L'inuendo hétéro du porno gay

Faut-il le rappeler ? Avec tout ce tralala militant contre l'homophobie, on oublie de dire que les gays sont gaga amoureux des hétéros. Avec l'âge, on devient plus intéressé par ce qui peut réunir les gays en tant que minorité, aux hétéros, la majorité. Cela fait rire ceux qui me connaissent depuis longtemps car ils savent bien qu'avant je cherchais davantage les points de séparation entre les deux identités. Et puis, il y a eu l'influence de ce texte pivotal Queers Read This à ACT UP en 1990 qui est allé loin dans la dénonciation des hétéros et même à l'époque, je n'étais pas complètement d'accord. On mesure donc le parcours effectué en 20 ans. Aujourd'hui, on monopolise l'attention militante pendant deux bonnes semaines sur une application d'Android pour reconnaître les gays (merci de leur faire la pub, c'est tout ce que ces entreprises attendent), et grâce à Internet on sait débusquer le moindre geste d'homophobie jusque dans les steppes de Mongolie, mais le truc qu'on ne vous dit pas assez, en tant que gays, c'est à quel point vous nous attirez.
Faut-il le rappeler ? Avec tout ce tralala militant contre l'homophobie, on oublie de dire que les gays sont gaga amoureux des hétéros. Avec l'âge, on devient plus intéressé par ce qui peut réunir les gays en tant que minorité, aux hétéros, la majorité. Cela fait rire ceux qui me connaissent depuis longtemps car ils savent bien qu'avant je cherchais davantage les points de séparation entre les deux identités. Et puis, il y a eu l'influence de ce texte pivotal Queers Read This à ACT UP en 1990 qui est allé loin dans la dénonciation des hétéros et même à l'époque, je n'étais pas complètement d'accord. On mesure donc le parcours effectué en 20 ans. Aujourd'hui, on monopolise l'attention militante pendant deux bonnes semaines sur une application d'Android pour reconnaître les gays (merci de leur faire la pub, c'est tout ce que ces entreprises attendent), et grâce à Internet on sait débusquer le moindre geste d'homophobie jusque dans les steppes de Mongolie, mais le truc qu'on ne vous dit pas assez, en tant que gays, c'est à quel point vous nous attirez.

 

C'est ça qui nous rend gays, ce n'est pas autre chose. C'est cette attraction dévorante pour les hommes que l'on remarque tout de suite quand on est enfant, exactement comme on développe d'office un radar pour les folles, pour tout ce qui est différent. Bien sûr, en tant que gays, nous avons aussi un amour total pour les gays très affirmés. Un gay doit aimer les gays, autrement il n'est pas politiquement achevé. Depuis le début du porno, il y a eu ainsi des acteurs qui ont symbolisé très fortement le look gay du moment, que ce soit Al Parker pour les clones des années 70 ou Chad Douglas et Eric Manchester pour les clones des années 80, Mike Branson pour les années 90, Jake Deckard pour les années 2000 avec Rafael Alencar et Paul Wagner pour aujourd'hui. Ce sont des hommes qui ont énormément de succès car on voit en eux tout le reste de la culture gay, ce sont des gays Puissance 10.

 

Mais depuis toujours, le porno, plus qu'aucun autre média, plus que la peinture et la photographie, c'est surtout la possibilité obsessive de pouvoir regarder la vie la plus cachée des hétéros. Il y a donc un inuendo hétéro dans le porno gay qui est incommensurablement puissant et qui modèle, décennie après décennie, le renouvellement des thèmes et des genres du porno. On cherche sans cesse de nouvelles manières de les montrer au naturel ou dans un environnement complètement fantasmatique. C'est un sujet inépuisable car ces hétéros changent constamment de look et dès qu'ils font un pas de côté, nous sommes tous là à les surveiller. Ils nous fascinent, on a envie de les copier.

