Minorités ne mourra jamais

Faute de moyens, faute de temps, mais pas faute d’idées, Minorités va bientôt cesser de publier. Après 5 ans d’existence, après seulement un an de ma part à écrire sur ce site magique (un article par trimestre), j’ai envie de rendre hommage aux combats menés par toutes et tous sur ce qui est devenu une référence à part entière.  
Faute de moyens, faute de temps, mais pas faute d’idées, Minorités va bientôt cesser de publier. Après 5 ans d’existence, après seulement un an de ma part à écrire sur ce site magique (un article par trimestre), j’ai envie de rendre hommage aux combats menés par toutes et tous sur ce qui est devenu une référence à part entière.  

De nombreux textes et de nombreuses revendications finiront sans doute aux oubliettes. Quoi qu’il en soit, nous devons assumer pleinement nos écrits et souhaiter que nos combats ne furent pas vains. Seulement, il va falloir trouver de nouvelles manières de véhiculer nos idées, et peut-être réapprendre à se réunir efficacement pour que nos forces ne soient pas dispersées. Minorités est à l’image de notre pays aujourd’hui, en panne, alors que paradoxalement cette revue est de plus en plus suivie.

 

J’ai découvert Minorités un peu par hasard, sans doute comme bon nombre d’entre nous. J’y ai lu ici et là des textes, des extraits d’articles qui répondaient pour la première fois à des questions que je me posais, que cela soit sur le droit des trans, des putes, des étrangers, sur notre communauté LGBT dans son ensemble, sur le féminisme, sur l’activisme, sur la politique, sans oublier le VIH, et sans omettre l’apport culturel énorme que ce site procurait.

 

 

Un honneur

 

Je me souviens du jour ou l'on m’a proposé d’écrire mon premier texte, je me souviens avoir répondu que je ne pensais pas avoir le niveau requis. J'ai été incité à m’y mettre, nous sommes passés par de nombreuses relectures pour finalement arriver à épurer celui-ci et les suivants.

Aujourd’hui, après ces contributions, je suis forcé de reconnaître que Minorités m’a poussé à sortir de mes retranchements et que mon écriture est un peu meilleure. En tout cas j’ai été honoré de pouvoir publier sur ce site.

 

Lorsque je me relis, je me rends compte que j’ai souvent été dans l’émotion et parfois même trop à fleur de peau. Aujourd’hui, j’ai envie de prendre un peu de recul et d’écrire pour tout simplement profiter de cette dernière occasion qui m’est donnée pour à la fois rendre l’hommage que mérite Minorités, mais aussi pour parler du monde dans lequel nous aimerions vivre.

 

En tant que provincial, militant mais aussi geek, je n’ai jamais compris comment je suis arrivé sur ce site en ayant la fierté d’être publié à côté de personnes que je respecte profondément et qui ont un passé ou un présent d’activiste, de journaliste, d’écrivain, ou de politique aussi important.

 

Mais c’est là où vit l’esprit de Minorités, chaque combat, bien qu’à priori tous différents étaient (et sont) pourtant complémentaires. Ce site permettait à des personnes différentes de s’exprimer en donnant l’image d’être vraiment tous dans la même galère.  Me concernant, vous l’aviez sans doute compris si vous avez lu mon profil ou certains de mes textes, je milite pour un monde plus écologique, car nous n’avons plus le choix, et pour un monde qui respecterait les humains quels qu’ils soient, un monde équitable en somme.

 

 

Notre avenir est commun

 

À travers Minorités, j’ai pu comprendre que notre avenir se jouait dès à présent, j’ai pu aussi réaliser que de trop nombreuses personnes ne souhaitent pas s’impliquer car cela nécessite effectivement un don de soi, une perte d’énergie, et bien sûr beaucoup de temps. Mais ces personnes n’ont sans doute pas compris que la motivation qui nous pousse à faire tous ces « sacrifices » est en nous et que la satisfaction que cela nous procure nous porte et nous permet de nous transcender. (Peut-être aussi, que bon nombre de personnes n’ont pas reçu les encouragements que certains d’entre nous ont pu recevoir. Alors, à ces personnes il faut leur dire comme on a pu me dire : « Allez-y, foncez, lancez-vous, exprimez-vous, impliquez-vous, on vous aidera ».)

