I (heart) RuPaul!

  C'est quand même drôle : aux USA, RuPaul en est à sa troisième saison de Drag U, une série qui marche du tonnerre (comme on dit) et il n'y a toujours pas d'article en France. Cherchez dans les "médias gays", il y a rien, ou alors c'est pas sur Internet, ce qui veut dire... que ça sert à rien quoi. Moi je dis ça je dis rien et dieu sait que lorsqu'un fils gay d'une célébrité de la pétasserie pop sa casse la figure dans une flaque d'eau à New York, tout de suite on nous sert des brèves un Une de newsletter pour nous assurer que la pluie est homophobe (sissi), mais quand une folle aussi géniale de RuPaul parvient à revenir sur le devant de la scène avec une série qui casse la baraque (comme on dit), alors là il n'y a personne. Attendez, je crois savoir : c'est en VO donc ils ne comprennent pas l'anglais.  
  C'est quand même drôle : aux USA, RuPaul en est à sa troisième saison de Drag U, une série qui marche du tonnerre (comme on dit) et il n'y a toujours pas d'article en France. Cherchez dans les "médias gays", il y a rien, ou alors c'est pas sur Internet, ce qui veut dire... que ça sert à rien quoi. Moi je dis ça je dis rien et dieu sait que lorsqu'un fils gay d'une célébrité de la pétasserie pop sa casse la figure dans une flaque d'eau à New York, tout de suite on nous sert des brèves un Une de newsletter pour nous assurer que la pluie est homophobe (sissi), mais quand une folle aussi géniale de RuPaul parvient à revenir sur le devant de la scène avec une série qui casse la baraque (comme on dit), alors là il n'y a personne. Attendez, je crois savoir : c'est en VO donc ils ne comprennent pas l'anglais.  

 

 

Ru (quand on est cool on l'appelle ainsi mais son vrai nom est ) est vraiment la reine des drag queens old school, celle de Wigstok de Lady Bunny de la belle époque. Pendant les années 90, elle a été au-devant de tout, ce qui d'ailleurs a suscité de nombreuses jalousies. De toutes les drag queens d'Atlanta et de New York, c'est celle qui a eu le plus de succès. Sûrement parce qu'elle ne s'est jamais limitée à la scène underground du Pyramid dans l'East Village. Elle était plus grande (physiquement), plus Noire, plus right in your face, plus... comment dire... plus commerciale. Elle a fait de la house, du cinéma, elle fut la première égérie des produits de maquillage MAC, elle a été Marshall de la Gay Pride (je raconte toujours qu'elle descendait Broadway sur son char en criant à la foule en délire "CAN YOU SMELL ME?"), c'était un homme drôle, et totalement dévorant à la fois.

 

Je veux dire, ma préférée reste toujours Lady Bunny, parce que c'est une leader, parce qu'elle est blonde, parce que c'est elle l'énergie derrière Wigstock, mais surtout parce qu'elle a un gimmick adorable de lancer une phrase killer en penchant légèrement la tête, comme une Southern Belle. Et après Lahoma Van Zant, Mistress Formika, Flloyd, toutes ces folles, je les adore même si à l'époque je ne comprenais que 50% de ce qu'elles disaient sur scène. Mais quelle importance, quand les drag queens sont si visuelles, si drôles dans leur humour et le travail de tous ces costumes, de ces maquillages réussis ou bâclés. New York était le centre de la scène dans le monde.

 

Il n'y avait vraiment que l'Angleterre qui parvienne à ce niveau de succès ou l'Australie avec Liam Sullivan (l'Espagne aussi, c'est vrai, mais je suis moins connoisseur). Pendant plus de 30 ans, les clubs londoniens ont été riches en "amateur drag nights" pendant lesquelles n'importe quel gay pouvait monter sur la petite scène d'un club comme le Royal Vauxhall Tavern et faire un spectacle impromptu devant les rires et les moqueries (très méchantes) du public. De cette émulation de base, on a vu une pléthore de folles développer un public fidèle qui, finalement, les a encouragé quand les propositions de spectacle télé se sont multipliées. Bon, vous étiez un peu jeunes pour suivre le succès hallucinant d'une Danny LaRue ou Dame Edna Everage, qui avait non seulement avait son propre show à la télé anglaise, mais que l'on voyait aussi dans toutes les vitrines des VHSmith avec ses DVDs et ses calendriers.