 

Le cinéma de JNRC, c'est ça, bien sûr, mais il y a ces centaines de films avec des marines en perm', des homies qui s'ennuient, ou des lads de banlieue, et certains films de militaires, comme la série des Active Duty, c'est un exemple flagrant de film où on arrête la télé en disant : ..... « Wow, p'tain! »

Ou alors : « Que fuerte! »

Ou alors : « Pétard! »

 

Ça a commencé avec le début, forcément, puisqu'on aime les hétéros depuis toujours, avec les films d'Athletic Model Guild de Bob Mizer qui sont, pour la plupart, des films de soft core avec tout ce que la Californie pouvait compter de white trash des années 50, 60 et 70. Il y a eu des bouquins de Taschen sur ça donc tout a été discuté, même la dimension quasi-ethnograpique de ces films. Il y a eu du porno gay avant, mais c'est avec les années 60 que les gays américains ont été en mesure de recevoir des films en Super 8 où ils voyaient enfin nus les hommes qui les rendaient chèvres à l'époque, parce que rappelez-vous qu'il n'y avait pas Internet et Grindr, OK? Les gays étaient affamés!

 

 

Les clones, la branlette et l'initiation

 

L'étape suivante a été les films de Colt, le studio le plus gay de son époque, qui présentait les clones les plus identifiables, mais aussi des bodybuilders hétéros qui étaient pris dans une idée de worshiping total, avec de la lumière, des reflets, de la fumée. Le truc était déjà de faire croire que le mec hétéro avait vraiment l'air étonné de se retrouver dans un film de cul. Il y a de la résistance acquise et le moment de bascule, dans ces films, c'est toujours quand le mec hétéro hésite au début (il ne bande pas beaucoup) et tout d'un coup, un truc mental surgit et il se laisse aller complètement dans l'action qu'il redoutait au début. Cela se voit chez JNRC avec des acteurs presque tous hétéros qui, des fois, font un peu la gueule dans un film et puis, un autre jour, dans le même film (ou dans un autre), ils se lâchent complètement. Ils sont à l'aise, ils transpirent, ils assurent, ils rigolent même.

 

Falcon embraye dès les années 70 avec des films gays à 90% mais il y a toujours ces hétéros qui sont là, souvent dans un mode branlette en solo, juste parce qu'ils sont trop beaux et tant pis s'ils refusent de faire des trucs avec des mecs, on est juste là pour les regarder se branler. Il y a ensuite la Kansas City Trilogy de Joe Cage qui montre beaucoup de supposés hétéros découverts dans les stations service et les glory-holes des toilettes publiques, surtout au bon milieu de la cambrouse. Le voyeurisme devient un élément important du porno gay, le rêve est réveiller un hétéro en lui suçant la bite, donc on se débarrasse de beaucoup de frustrations issues, justement, de ces années 70 (parce qu'on a ramé avec les hétéros à cette époque-là, on vous assure).

 

Dans les années 80 se développe alors le cliché cinématographique de « séduire » un hétéro, de l'initier et cela devient même la trame de beaucoup de films. Au stade où il fallait utiliser beaucoup l'avance rapide du VHS pour passer le blabla de « tu devrais essayer » — « non c'est contre mes principes » blah blah blah pour arriver enfin à la scène où le mormon devient super wild et déchire ses sous-vêtements du temple. Ça se passait dans des westerns où le cow-boy se trouve étonné que son copain lui mette la main au coin du feu ou le supposé sauvage de la jungle découvre les joies du sexe de groupe, où Jeff Striker était supposé être hétéro (mais un peu folle quand même) mais qui faisait des films pornos gays uniquement parce que c'était son marché et il y avait aussi Ryan Idol qui était aussi supposé être hétéro, et plus récemment Mark Dalton aussi. Quand John Rutherford vengeait des méchants rednecks homophobes en leur faisant sauter leur cuti gay (Flaspoint), où Colt avait le chic pour alterner dans ses calendriers des mecs inabordables parce qu'ils étaient too much gay ou des hétéros qui étaient inabordables car ils étaient... hétéros.

 

Donc on a commencé à contempler cette passion obsessive des gays pour les hétéros depuis des millénaires (Le Porno, 3000 ans après, un bon livre à écrire) en détournant dans un modèle de pensée où les gays auraient le dernier mot, ce qui est rare dans la vie de tous les jours, et finissaient par baiser avec l'hétéro (actif ou passif, it's all good) et même le caresser avant et après. Il y avait plein d'acteurs qui avaient du succès parce qu'ils avaient un look 100% hétéro, soit parce qu'ils baisent comme des hétéros, avec les mouvement et les paroles, soit parce qu'ils n'avaient pas l'air gay un seul moment pendant toute la séquence, ce qui est putain de très rare. Certains acteurs, comme Jack Wrangler étaient complètement bi donc ça les rendait surtout très masculins.

