Quelques mots sur Zackie Achmat

Zackie Achmat est un de mes héros. Il fait partie de mes inspirations. Dans le combat contre le sida en Afrique du sud, le pays le plus touché au monde par le VIH, il est un leader qui a toujours été constant dans son engagement, dans la critique du gouvernement sud-africain qui a longtemps refusé d’admettre le lien, pourtant admis depuis tout aussi longtemps, entre le VIH et le sida. 
Zackie Achmat est un de mes héros. Il fait partie de mes inspirations. Dans le combat contre le sida en Afrique du sud, le pays le plus touché au monde par le VIH, il est un leader qui a toujours été constant dans son engagement, dans la critique du gouvernement sud-africain qui a longtemps refusé d’admettre le lien, pourtant admis depuis tout aussi longtemps, entre le VIH et le sida. 

Des dizaines de milliers de personnes sont mortes dans son pays à cause de cette politique du déni. Des centaines de milliers ont eu un accès tardif aux antirétroviraux. Il s’est battu avec l'ANC contre l’apartheid, il se bat pour l’accès aux traitements, pour la prévention, contre certaines associations étrangères comme Act Up-Paris qui font, selon lui, de « l’activisme impérialiste ». Il est unanimement respecté. C'est un héros dans son pays.

 

Aujourd’hui, en plein débat sur l’agression de la flottille se dirigeant vers Gaza, il est à nouveau question de la politique d’apartheid imposée par Israël. Il y a quinze jours, Zackie a écrit une lettre aux organisateurs de la Gay Pride de Toronto, qui subissent des pressions pour interdire la présence du groupe Queers Against Apartheid. Qualifier d’apartheid la politique israélienne en Palestine fait toujours débat. Déjà, en France, nous serions heureux si un groupe « Les queers contre l’apartheid » existait. À travers la traduction de la lettre de Zackie Achmat, nous voulons soulever le manque d’engagement de la communauté LGBT dans le combat pour mettre fin au blocus de Gaza.

 

Minorités tient ici à clarifier sa position à travers l’appel lancé par Zackie Achmat, même si cette position reste marginale dans la communauté gay ou sida à laquelle j’appartiens. Oui, Israël pratique l’apartheid à Gaza. Et nous nous fichons bien de savoir si cette affirmation sera appréciée ou pas. C’est ce que nous pensons. Ce n’est pas parce que très peu de gays et de lesbiennes ont rejoint la manifestation d’hier à Paris que nous n’assumerons pas cette évidence. Sur les dizaines et les dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté ce samedi 5 juin à Paris, où étaient les leaders LGBT ? Nulle part. Sont-ils incapables de voir que le blocus de Gaza détruit aussi les vies de nos frères et de nos soeurs en Palestine ? Si nous nous mobilisons pour améliorer la vie des personnes LGBT dans d’autres pays du monde, pourquoi pas la Palestine ?

 

Et pour parler de sida… Si le blocus interdit l’entrée du ciment à Gaza, croyez-vous que les antirétroviraux et les capotes pourront être distribués aux personnes séropositives qui vivent au milieu d’une population rationnée d’un million et demi de personnes ? Où est l’accès aux soins ? Les associations de lutte contre le sida s’engagent pour l’accès aux soins en Afrique, mais devraient se taire dans le cas de la Palestine ? Non. De l’autre côté du mur et des check points, les meilleurs antirétroviraux sont disponibles. Faut-il vous rappeler qu’Act Up-Paris a manifesté en 1991 contre la guerre en Irak ? Samedi, une vingtaine de personnes ont manifesté derrière la banderole des Panthères Roses. Où étaient les leaders LGBT qui nous représentent auprès des partis politiques ? Nulle part. Qui nous représente dans ce conflit, peut-être le plus important au monde ? Personne. 


Didier Lestrade