 

Il y avait une émulation des deux côtés des USA. A New York, les drag queens s'infiltraient dans les théâtres comme Lypsinka pour devenir des artistes reconnues. A Londres, c'était toujours plus trash avec Lily Savage qui crachait le feu sur scène. Mais au moment où nous, en France, nous vivions les grands jours des drag queens post-Priscilla, le mouvement n'a pas vraiment créé de personnages connus du grand public.

 

Pendant les années 2000, on a cru que ce mouvement des drag queens s'était calmé, exactement comme on a cru que le Vogueing s'était éteint. Mais ces folles sont hyper tenaces, vous savez. Elles ne disparaissent pas, elles continuent, peut-être plus dans l'underground, mais elles persistent. Il faut souvent une période de disette après une célébrité très marquée. Et c'est là où le succès de Drag U est vraiment symbolique. Aujourd'hui, vous allez à New York et vous voyez les immenses pubs de RuPaul sur les bus. Sur Gay Torrent, vous voyez bien que dès qu'un nouvel épisode de Drag U sort, tout le monde se jette dessus. A Provincetown, si vous comptez voir vos copains le soir de la diffusion de l'émission à la télé, c'est peine perdue. Personne ne sort de chez soi, tout le monde est devant la télé, vous savez, cet ancêtre d'Internet. Les gens sont admiratifs.

 

RuPaul a tenté de jouer au cinéma sous son apparence masculine. Ca a marché moyen, mais c'est désormais juste une question de temps avant qu'il ne se retrouve face à Will Smith dans un immense blockbuster. En 2009, il lance l'émission RuPaul's Drag Race (un mélange entre America's Nex Top Model et Project Runway) et enchaîne l'année suivante avec Drag U, un concept d'émission sur le modèle d'Extreme Make Over, mais pas fait par des gays, mais plutôt par des drag queens (TOUJOURS plus drôle). C'est juste un iota de différence par rapport à toutes les émissions que l'on a connu sur le modèle comme Queer Eye for a Straight Guy (que je n'ai jamais vraiment aimé, allez savoir pourquoi), mais là avec des femmes qui sont conseillées par des folles. Et c'est hilarant et adorable à la fois.

 

Pourquoi? Parce que Ru, en patronne de son émission, a développé un personnage complètement attachant. Drôle mais sweet, avec toujours beaucoup d'autorité, ce qu'il a toujours été, finalement. On voit le vrai Ru, entouré des drag queens de la nouvelle génération, et les vieilles - et toutes sortent des blagues à double entendre comme le faisait Pee-Wee dans Pee-Wee's Playhouse qui, d'ailleurs, est presque dans le même univers esthétique de Drag U. Au milieu de tout ça, des sponsors publicitaires pour de vrai qui parviennent à renverser le côté putassier du marketing pour devenir une attraction en soi (wow, comment se faire un lifting naturel sans chirurgie!). Et ce qui est merveilleux dans cette série, c'est qu'on y retrouve toute l'éthique drag queen : je suis peut-être la cheftaine de mon show, mais j'invite mes vieilles amies pour leur donner un coup de pouce car sans elles je ne serais pas RuPaul non plus!

 

Donc Ru est parvenue à revenir sur le devant de la scène, ce qui était très casse gueule pour une drag queen, tout en faisant un pont avec le passé et tout en devenant une égérie des kids qui ne l'ont pas connue (normal!) il y a 20 ans. C'est un tour de force, non? Talk about transmission de la culture LGBT! Et en France, qui en parle? Personne! Nada! Ziltch! Faut pas s'étonner que l'émission ne soit pas achetée par des chaînes télé si les médias gays ne sont pas foutus de faire monter la sauce! C'est quoi leur problème, ils sont en 35 heures tous les jours de l'année ou quoi?

 

Hail to the Queen! Quand une folle comme Ru parvient à revenir du fin fond de l'enfer et attirer à elle des millions de personnes qui l'adorent ou qui la découvrent, ça mérite une prosternation, non? Bien sûr, ne vous attendez pas ici à un guide de trois années de délires! Il suffit d'aller sure YouTube et voir ceci, ceci, ceci, ceci et cela. Bon maintenant, si vous avez besoin de vrais journalistes folles qui savent où sont les tendances gays, vous savez qui appeler. On est toujours au chomdu, nous.

 

 

 


Didier Lestrade

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