite différence, dans le premier vous faites votre « marché », dans le deuxième c'est le site qui vous pousse les contacts qui semblent vous correspondre. Après un benchmark perso complet je décide pour aller vers le choix de la raison (pour le nombre de connectés/inscris) Meetic.

 

L'inscription n'est pas un problème (je dois m'inscrire facilement à entre 5 et 10 services web par semaine), puis viens la solution de paiement, je décide de prendre en one shot un abonnement de 6 mois, si ça ne marche pas, je ne renouvellerai pas. Passé l'attrape nigot habituel (+X euros par mois pour y accéder depuis mon mobile, alors qu'il n'y a pas de coût supplémentaire pour eux, et surtout même pas d'appli iPhone, la pure arnaque) me voilà à remplir mon profil, mes photos, mes goûts, etc... et là je vois le piège de ce genre de système. En choisissant de ne pas répondre volontairement à certaines questions, fondamentalement vous ne mentez pas, vous masquez la vérité, mais vous modifiez aussi la perception que les autres ont de vous. Ce n'est pas à mon avantage de dire que j'ai un peu de bide (la faute au Nutella principalement, damn you Ferrero !) donc je pourrais le masquer, mais je vois d'ici la tête de la meuf qui s'attend à voir débarquer Georges Clooney et me voit moi...

Il y a certes les photos, mais cela ne donne qu'un aperçu très superficiel. Le plus simple serait encore de mettre un lien vers TravailleursDuWeb et LaGrotteDuBarbu et de les laisser feuilleter ma vie numérique, si la personne a un peu de temps à perdre elle saura plus ou moins tout de moi. Je ne parlerai pas de la modération de façade qui sanctionne certaines photos ou textes sans raison et en laisse passer d'autres pourtant bien similaire, là n'est pas le sujet, je ne ferai pas non plus un rapport complet sur la navigation et l'ergonomie désuète et navrante, car ce n'est pas non plus le propos.

 

 

Pas prêt?

 

Après un peu plus d'un mois sur le site, plus ou moins pas grand chose, certes des dizaines de femmes visitent mon profil (pas très égo trip: principalement des vieilles ou des jeunes Africaines en manque de mari français), mais rien de plus. Je ne suis pas non plus très actif, je ne sollicite pas, j'y vais pour ainsi dire peu. Mais pourquoi? Bonne question et je pourrais y répondre de façon plus ou moins simple en disant que cela ressemble un peu à un rayon de boucherie (et cela n'a rien de péjoratif, allez quand même un peu). Beaucoup de profils, une sélection par rapport à des critères plus ou moins concrets, une élimination plus ou moins superficielle par rapport à d'autres critères beaucoup moins concrets... est ce vraiment cela que je cherche? Suis-je donc obligé de retrouver tout de suite quelqu'un? La réponse est pour moi plus ou moins évidente et c'est non. Je ne condamne pas la méthode, et je suis sûr que cela marche pour beaucoup, mais je ne crois pas au matching par critères pour une relation sentimentale.

 

Je crois surtout que je ne suis pas prêt, que les blessures de ma séparation ne sont pas encore complètement guéries. Je crois aussi que c'est un véritable champs de bataille, se faire beau, paraître, se mettre à son avantage, essayer de séduire... toutes ces choses, je ne m'y suis pas encore résolu. Je ne dis pas que je vais finir vieux garçon à bidouiller des trucs dans sa grotte, mais en amour je ne crois pas au matching raisonnable qui conduit inévitablement et au mieux à l'ennui, au pire au désastre. Rien de pressé donc, je me reconstruis doucement, la tentative drague 2.0 était à mon avis prématurée et m'a en tout cas rouvert les yeux sur le dur chemin de célibataire en quête d'un partenaire.

 

Je suis donc en train de sortir de plusieurs années de mariage, un début sympa, un milieu merdique et une fin chaotique, mais comment cela se compare-t-il à la vie de célibataire? C'est une question piège puisque si vous demandez aux gens mariés ils regrettent le temps de leur célibat, les boîtes de nuit, les rencontres zarbies, les soirées débridées. Demandez la même chose aux célibataires et la plupart vous diront qu'ils en ont marre des soirées beuveries et que ce qu'ils cherchent c'est avant tout une relation sympa et tranquille, blablabla...

Une espèce de plan « l'herbe est toujours plus verte de l'autre côté de la barrière »?

 

 

Le bonheur ne se trouve pas,

il se construit

 

En fait, qu'est ce qui nous motive vraiment? Qu'est ce qui nous pousse à suivre des régimes, s'habiller dans des fringues ridicules (la mode et la façon dont les gens la suivent me feront toujours, au choix, rire ou pleurer), sortir dans des endroits bizarres alors qu'on ferait mieux de dormir, mentir sur notre âge, etc. La recherche du bonheur, le saint graal de l'humanité.

Un hameçon puissant et sur-utilisé par les médias et les campagnes de pub en particulier, que ce soit en reproduisant le modèle parfait de la famille (genre pub ultra classique, famille blanche bien dans leur peau, un garçon une fille, comparée à la famille disfonctionnelle moyenne, on a intérêt à en acheter de leurs cochonneries si on veut leur ressembler) ou en nous faisant baver devant tel mannequin, en nous faisons croire que l'iPad ou la nouvelle paire de grolles nous rendra plus heureux.

 

Je pense que le bonheur ne se trouve pas (en tout cas pas en magasin), il ne se poursuit pas (le mythe du prince charmant est implanté super tôt chez les filles, il faudra que ça cesse un jour ou l'autre), il se construit d'abord en se connaissant, en sachant qui on est vraiment (et c'est un LONG chemin), mais surtout en sachant apprécier les petits moments qui font que la vie globalement, entre tous les autres seaux de merde, est plutôt sympa.

 

Pour moi c'est fabriquer et hacker des trucs dans ma grotte, partager mes expériences avec d'autres gens, voir ma fille grandir, évoluer et pourquoi pas un jour me trouver une meuf sympa, pas chiante et aussi timbrée que moi. J'ai le temps, rien ne presse et plus j'avance, plus je sais ce que je veux, où je veux aller, ce qui est sûr c'est que je me détourne petit à petit de toute cette partie du monde ultra-superficiel et über-consommateur qui pourtant fait tourner la planète avec le pseudo-bonheur marchand comme moteur.


Olivier « Babozor » Chambon

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