 

La force de Minorités a été incontestablement de réunir tant de différentes personnalités qui n’auraient jamais pu imaginer un jour écrire ensemble. C’est aussi la force du format web qui, bien que très flexible, n’en est pas pour autant moins exigeant et finalement limité.

 

Il m’est arrivé ici ou là d’entendre des remarques désobligeantes sur la fin de Minorités, comme une certaine revanche de certaines personnes frustrées. Je ne leur consacrerai pas plus de lignes que nécessaire, mais j’aimerais simplement leur dire que si elles y voient un signe positif, c’est qu’elles sont déjà elles mêmes mortes et que leur égoïsme ou leur égocentrisme est à la mesure de leur mépris affiché pour les minorités dans leur ensemble. Elles sous estiment la force que représente l’esprit Minorités.

 

Nos écrits témoignaient en substance de nos difficultés à vivre, de notre incapacité parfois à être à notre place dans ce monde et de notre fébrilité à s’assumer en tant qu’hommes et femmes. Nous n’étions pas sur Minorités par hasard mais bien par chance, et nous étions dans une lignée de militants ou de sympathisants pour un autre monde, et c’est sans doute ce qui a pu déranger certains. (Peut-être sommes-nous des militants en voie de disparition?).

 

 

Les paroles s’envolent, les écrits restent

 

Minorités sera la trace quelque part sur ce web, devenu machine médiatico-publicitaire, que des hommes de tous horizons avaient des choses à dire, et que si chacun pouvait avoir la force de partager ses écrits alors peut être que les pouvoirs en place prêteraient peut-être plus d’attention à nos revendications. 

 

Nous sommes nombreux à être fous de rage, à voir ce qui ne va pas, à réaliser que l’hypocrisie, la langue de bois et la défiance sont désormais des valeurs qu’on peut afficher alors que l’écologie, la justice, et la confiance deviennent des chimères. Nous sommes des millions à vouloir un monde construit par et pour tous, mais quelques centaines de milliers décident de quoi demain sera fait.

 

La fin de Minorités n’arrive pas dans un contexte anodin, elle arrive alors que la lutte pour les droits des étrangers est au point mort, elle arrive alors même que la lutte pour un meilleur accès à des logements de qualité est oubliée, alors même que des associations luttant contre le VIH sont en train de mourir (Act Up, AIDES…) et que jamais les partis d’extrêmes droite n’ont été aussi haut à l’approche des municipales et des européennes. Quant à l’écologie, l’équité, la mobilité n’en parlons pas…

 

Cette fin ne doit donc pas apparaître comme quelque chose de juste, mais doit servir à nous réveiller chacun et chacune, ne serait-ce que pour nous inciter à nous révolter au quotidien, et ne plus laisser passer certaines injustices.

Les changements viendront bien de nous-mêmes.

 

 

L’alliance des minorités forme une majorité

 

Bien sûr, je sais que cela semble facile d’écrire tout ceci et qu’il peut être difficile de se sortir de son ordinateur pour commencer à agir. Mais je suis persuadé que si nous décidons ensemble de faire notre maximum dans l’action, alors peut-être que notre existence servira à d’autres minorités et que l’alliance de celles-ci permettra qu’une nouvelle majorité naisse enfin.

 

Nous avons besoin d’espoir, d’optimisme, et même si on entend ci et là que c’est clairement impossible de changer quoi que ce soit dans notre monde, nous sommes la preuve vivante que nous ne sommes qu’à quelques touches de claviers de distance et que pour la première fois dans notre histoire commune, nous étions unis dans nos individualismes.

 

 

La désobéissance civile non violente, la fin de la tyrannie du silence.

 

Minorités ne mourra jamais tant qu’il y aura des opprimés, des révoltés, des indignés. À l’image de la révolution permanenteMinorités est rentré dans l’histoire, et comme notre avenir n’est pas encore écrit, c'est à nous de faire en sorte que celui-ci devienne multicolore et que nous nous battions continuellement pour ne pas avoir peur, pour ne pas être paralysés, pour ne pas être divisés.

 

 

Merci à Minorités, à ses auteurs, à ses travailleurs de l’ombre, bien sûr à ses créateurs et toutes celles et ceux qui ont pris le temps de lire, de relayer, et de continuer les débats au delà du virtuel.

 

Mais si, aujourd’hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève.

Stéphane Hessel

 

 Le Monde ne sera sauvé s’il peut l’être que par des insoumis 

 André Gide


Didier Reynaud

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