La Revue 163 : quelques mots

En ce jour grandiose du vote du mariage gay, les tweets et messages sur FB annoncent des réjouissances, ce qui est tout à fait légitime. Peut-être que ces manifestations de joie feront oublier "l'amère victoire" annoncée par quelques groupes associatifs minoritaires et plus visionnaires. Le problème, c'est que l'esprit est beaucoup moins à la fête au niveau lambda des LGBT. Pas un jour ne passe sans une agression homophobe, à Lille, à Nice et ailleurs. Rien que chez nous, chez Minorités, nous sentons une baisse notable de l'intérêt pour les articles que nous publions, et ce n'est pas parce que ces textes seraient moins intéressants. C'est parce que les LGBT, en général, sont dégoûtés de ces huit mois d'insultes qui auront laissé des traces très profondes. Un article récent de France 24 remarquait ce que nous n'avons cessé de dire depuis des mois. Cette campagne pour le mariage pour tous aura finalement entraîné peu de coming-out ou de déclarations marquantes du milieu artistique ou politique. Et c'est un échec très grave, même si les leaders du mouvement LGBT font semblant de ne pas le remarquer.
En ce jour grandiose du vote du mariage gay, les tweets et messages sur FB annoncent des réjouissances, ce qui est tout à fait légitime. Peut-être que ces manifestations de joie feront oublier "l'amère victoire" annoncée par quelques groupes associatifs minoritaires et plus visionnaires. Le problème, c'est que l'esprit est beaucoup moins à la fête au niveau lambda des LGBT. Pas un jour ne passe sans une agression homophobe, à Lille, à Nice et ailleurs. Rien que chez nous, chez Minorités, nous sentons une baisse notable de l'intérêt pour les articles que nous publions, et ce n'est pas parce que ces textes seraient moins intéressants. C'est parce que les LGBT, en général, sont dégoûtés de ces huit mois d'insultes qui auront laissé des traces très profondes. Un article récent de France 24 remarquait ce que nous n'avons cessé de dire depuis des mois. Cette campagne pour le mariage pour tous aura finalement entraîné peu de coming-out ou de déclarations marquantes du milieu artistique ou politique. Et c'est un échec très grave, même si les leaders du mouvement LGBT font semblant de ne pas le remarquer.

C'est ce que dit Didier Reynaud dans son manifeste, qui n'est pas seulement un message provenant d'un gay de 25 ans qui s'assume. C'est une colère qui s'adresse non seulement au leadership gay, mais surtout à l'impasse de la société dans laquelle nous vivons. Certains pourraient penser que cette déclaration est naïve, mais à 25 ans on est un adulte et on a le droit de vouloir un monde meilleur pour l'écologie, la justice, le renouveau. Et ce qui est intéressant, encore une fois, c'est que cet appel soit survolé par les gays qui en ont marre de cette période, qui veulent déjà l'oublier, alors que certains réseaux généralistes comme Rezo.net y voient un signe des temps.

 

Ce jour du vote à l'Assemblée marque aussi l'arrivée d'un sujet vécu par de nombreux parents LGBT ou hétéros : celui de la disparition de l'enfant souhaité. On a tous dans nos relations des couples de lesbiennes ou d'hétéros qui ont traversé une grossessse douloureuse et dramatique, ou qui ont perdu un enfant en bas âge. Il faut alors essayer à nouveau, insister pour avoir un enfant tant attendu. Teklal Neguib a écrit un texte très émotif et intime pour parler de son expérience. Ce qui est étrange, et là aussi on voit à quel point le débat général a été mal dirigé, c'est que certains y voient une approche identique aux argument des opposants au mariage gay. Mais non, au contraire, c'est un sujet dont il faudra parler davantage. Car la nouvelle loi va entraîner de nombreuses naissances légales, mais aussi, c'est la vie, des tentatives plus nombreuses qui ne seront pas toujours courronnées de succès. Il faut donc en parler davantage et ne pas laisser toutes ces personnes LGBT qui veulent avoir des enfants dans le silence de l'échec.

 

Hélène Hazera se dirige de plus en plus vers un livre de ses souvenirs. Mais ces souvenirs s'adressent aux autres, ses amis et amies disparus, souvent oubliés, et c'est à chaque fois un hommage que Minorités publie pour tous ces femmes et ces hommes qui symbolisaient une époque pleine de liberté, et de souffrance aussi. Cette semaine, elle nous parle d'Houmous, un journaliste spécialisé dans la musique arabe qui a beaucoup marqué les années de Libération, quand ce média prenait des risques et s'ouvrait vraiment sur le monde. D'autres textes viendront, mais celui-ci est encore une petite merveille.


Didier Lestrade

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