Minorités, dans le viseur n'effaçons rien.

Sur l’écran de mon ordinateur, des images défilent. Une petite manifestation à côté de la Maison Blanche. Des LGBT latinos avec leurs drapeaux, cubains, mexicains, boliviens… Une trans parle de ses sœurs latinas en prison… Sous les images il y a son nom. Je le note et je le trouve sur internet, je deviens sa "hermana" virtuelle. Elle fait partie du mouvement Black Lives Matter, pour enrayer la série d’assassinats de noirs, le plus souvent par la police, [répétition!] le plus souvent par la police. Il y a aussi des vidéos ou elle s’amuse avec les copines. Mais c’est une fille motivée.  
Sur l’écran de mon ordinateur, des images défilent. Une petite manifestation à côté de la Maison Blanche. Des LGBT latinos avec leurs drapeaux, cubains, mexicains, boliviens… Une trans parle de ses sœurs latinas en prison… Sous les images il y a son nom. Je le note et je le trouve sur internet, je deviens sa "hermana" virtuelle. Elle fait partie du mouvement Black Lives Matter, pour enrayer la série d’assassinats de noirs, le plus souvent par la police, [répétition!] le plus souvent par la police. Il y a aussi des vidéos ou elle s’amuse avec les copines. Mais c’est une fille motivée.  

C’est par ses messages que j’ai été au courant de la tuerie. Dans une vidéo, elle expliquait à quel point elle était ravagée par cette horreur. Elle expliquait que dans la communauté latina, tout le monde connaissait quelqu’un qui avait été tué au Pulse.

 

 

Vu de la France

 

Dans les médias français, quand ils n'ont pas zappé directement le fait que c’était une boite d’homos, ils ont zappé le fait que la boite était fréquentée par des noirs et des latinos.

Vous imaginez la même histoire arrivant (je ne le souhaite pas) aux soirées Black Blanc Beur et les journalistes ne mentionnant pas que le public de ces soirées est constitué de noirs et de maghrébins ?

Il a fallu deux jours pour qu’un article sur un ravissant acteur gay latino permette à la presse gay institutionnelle de rectifier le tir, il demandait qu’on ne « whitewhashe » pas Orlando. Qu’on ne « blanchisse » pas la douleur des noirs et des latinos.

 

Si vous ne le savez pas, aux USA, la classe dominante est « WASP » (white anglo saxon protestant). Les latinos, métissés de noir et d’indien et d’espagnol, catholiques, sont en dessous de l’échelle. Les Etats-Unis ont fait des guerres contre le Mexique et ont annexé une bonne partie de son territoire. Au nom de la doctrine Monroe, ils ont installé en Amérique latine des dictatures abominables au cri de « They are bastards but they're our bastards » et fomenté toutes sortes de complots.

Maintenant latino est un terme très large aux USA qui va des américains d’origine mexicaine dont la famille a été  annexée il y a plus d’un siècle  aux migrants sans papiers  contre qui Trump veut  consolider un mur. Il y a même un démagogue d’extrême droite, latino, Ted Cruz. La culture latina américaine, comme la culture noire, est un creuset créatif.

Tout ça pour vous faire comprendre que les habitués du Pulse vivaient  une double peine : être latinos, être noirs, et être LGBT.

 

 

Colère contre l'inter-LGBT

 

J’ai regardé la vidéo des cérémonies d’hommage à New York. Evidement les latinos, les noirs étaient représentés à coté des officiels, LGBT ou non. Il y avait aussi une lesbienne  [musulmane] originaire du Moyen-Orient avec un discours émouvant (aux Etats-Unis, la droite s’est évidemment servi du massacre pour faire de l’islamophobie). A Paris l’interLGBT a orchestré son propre hommage au Trocadéro, il n’y a pas eu  de prise de parole de LGBT musulman, et pour cause : l’interLGBT a refusé d’intégrer HM2F, un groupe de gays musulmans pour s’aligner avec les campagnes anti-musulmans du gouvernement. Exactement comme l’interLGBT a refusé de condamner la loi de pénalisation du client, dénoncée par les associations de luttes contre le sida qui ont unanimement communiqué sur le fait que ça mettait la santé et la sécurité des prostituéEs en péril.  

Alors cette année l'inter-LGBT a décidé de mettre des associations trans dans le carré de tête de la Marche des Fiertés (carré VIP qui à lui seul symbolise une vision hiérarchique dont personne ne veut plus). Finalement, ils sont revenus dessus : les politiciens feront leur retour dans le carré de tête - subventions oblige.

 

 

Trahie par le mouvement associatif

 

Je suis fascinée par un phénomène de récupération des luttes.  Le FHAR était un foutoir total, mais nous nous revendiquions de la Révolution, ce qui impliquait des solidarités diverses.  Tout le monde possède le DVD de Pride, ce film qui raconte la solidarité entre un groupe gay de Londres et des mineurs en grève. Vous avez vu l’interLGBT soutenir une grève? Vous avez vu un quelconque groupe LGBT organiser une soirée pour soutenir une initiative ouvrière?  Bon, il y a l’ARDHISS. Mais nous assistons d’un coté à une frange LGBT qui bascule dans l'extrême droite (au Gai Pied, le si viril Renaud Camus discriminait les folles, maintenant il a étendu ça aux arabes). De l’autre coté nous sommes passés à l’âge des gestionnaires, des égoïsmes, des ambitions, de la corruption politicienne. Des luttes homosexuelles est née l’homocratie et ses « magouilles », de la lutte héroïque contre le sida est née la sidacratie, ses petits précaires et ses gros salaires honteux (13.000 euros par mois !); des luttes trans se dégage peu à peu une transcratie. Sans aucun mandat, l’interLGBT s’est arrogé la première place dans les négociations avec le gouvernement mais ses négociations se résument à une suite de démissions (la première fois, au moment de la Manif pour tous o[ù] le gouvernement leur a dit « On laisse tomber les trans! ». No comment!)] Quand ils ont recommencé  à communiquer sur la question, leurs communiqués de presse morigénaient poliment ceux qui nous frappent au visage. Leur fête en carré de tête, c’est une lourde défaite pour les trans.

 

Le Pulse d’Orlando c’est une histoire où deux communautés discriminées se sont rencontrées. Et des amis arabes-américains m’ont dit qu’ils ont toujours été bien reçus chez les latinos, qu’il y avait une fraternisation mystérieuse entre eux. Mon rêve, c’est de rebâtir en France une « rainbow coalition » comme le révérend Jesse Jackson avait établi quand il s’est présenté aux élections présidentielles américaines, une union des minorités. Il y avait déjà les homos, il avait réussi à mettre ensemble les noirs et les juifs. « Dans la citadelle assiégée, il n’y a que des querelles » m’avait expliqué Doug Ireland. Pouvons nous renverser cette malédiction ?

 

 

PS : une chanson pour se quitter.


Hélène Hazera

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