Souhail Chichah, un homme à défendre

  Il y a quelque chose qui nous détruit quand on voit un homme ou une femme injustement rejeté(e) pour ses convictions politiques et que cette vie est menacée à travers des accusations injustement formulées. On pourrait faire un club réservé à ces personnalités que tout le monde veut attaquer et qui passent des années à tenter de sortir du piège que l'on a créé juste pour eux, une fosse dans laquelle tombent la carrière, la famille, les amis, les rêves. On y mettrait les plus célèbres, les Hessel et Quatremer, mais aussi les moins connus, comme tous ceux qui sont punis parce qu'ils refusent de vendre leur cul à ceux qui ont l'argent et qui asservissent la société à travers leur mécénat ou leurs réseaux.  
  Il y a quelque chose qui nous détruit quand on voit un homme ou une femme injustement rejeté(e) pour ses convictions politiques et que cette vie est menacée à travers des accusations injustement formulées. On pourrait faire un club réservé à ces personnalités que tout le monde veut attaquer et qui passent des années à tenter de sortir du piège que l'on a créé juste pour eux, une fosse dans laquelle tombent la carrière, la famille, les amis, les rêves. On y mettrait les plus célèbres, les Hessel et Quatremer, mais aussi les moins connus, comme tous ceux qui sont punis parce qu'ils refusent de vendre leur cul à ceux qui ont l'argent et qui asservissent la société à travers leur mécénat ou leurs réseaux.  

 

 

 

Quitter la réserve et refuser l'Arène aux Editions du Souffle (2012) est un de ces livres qui racontent les rouages d'un piège politique. Le personnage central, Souhail Chichah, un homme qu'il suffit de regarder 2 minutes pour voir qu'il est correct, y est accusé de tous les maux de notre temps : islamiste, antisémite, et tout ce qui va avec. Le cadre est celui de l'Université Libre de Bruxelles, dont on a déjà parlé sur Minorités lors du passage de Caroline Fourest. Une quinzaine de participants à la conférence avaient alors manifesté leur désaccord. L'Islam était encore au centre de la controverse; de cet évènement est né l'idée d'une "Burqua Pride" immatérielle, une sorte de zap rappelant tous les symboles de l'activisme des droits civiques américains. Le foulard devenait le poing levé des médaillers olympiques de 1968.

 

Ce livre déconstruit comment la minorité issue de l'immigration maghrébine se trouve, en France ou en Belgique, toujours sur la défensive, toujours accusée des tares de la civilisation moderne alors que cette minorité ne fait que se défendre pour être respectée dans sa différence. Ce sont eux, les moteurs de l'antiracisme et du changement, de l'éthique et du multiculturalisme. Mais il sont toujours au pilori de la société blanche, laïcarde, intolérante - et dominante. Ils sont les hommes et les femmes qui seront connus plus tard pour leur engagement mais aujourd’hui, le rouleau compresseur de la haine républicaine les écrase et tout est bon pour les marginaliser.

On les traite d'antisémitisme alors qu'ils n'ont jamais prononcé de mots qui vont dans ce sens (la seule critique de la politique israélienne dans le conflit avec la Palestine les met de facto dans une case qui n'est pas la leur).

On les traite d'islamistes quand ils ne sont parfois même pas musulmans eux-mêmes (et bien sûr, ils ne vont pas répondre en criant sur tous les toits qu'ils ne sont pas croyants car ce serait une manière d'admettre que le seul fait d'être croyant est une erreur condamnable).

On les traite de négationnistes (alors qu'ils ne remettent pas en question le génocide juif, tout en rappelant malgré tout que les exilés de Palestine ne sont pas vraiment partis de leur plein gré!).

 

Comment un universitaire comme Souhail Chichah se trouve exclu de son université? C'est bien simple. Comme un chercheur du CERN se trouve emprisonné pendant 4 années pour des raisons complètement irrationnelles. Après tout, Adlène Hicheur est franco-algérien, ça doit être la raison. Heureusement, il est libre depuis quelques jours. Mais en général, plus c'est gros et moins on en parle.

 

Il se passe quelque chose en ce moment en Belgique, l'amorce d'un débat entre minorités qui n'existe pas encore en France. Entre gays et musulmans, entre stratégies activistes et identitaires. Et comme par hasard, ce mouvement nait des étincelles de la discussion entre ceux qui sont à la marge de leur propre minorité. Mon expérience actupienne me laisse à penser que sont souvent les plus justes.

 

 


Didier Lestrade

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