iPad: faire moins, mais mieux

Mercredi soir j'étais au conseil municipal. Pendant les moment sans intérêt ou les pauses, j'ai suivi sur mon iPhone le lancement de l'iPad à travers Twitter, les emails que mon über-nerd de frère m'envoyait et quelques sites d'information technologique en ligne. Ce qui m'a surpris, c'est la quantité de réactions négatives, car je pense que si l'objet n'apporte aucune solution révolutionnaire, il répond de façon élégante à un vrai besoin.
Mercredi soir j'étais au conseil municipal. Pendant les moment sans intérêt ou les pauses, j'ai suivi sur mon iPhone le lancement de l'iPad à travers Twitter, les emails que mon über-nerd de frère m'envoyait et quelques sites d'information technologique en ligne. Ce qui m'a surpris, c'est la quantité de réactions négatives, car je pense que si l'objet n'apporte aucune solution révolutionnaire, il répond de façon élégante à un vrai besoin.

La machine n'a été touchée que par une centaine de personnes que des milliers de blogueurs nous expliquent déjà pourquoi ils ne vont pas l'acheter : système fermé pas bidouillable, pas de Flash™, pas de port USB, batterie impossible à changer, écran brillant. C'est vrai : elle ne fait pas le café non plus, on ne peut pas téléphoner ni même envoyer des colis avec, elle est trop petite pour faire du surf et de toutes façons elle n'a pas l'air de bien supporter l'eau ou l'acide sulfurique.

 

 

Payer plus pour avoir moins

 

Maintenant, je demande aux grincheux de faire un effort : combien de gens, et avec quelle fréquence, ont envie d'aller bidouiller le code source d'une telle machine ? Et combien de gens utilisent vraiment les ports USB de leur ordinateur ? Aussi, qui utilise Skype tous les jours avec la caméra pour des visioconférences ? Et, honnêtement, qui imprime encore des documents ? C'est cela qui distingue Steve Jobs, malgré son arrogance et la haute estime qu'il a de lui-même, de tous les nerds qui pensent que la machine parfaite a toutes les fonctions : en design, l'objet gagnant est celui qui enlève toutes les fonctions que l'utilisateur de base n'utilise pas.

 

Tous les utilisateurs de Macs vous le diront, si vous faites abstraction du côté secte prosélyte de leur discours et du plan gourou de Jobs : c'est simple, ça fonctionne, il y a ce dont on a besoin et on n'est pas ennuyé par ce dont on n'a pas besoin. Pour résumer Apple en une phrase: les gens sont prêts à payer deux fois plus cher pour qu'on leur enlève les options inutiles. C'est fort, non?

 

C'est vrai qu'on ne peut pas faire du bon codage de nerd avec un iPad, qu'on ne peut pas cracker le site du Pentagone depuis iWork et que gérer les torrents de films porno hardcore piratés depuis iTunes n'est pas gagné, mais la plupart des gens utilisent leur PC pour des choses relativement simples : regarder des films et des vidéos sur Youtube, écouter de la musique, passer des heures et des heures sur internet, répondre brièvement à des emails, et à la limite, pour les plus créatifs, écrire sur leur blog et retailler des photos (même si c'est de plus en plus automatisé) avant de les poster en ligne. Même moi qui suis relativement actif avec mes ordinateurs, pour 99% de mes activités l'iPad me suffirait largement, et permettrait aussi de bosser aussi affalé sur le canapé (carrément essentiel pour ne pas avoir mal au dos).

 

 

Steve et son miroir

 

Ce qui fait qu'à mon avis cette machine va être un succès est que Steve Jobs est une éponge sociologique. On dit que le laboratoire de prospective d'Apple est très simple: Steve est devant un miroir et se demande quelle machine il aimerait. Aussi égocentrique et ridicule que soit l'image, il ne faut pas sous-estimer les intuitions du Gourou : il est un commercial, et un bon commercial sait ce dont ont besoin ses clients.

 

Je ne vais même pas m'étendre sur la possibilité d'enfin pouvoir lire des livres sur une machine qu'on peut trimbaler au lit ou dans le train. Pour les papivores exilés comme moi, c'est la Libération. Avec une majuscule, oui. En fait, le brio et l'arrogance visionnaire de Steve s'illustre parfaitement sur un point qui peut déclencher l'hystérie chez les geeks : le multitâche.

Si les femmes sont bonnes à avoir plusieurs tâches simultanément, les hommes le sont beaucoup moins. Quand je tchatte sur MSN ou GoogleTalk, je n'arrive plus à lire les nouvelles ou répondre à mes emails. Quand je lis mes twitts, il me faut ensuite plusieurs minutes pour arriver à me replonger dans le texte que je suis en train d'écrire. Résultat j'ai cinq icônes qui sautent en continu dans ma barre des tâches, m'intimant l'ordre de répondre à Pierre, Lewis et Erkan, de sauver mon texte, me demandant si je veux vraiment fermer cet onglet et m'avertissant que la synchronisation de mon calendrier laisse à désirer car dans la note du rendez-vous de dans deux semaines j'ai mis un point final et pas dans l'autre. Aaaaah. La fin du multitâche ? Un début de paix mentale !

 

Plutôt que de râler qu'il manque des prises firewire ou du fait que tout n'est pas open source, je propose aux geeks de faire exactement ce que Steve fait avec ses machines : enlever tout ce qui ne sert pas ou peu, et faire en sorte qu'on n'ait pas besoin de manuel pour se servir de leurs inventions. Ça veut dire la fin des trucs avec des fils et des prises compliquées qui ne sont pas reconnues, la fin des sites internet avec autant d'options de menu que d'objets sur l'étalage d'un magasin du Bazar, la simplification radicale de la plupart des programmes informatiques, et surtout la mise à mort des objets avec plus que cinq boutons, qu'ils soient rétro-éclairés ou pas.

 

Le premier qui me sort un objet ou un programme au moins moitié aussi utile et au moins moitié aussi bien conçu que l'iPad gagne une bière. Voire deux.


Laurent Chambon

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