La Revue 23 : quelques mots

Quand on a commencé à penser au contenu de Minorités, il y a un an, je me disais que ça serait bien de mélanger des articles d'analyse ou des coups de geule à des trucs plus personnels où les gens, célèbres ou pas, mais de préférence pas célèbres, pourraient raconter des détails intimes de leurs vies.
Quand on a commencé à penser au contenu de Minorités, il y a un an, je me disais que ça serait bien de mélanger des articles d'analyse ou des coups de geule à des trucs plus personnels où les gens, célèbres ou pas, mais de préférence pas célèbres, pourraient raconter des détails intimes de leurs vies.

Cela ne serait pas dans un style blog, mais à chemin entre le journalisme et le blog, plus du côté du "docureal". En fait, ça serait plus proche du journalisme tel qu'on le rêve, quand les gens présentent un contexte avec des données chiffrées, tout en se positionnant au centre, en révélant des choses importantes de leurs vies.

 

C'est ce que je demande à des amis proches. Je les sollicite pour des textes de ce genre. Ils sont incroyablement lents à réagir, wtf. Mais, cette semaine, la Revue publie un long témoignage d'un garçon que je n'ai jamais rencontré, lui, qui vient du 93 et qui vit à Doubaï. Il y a trois mois, il m'envoie un mail suite à un texte dans Minorités et il me raconte en diagonale la nuit qu'il avait passée sur cette plage de Doubaï. Je lui ai dit tout de suite que ce serait un témoignage génial, quelque chose que les médias gays pourraient publier car c'est un bon reflet d'un moment de vraie vie. Mais les médias gays ne le font pas car c'est trop intime. Après tout, comment font tous ces travailleurs pour baiser?

 

Mais Souhil ne savait pas écrire. Enfin, c'est ce qu'il disait. Mais j'avais bien vu qu'il pouvait le faire. Je l'ai donc encouragé pendant deux mois, gentiment, puis en le bousculant un peu. Je me suis dit, à un moment, qu'il n'y arriverait pas. Et tout d'un coup, il m'a envoyé ce long texte, avec plein de considérations politiques sur comment c'était d'être traité de "basané" dans les années 80 et aussi de l'humour, car Dubaï, c'est tellement dingue qu'à un moment, c'est très ironique.

 

Je suis très content de ce texte, qui est sincère à 150% et, je trouve, incroyablement écrit. Au début, on croit que c'est juste une nouvelle érotique de plus avec tous les ingrédients croustichauds et puis ça glisse vers une narration intime, puis il y a des détours sociologiques et enfin ça finit avec le suspense. Il y a des pros qui tentent d'atteindre cet équilibre dans l'histoire. Ils n'y arrivent pas toujours.

 

Après, il y a la chronique de Peggy Pierrot. Et c'est un peu pareil. Minorités raconte des "histoires". Vraies. Le genre de moment où on se rappelle qu'un prof de musique a été important pour vous car elle s'est fait chier à vous expliquer CORRECTEMENT "Pierrot et le loup" et que ces bases-là, vous les avez encore, des décennies plus tard. Que votre prof d'histoire et géo est LA PERSONNE qui vous a fait comprendre ce qu'était l'injustice à 14 ans en faisant tout un cours sur les "have et les have not". Et Peg nous explique tout ça à partir de l'arrêt du bus où il y avait ces skins qui la faisaient chier quand elle était ado. Mais c'était les années 80 et même les skins étaient moins cons à cette époque-là, même s'ils nous faisaient peur. Enfin, si ça nous a fait découvrir Sham 69...

 

Aujourd'hui, tout le monde parle du kiss-in à Notre-Dame-qui-était-à-St-Michel-mais-c'est-pas-grave et Manuel Atréide revient sur ça et sur la mobilisation contre les lois antiLGBT ougandaises. Est-ce que Facebook est la fin de la bonne vieille manif? Maybe yes. Maybe no.

 

La photo de la Revue 23 s'éloigne un instant de la répétition des objets pour un cliché de nuit américaine, enfin non. Crédit : Fabien Lamotte et Pierre-Jean Lamy.


Didier Lestrade

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