 

 

Viol de masse, mecs de base, $ 2.000

 

Dans les années 90, c'est devenu vite incontrôlable. De séduction appuyée, on est passé au viol de masse et le SM a commencé à enfermer des hétéros gentils comme tout, qui n'avaient rien fait de mal, dans des cages en métal Chi Chi La Rue, des slings recouverts de fungi dans des clubs seedy dont il vaut mieux oublier le nom. Il a fallu alors se rabattre vers tout le cinéma d'Europe Centrale, de Lituanie aussi avec Bel Ami, le cinéma porno cubain et des Caraïbes de Kristen Bjorn pour voir des vrais hétéros qui étaient extrêmement directs dans leur gaucherie de la technique sexuelle gay. C'était presque embarrassant pour eux, ils n'avaient pas l'air de faire ça tous les jours et des fois, en tant que gays, on était un peu énervés par des mecs qui savent pas sucer, mais c'était des hommes quoi, des vrais jules et ils pouvaient survivre mentalement, et puis il n'y avait pas à chier : ces mecs avaient des corps que les gays n'avaient pas encore. Ils étaient bourrés d'hormones, mais avec des poils, des gueules pas possibles. Et on a commencé à accepter dans nos têtes que le cinéma 100% gay ne suffisait plus, qu'il fallait casser vos barrières mentales en s'engouffrant dans ce porno avec des mecs hétéros des favelas, tout ce machisme complètement naturel, et tout ce qui les entourait avait ce côté rugueux, les plantes tropicales, les chiens qui aboient, les coqs qui font cocorico dans une cour voisine, même de temps en temps un coup de feu au loin.

 

Après il y a eu tous ces films de militaires et je ne parle pas des films traditionnels gays make believe avec des acteurs connus qui portent des uniformes (Fleet Week) mais des vrais marines où les soldats s'ennuient tellement qu'ils finissent par accepter 300 dollars pour une après-midi cool à se faire sucer. C'est la série très célèbre de Dirk Yates, encore un boulot socio-ethnographique de pointe, des dizaines de DVDs avec des vrais marines, jeunes, tatoués ou pas, une forme physique parfaite avec des crew cuts et plein de variantes de dégradés sur la nuque et ces bites superbes. Il y a même eu des DVDs de caméras cachées dans les salles médicales où les mecs passent leurs examens d'entrée à l'armée, je me demande comment ils s'en sortent pour faire des films comme ça, c'est là où on voit que le Don't Ask Don't Tell n'a pas réussi à empêcher des milliers de militaires de se faire filmer sous toutes les coutures. Et j'imagine que dans le porno hétéro, il doit y en avoir aussi.

 

Sneek Peek a fait ça avec les mecs de quartier de Rhode Island où le réalisateur vit et on voit autour de lui toute une smala de loosers et branleurs des cités blanches et mixtes. Il y a des Américains de banlieue avec des T-shirts de baseball, le thug du coin, le mec normal de la rue d'à côté, certains rien de spécial mais toujours de l'attitude et aussi de la conversation, ce qui fait qu'on apprend beaucoup de choses sur leur vie quotidienne — et c'est intéressant.

 

Là, on est dans le prolongement de tout ce qui est en train de nourrir l'imaginaire gay à travers les tatouages et le sportswear, les chaussettes blanches à grosses rayures du basket, une version autrement plus insolite et réelle que Diane Arbus, des mecs qui sortent de tôle et qui ne la ramènent pas. Notre regard de gays est complètement capté car c'est sans fard, sans délire intellectuel sur le pourquoi du comment, c'est du vrai.

 

Et puis on arrive à un degré supplémentaire de l'inuendo avec cette série de pornos où le mec est assis devant la caméra, les yeux bandés et il se fait sucer par toujours le même mec qui fait les films. C'est la série Edge de Chaos Men, malheureusement, ça finit les trois quart du temps par pas être safe, mais on se rapproche de plus en plus de la possession d'un mec hétéro qui, à la rigueur, préfère ne pas regarder comment on le suce car il prend mieux son pied ainsi.

