Défendre les droits des putes, c’est défendre les droits des femmes

Cécille Lhuillier m'a demandé de publier la tribune du Collectif Droits et Prostitution. J'ai dit tout de suite oui.
Cécille Lhuillier m'a demandé de publier la tribune du Collectif Droits et Prostitution. J'ai dit tout de suite oui.

Comme n’ont de cesse de le rappeler les partisanEs de la proposition de loi visant à lutter contre la prostitution, la majorité des travailleurSEs du sexe sont des femmes. Dans cette logique même, il n’est pas possible de défendre les droits des femmes sans défendre les droits des putes : droit à disposer de son corps, droit au travail et à l’autonomie, accès à la santé et aux droits communs et fondamentaux.

Pourtant, les prostituées qui, depuis des mois s’opposent à cette loi dans son ensemble et particulièrement à sa mesure phare, la pénalisation des clients, voient leur parole niée, ridiculisée, piétinée.

 

Nier cette parole et la délégitimer n’a rien de féministe : il s’agit de femmes qui opposent leur vécu, leur histoire, leurs choix et leurs combats à des positionnements idéologiques et théoriques, et qui craignent pour leurs conditions d’exercice, pour leurs vies.

 

Ne pas considérer le travail du sexe dans la complexité des trajectoires, de situations des femmes  qui l'exercent n'a rien de féministe.

La confusion de la prostitution avec l'exploitation et la violence ne prend pas en compte les multiples facettes du travail du sexe et ne permet pas de soutenir les premières concernées.

Les mesures envisagées pour « aider » les femmes prostituées sont conditionnées à l’arrêt forcé d’une activité pourtant légale. Le cynisme de ce dispositif n’a d’égal que la pauvreté des mesures prévues : un titre de séjour très précaire et des fonds ridicules et en aucun cas garantis.

De plus, est niée toute capacité des femmes prostituées à exercer le travail du sexe comme stratégie d'autonomie financière.

 

Rien n’est prévu pour rétablir les victimes d’exploitation dans leurs droits fondamentaux, pour permettre à celles qui le souhaitent d’exercer une autre activité ou pour que celles qui ont été exploitées récupèrent l’argent qui leur a été volé.

La seule solution véritablement envisagée n’est au fond rien d’autre qu’un retour dans un pays d’origine qu’elles ont, pour la majorité, quitté volontairement, quel qu’ait été leur parcours par la suite.

 

Le projet abolitionniste refuse donc l’octroi de droits aux premières concernées, au seul motif de leur activité prostitutionnelle, quelqu’en soit la forme : c’est bien à toute une catégorie de femmes que sont déniés les droits fondamentaux. L’idéal égalitaire féministe est ici brisé : « des droits pour toutes, sauf pour les putes ».

 

Ainsi, le stigmate de la putain, que cette loi entérine, participe de l’assignation de chaque femme à un rôle : la maman d’un côté, la putain de l’autre. Les politiques prohibitionnistes et abolitionnistes accroissent les dissensions entre les femmes et rompent toute forme de solidarité entre elles.

 

La loi ostracise aussi une forme de sexualité – la sexualité tarifée explicite - parce qu’elle ne correspond pas aux normes admises : hétérosexualité, sexualité gratuite, conjugale et basée sur une représentation de l’amour exclusif et éternel. Il s’agit d’une attitude paternaliste visant à contrôler la sexualité des femmes, mais aussi leur manière de se vêtir, d’occuper et de se comporter dans l’espace public, leur activité rémunératrice, en somme à maîtriser le corps des femmes.

C’est au nom de cette même norme que les femmes trans sont encore psychiatrisées, qu’on refuse aux lesbiennes l’accès à la PMA, que les femmes séropositives subissent une stigmatisation particulière liée à leur genre.

 

La seule mesure valable, consensuelle et réclamée de longue date par les putes, est l’abrogation du délit de racolage public, véritable urgence sociale et sanitaire. Les tenantEs de la proposition de loi ne rougissent pas d’en faire un instrument de chantage, l’objet d’un troc odieux en la conditionnant à la mise en place d’une autre mesure répressive : la pénalisation des clients.

 

D’un point de vue féministe, c’est dans son ensemble que la loi visant à lutter contre le système prostitutionnel est inacceptable. Elle nie la parole de toute une catégorie de femmes, entend contrôler la vie et le corps d’une autre, et cantonne l’ensemble des travailleuses du sexe à un sous-statut d’éternelles victimes et ne leur confère aucun réel statut de sujet de droit. Cette loi aura ses victimes, en premier lieu parmi les femmes.

 

 

Pour lutter pour les droits de TOUTES les femmes, il est temps de comprendre que les travailleuses du sexe ne font pas partie du problème, mais bien de la solution !

 

 

Le Collectif Droits & Prostitution.


Didier Lestrade

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