La Revue 134 : quelques mots
Donc Vincent Bourseul nous propose son premier texte pour Minorités sur l'absence de la jouissance dans les politiques de prévention en milieu gay. Ce qui est fascinant dans cette communauté obsédée par la performance et le plaisir, c'est que finalement, les gays en parlent très peu. On voit rarement des témoignages sur ce que les gens font (à part sur les sites de cul bien sûr) et on dirait que l'homosexualité ne se décrit plus, au niveau intime. L'époque est pourtant à la démonstration, à l'overshare sur Internet, mais vous lisez des textes ou des livres sur la sexualité, sur ce que l'on fait vraiment? A moins de tomber dans un bouquin d'Erik Rémès (mfgrr), il n'y a pas grand chose.
J'attendais un autre texte sur la thématique de la jouissance et il n'est pas arrivé donc je me suis dévoué et j'en ai pondu deux. Le premier est en réponse à celui de Vincent, car si la jouissance est sous-utilisée dans les messages de prévention, elle est bien omniprésente partout. Après tout, le magazine de la DGS auprès des gays s'appelle Prends moi. Donc il y a bien ici un sujet à développer. Mais le truc, c'est que cette jouissance est collée au consumérisme et ça ne va pas s'arrêter DU TOUT, au contraire, c'est instoppable. L'overdose de sex toys (super excitants en plus!) provoque de nouvelles pratiques sexuelles, c'est bien, mais c'est aussi très pointu chez les gays qui sont sûrement très gâtés de ce côté. Donc l'idée, c'est que la jouissance est aujourd'hui le rempart vers l'engagement. C'était déjà le cas avant, mais là c'est plus puissant, plus incontrôlable, plus égoïste.
Et on finit par un avis perso qui est plus dans la continuité de Pourquoi les gays sont passés à droite. Le manque de leadership LGBT est une tare dans ce pays. On a la patronne de l'Inter-LGBT, la patronne du CRIPS, la patronne de Sidaction, la patronne d'Idaho, la patronne du Refuge, les patronnes de Yagg, mais il n'y en a pas une qui se détache du lot et qui, vraiment, cherche à assumer son rôle de patronne des patronnes. On est tous à se tirer dans les pattes mais c'est surtout parce que personne ne s'est vraiment engagé à fonctionner comme dans n'importe quel combat minoritaire : avec une stratégie commune, un vrai lobby qui s'impose. C'est tellement facile pourtant. Il suffirait que Sidaction prenne enfin son rôle de leader au sérieux, convoque une conférence majeure et parvienne à dégager une politique claire, de manière à lancer un message compréhensif pour tous et toutes - et qu'on s'y tienne. Mais c'est tellement plus habile de subventionner tout le monde. Aujourd'hui, quand on reçoit une subvention, ce n'est pas pour mieux s'exprimer. C'est pour mieux se taire.