 

Le degré ultime arrive. Cette obsession des gays pour les hétéros ne pourrait être mieux illustrée par la série controversée des Baitbus, ces petits films où des hétéros sont engagés sur le bord de la route pour baiser avec un gay dans un minibus pour 2.000 dollars. Le mec monte en croyant avoir du bon temps, ce sont tous des mecs de 20 à 30 ans, et on voit le développement psychologique qui s'opère chez ce mec qui n'a jamais baisé avec un homme et qui se trouve attiré par l'argent facile et la nana à gros seins, assez sympa d'ailleurs, qui fait le bait, l'appât. D'où le nom Baitbus. Dans certaines scènes, le mec hétéro a les yeux bandés et il croit que c'est la nana qui le suce mais c'est bien sûr le pédé. À ce stade, c'est déjà du viol. Quand il découvre le truc, le mec est réellement choqué, il a presque les larmes aux yeux, il n'en revient pas de ce qui lui arrive, il se rhabille, ça pourrait presque tourner à la baston. Bon, d'un autre côté, il est incroyablement naïf. Mais incroyablement beau aussi. Quand il se décide à enculer le mec gay, sa bite (avec capote) est super dure et on sent que le mec fait ça pour la première fois. Il est vierge. Et excité. Il ne le montre pas, mais il prend du plaisir, he's loosening up, et même quand il jouit, ça vient facile.

 

 

Les mecs normaux

 

C'est donc dans ces films que l'on voit les mecs de l'Amérique normale, celle des banlieues de Steven Spielberg dans tous ses films mais 30 ans plus tard, avec des corps qui n'ont pas été groomés pour le film puisqu'ils ont été pécho dans la rue, quand ils sortent de chez eux ou quand ils ont fini le travail. Et vraiment, dans chaque DVD ou presque, il y a un mec qui est tellement hétéro dans son genre, que ce soit le petit bodybuilder en costard qui va travailler ou le redneck qui attend au bord de la route qu'on vienne le chercher après le travail, entre les lignes d'électricité à haute tension et un canal. C'est la vraie Amérique.

 

On peut dire que c'est pareil pour les films de Cité Beur puisque tout le fantasme est basé sur la racaille de banlieue qui baise dans les caves. Comme chez les hétéros, l'idée de virginité est importante chez les gays et tous ces films tournent autour du scénario de « la première fois » pour le mec hétéro. Comme chez les gays, la possibilité de tomber sur un mec vierge dans la vraie vie est quasi-nulle, on détourne l'idée en montrant qu'on est toujours vierge de quelque chose, une pratique ou une position sexuelle. C'est ce que l'on voit par exemple dans le célèbre film de Joe Cage, Closed Set, où Cole Ryan est présenté comme le mec gay qui n'a jamais baisé avec un autre mec gay et, vrai ou pas, cette introduction de Cole dans le porno l'a propulsé comme « le nouveau mec toujours excité qui jouit si fort que ça va jusqu'à la boite aux lettres ».

 

Triga, bien sûr, est complètement basé sur cette idée de lads hétéros et je suis étonné que le porno gay britannique se résume à ça car en France on a des réalisateurs qui ont une palette d'idées plus larges. Mais c'est que ces mecs Anglais sont vraiment des bombes quand ils ont l'air hétéro. Ce n'est pas de l'homophobie intériorisée, ou une forme d'auto-dégradation face à la norme patriarcale sexiste colonialiste ou je ne sais pas quel est votre problème à vous, c'est que ça marche. Matt Hughes est le plus célèbre de tous chez Eurocreme, l'acteur anglais le plus célèbre de son temps, celui qui provoque même des articles dans les tabloïds sur le fait qu'il a des problèmes à trouver des nanas qui savent s'occuper dignement de ses 11 Inches. Toute la mythologie de ce mec est construire sur son hétérosexualité, mais c'est un homme fondamentalement bi car il a fait trop de films désormais pour qu'on n'ait pas remarqué pas qu'il sait sucer les autres, s'occuper d'eux pendant le sexe, exactement comme s'il était gay, et puis comme je dis toujours, des hétéros comme ça, on en veut tous les jours hein.

