Le Journal du sida capote

  Le Journal du sida meurt, après vingt-cinq ans d’existence. Ses fondateurs, Frédéric Edelmann, journaliste, et Jean-Florian Mettetal, médecin, avaient pour ambition de créer un journal indépendant qui décrypterait les enjeux médicaux, sociaux, économiques, politiques de cette nouvelle épidémie. Leur visée unique était d’apporter aux personnes et professionnels concernés une information pointue, fiable, accessible à tous. « Nous estimions que beaucoup de choses n’étaient pas dites, sur ce que devait être la prévention, sur le milieu associatif ou encore les carences de l’hôpital. Avec le journal, nous voulions faire bouger les choses, le traitement de l’information, le rapport soignants/soignés, vital pour la prévention, la prise en charge, l’observance. Je pense que nous avons réussi » témoignait Frédéric Edelmann en 2007.   
  Le Journal du sida meurt, après vingt-cinq ans d’existence. Ses fondateurs, Frédéric Edelmann, journaliste, et Jean-Florian Mettetal, médecin, avaient pour ambition de créer un journal indépendant qui décrypterait les enjeux médicaux, sociaux, économiques, politiques de cette nouvelle épidémie. Leur visée unique était d’apporter aux personnes et professionnels concernés une information pointue, fiable, accessible à tous. « Nous estimions que beaucoup de choses n’étaient pas dites, sur ce que devait être la prévention, sur le milieu associatif ou encore les carences de l’hôpital. Avec le journal, nous voulions faire bouger les choses, le traitement de l’information, le rapport soignants/soignés, vital pour la prévention, la prise en charge, l’observance. Je pense que nous avons réussi » témoignait Frédéric Edelmann en 2007.   

Le journal fêtait alors son 200e numéro. Pendant toutes ces années, il aura suivi et accompagné, raconté et analysé les évolutions de cette épidémie qui a révolutionné la santé publique. Les années noires, celles où les décès se multipliaient sans aucune perspective de traitement. L’impuissance des médecins, la course à l’information des malades et de leurs proches, pour être au plus proche des avancées de la recherche. 1996, l’arrivée des trithérapies et le « deuil du deuil » pour de nombreux séropositifs qui se pensaient condamnés à mort.  La précarisation des personnes séropositives, leurs difficultés d’accès aux droits, aux soins, la lutte pour que les personnes sans papiers touchées obtiennent un titre de séjour alors que les soins sont impossibles dans leur pays d’origine. La lutte, encore, pour que les personnes détenues obtiennent le droit de sortir lorsque les soins deviennent incompatibles avec la détention. La lutte, toujours, pour faire reconnaître des droits aux personnes prostituées, reléguées délinquantes par la loi de sécurité intérieure… Toutes ces évolutions, les luttes à venir, le journal ne les décryptera plus. L’épidémie poursuit sa route. Le Journal du sida s’arrête.

 

 

Ses huit journalistes sont licenciés. La plupart d’entre eux collaborent au Journal depuis dix ans, dix ans pendant lesquels ils ont développé une expertise que personne ne remet en question, défendant une certaine idée de la démocratie sanitaire et de la place des malades dans l’épidémie. Selon une formule que l’on prête à Bernard Kouchner, père de la loi de 2002 sur les droits des malades, « le sida est une maladie politique ». Les journalistes du JDS en sont convaincus, qui ont enquêté pendant toutes ces années sur les conséquences des réformes hospitalières sur la prise en charge des personnes vivant avec le VIH, défendu l’idée de politiques de santé publique pragmatiques plus qu’idéologiques en matière de réduction des risques ou d’entrée et de séjour des étrangers. Ces journalistes ont travaillé en toute indépendance, le JDS refusant d’être financé par les laboratoires pharmaceutiques, et sans censure. En paient-ils le prix ?

La revue, autrefois mensuelle, était devenue trimestrielle en 2008 suite à une baisse de subventions de son principal financeur, la Direction générale de la santé. Cette dernière a annoncé la division par moitié de sa subvention pour 2013 et sa suppression en 2014. La DGS estime sans doute un peu vite que le nombre de publications sur le sujet est désormais trop vaste. Mais c’est oublier qu’au contraire de certaines de ces publications, la ligne éditoriale du Journal n’a jamais été le reflet des activités de l’association qui le soutient – en l’occurrence Arcat –, fidèle à son engagement depuis vingt-cinq ans d’apporter une information fiable, pointue et de manière totalement indépendante. L’association Arcat et le groupe SOS qui détiennent le journal, ont décidé de stopper sa publication.

Nous ne nous résignons pas à cette mort programmée. Alors que la France compte plus de 6000 nouvelles contaminations par an, le sida n’est pas une maladie d’hier. Alors qu’on estime qu’un tiers des patients infectés par le VIH le sont aussi par l’hépatite C, alors que rien ne semble acquis en matière de prévention, notamment chez les gays, que les pratiques résistent à l’injonction, l’information – que nous pensons être la première étape de la prévention – ne doit pas disparaître. Marisol Touraine, ministre de la Santé, annonçait fin juin au Congrès national de Aides une future loi de santé publique pour renforcer la démocratie sanitaire, et consacrer des principes de prévention qui passent trop souvent après le soin. Nous trouvons ironiques, au moment même où des principes de prévention sont réaffirmés, qu’un gouvernement de gauche condamne à mort un média, dans l’indifférence générale.

 

Olivier Bonnin, Laetitia Darmon, Christelle Destombes, Olivier Donnars, Marianne Langlet, Didier Lestrade, Dominique Thiéry, journalistes

 

Cette tribune a été publiée dans Libération le 16 juillet 2013 


Didier Lestrade

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