Première semaine des minorités LGBT à Tokyo

Tokyo (JP) — La question des minorités sexuelles est, au Japon, un des parents pauvres du débat politique dans un pays où la distinction entre la vie privée et la vie publique est constitutive de l’ordre social. Ainsi, si la loi ne condamne aucune pratique sexuelle en particulier, la pression sociale sur la vie publique des individus les condamne au conformisme hétérosexuel. Il en est ainsi, d’ailleurs, dans tous les pays d’Asie où la respectabilité revêt les habits du mariage d’un homme et d’une femme.
Tokyo (JP) — La question des minorités sexuelles est, au Japon, un des parents pauvres du débat politique dans un pays où la distinction entre la vie privée et la vie publique est constitutive de l’ordre social. Ainsi, si la loi ne condamne aucune pratique sexuelle en particulier, la pression sociale sur la vie publique des individus les condamne au conformisme hétérosexuel. Il en est ainsi, d’ailleurs, dans tous les pays d’Asie où la respectabilité revêt les habits du mariage d’un homme et d’une femme.

Au Japon, ce cadre commun à l’Asie est renforcé par le poids des obligations sociales empruntes d’une sorte d’esprit corporatiste (que les occidentaux nomment, à tort, féodal,  puisqu’il s’agit de l’organisation civile et non militaire).  Un employé se doit à son entreprise, et son comportement est supposé réfléchir sur la bonne ou la mauvaise marche de l’entreprise. Il est ainsi parfois très difficile de divorcer, surtout pour les femmes qui travaillent, car le divorce « entache » la réputation de toute la compagnie, et l’intéressée  subira alors la pression de son encadrement avant, si elle persévérait, d’être invitée à démissionner.

 

On imagine que dans un tel environnement, la question de la visibilité des minorités dans la société, et donc pas seulement dans leur « ghetto » (le monde flottant) – pour les gay, le quartier de  nichome (新宿2丁目) – est quelque chose de quasiment impensable. Non pas parce que c’est interdit, mais parce que les comportements sexuels sont du domaine privé et n’ont pas droit de cité. Etre homosexuel est considéré comme une pratique sexuelle, appartenant au domaine privé au même titre que la prostitution, le sado-masochisme, la masturbation, le gout pour les lolitas ou le lynchage à la glace au chocolat… La télévision regorge, elle, d’okama, sortes de travestis caricaturaux, dont certains ne sont pas gays, mais qui composent des personnages de divertissement. En ce moment, la plus célèbre est Iko, maquilleur emperruqué sur talons aiguilles. Gay, certainement, mais… Le chanteur Hirai Ken, Makihara Moriyuki ont la réputation d’être homosexuels, mais aucun ne l’a exprimé formellement…

 

Cette semaine a lieu, pour la première fois, une semaine des LGBT, du dimanche 16 au dimanche 23 mai. Cette manifestation est prévue pour se reproduire chaque année.

Une ligne de téléphone a été mise en place (0120 952 323) pour deux jours, jusqu’aujourd’hui mercredi.

 

Par ailleurs, vendredi 21 mai, à partir de 19 heures (ouverture à 18 heures 30), sous le titre de « Memorial symposium », un débat aura lieu, ayant pour sujet la reconnaissance des minorités sexuelles et l’implication du gouvernement, des associations, des médias et des entreprises. Parmi les intervenants, une psychiatre, un responsable des programmes éducatifs de la NHK, des universitaires, se joindra Fukushima Mizuho, leader du Parti Social-Democrate du Japon, et membre du gouvernement de coalition de centre-gauche au pouvoir depuis 8 mois.

 

Madame Fukushima, dont les positions intransigeantes sur les bases américaines à Okinawa posent beaucoup de problèmes au premier Ministre Yukio Hatoyama, est également une fervente supporter des minorités, s’étant jointe à la (minuscule) Gay Pride de 2007 et ayant poussé cet agenda dans son parti depuis plusieurs années. Dans un pays si conformiste, elle détonne particulièrement puisqu’elle vit en concubinage.

Sa présence, cette fois en tant que Ministre d’Etat aux droits des consommateurs, à la sécurité alimentaire, aux Affaires Sociales et à l’Egalite entre les Sexes est un soutien de poids pour cette première de la semaine des LGBT.

 

→ Plus d'information sur TokyoWrestling (en anglais et japonais)

→ Le site officiel de la semaine LGBT (en japonais): セクシュアルマイノリティ


Madjid Ben Chikh

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