 

Après tout, Falcon a fait plein de films sur l'idée de rapt et d'enlèvement, comme la célèbre série The Abduction, mais il y a eu beaucoup d'autres films. Dans le porno gay black, Bobby Blake enlève un mec blanc sur un parking, le balance dans un fourgon avec son partner dans la vie d'alors, Flex-Deon Blake. On le voit même dans une scène avec un pistolet sur la tempe de la folle en face de lui, scène qu'il finira par regretter dans sa autobiographie. Mais il y a quelque chose de tellement mastodonte chez Bobby Blake, son corps, sa manière de crier « bitch » qui devrait être samplée dans 500 disques de folles des circuit parties, on y croit même si on sait que c'est du flan.

 

 

Et les hypsters, alors?

 

Enfin, pour finir ce tour d'horizon des hétéros qu'on aime dans le porno gay, je me pose une petite question en guise de conclusion. Je suis très étonné que le look des hypsters ne soit pas déjà récupéré dans le porno, après tout on voit bien sur Tumblr que ces mecs barbus de 25 à 30 ans ressemblent comme deux gouttes d'eau aux hétéros. Bien sûr, il y a des hypsters gays colorés qu'on reconnait à 300 mètres, c'est le look de now et c'est bien, mais il y a plein de mecs cools, normaux, parmi eux et il faut vraiment cligner de l'œil pour savoir s'ils sont gays ou pas. Sur Tumblr désormais, c'est un concours pour avoir la photo où on est le plus décontract, pas rasé, allongé dans le bordel de la chambre, des mégots sur le lit, avec un contrejour vers la porte de la cuisine qui donne un côté domestique lovey dovey, ou alors le mec est au bord d'un ruisseau avec le soleil qui tape dans la barbe rousse. Pas particulièrement musclé, mais pas crevette non plus et des jolis poils partout. Attendez, c'est un look très très très nouveau chez les gays. On s'échappe un peu du formatage de la photo érotique gay, super léchée et photoshopée comme dans la presse gay qui n'a toujours pas pigé que le vent tourne. Ici, c'est la recherche d'une homosexualité qui n'a plus à prouver qu'elle est hip, et le désordre domestique est surtout là pour appuyer une marque masculine. C'est le bazar chez les mecs, quoi. Pas comme chez nous où tout est super bien rangé.

 

Les gays montrent ainsi leur attrait pour les hétéros dans leur élément à eux. On a décoré toutes nos maisons plus gay que gay, et maintenant on regarde comment c'est chez eux. On est là à regarder quel poster ils ont mis au mur, quel est le gel lubrifiant sur le bureau de l'ordi, pourquoi ils ont choisi (ou pas) ces draps à motifs dans le lit. C'est un cadre fantasmatique très puissant et si le mec hétéro se met à avoir des mouvements du bassin, ou une manière de relever les bras derrière la tête que les gays ne font presque jamais, dans le genre je suis à la coule pendant qu'on me suce, alors c'est le bingo intégral. On pénètre alors vraiment dans la psyché de ce mec hétéro, le militaire que l'on a vu mille fois dans le train, en face de soi, dont on voudrait pouvoir savoir à quoi il pense puisqu'on ne peut pas pénétrer dans son uniforme, ou alors ce bûcheron de 25 ans qui vient chez vous et vous devez vous tenir une bonne après-midi sans crier « Non mais c'est criminel des taches de rousseur comme ça, c'est pas possible !!!! » ou le mec hétéro beur de 22 ans qui vient relever le compteur ou un autre truc comme ça chez vous, en ville. Le mec est là trois minutes, c'est une apparition, vous n'étiez pas préparé, vous avez une surcharge d'adrénaline de 3 tonnes, c'est bien simple, vous n'y voyez plus clair, c'est une illumination. Eh bien, le porno vous permet de retrouver le même mec, pratiquement, ou un mec qui lui ressemble beaucoup et d'étendre ces trois minutes pour un moment qui dure toute la vie.

 

Réconcilié avec les hétéros. Ça n'a pas de prix.


Didier Lestrade

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