Revue de presse twitteresque
Les gens sont tellement surchargés de news sur Twitter que le seul moyen de la canaliser est de la fragmenter en créant des zones géographiques. La géolocation permettra aux utilisateurs de Twitter d’inclure leur location précise avec chaque nouveau tweet. Petit à petit, nous offrons toutes les informations que les réseaux sociaux rêvent de nous soutirer, et nous le faisons avec un plaisir de plus en plus manifeste.
Un autre article du 3 novembre nous apprend que 25% des Anglais souffrent d’une forme ou une autre de paranoïa, le résultat d’une combinaison de plusieurs facteurs comme l’urbanisation, la globalisation, les migrations, les disparités de richesse et les médias (c’est nous !). À force de tout révéler sur les réseaux sociaux, nous sommes tous effrayés à l’idée d’être observés. Par exemple, les gens admettent que Google StreetView les inquiète, même s’ils trouvent ça génial. Avec toutes ces caméras dans la rue, la vie normale ressemble de plus en plus au marché de la surveillance sur Internet. Le même jour, dans un édito sur les portables et les SMS, David Brooks a cette phrase : « La vie sociale devient de plus en plus semblable à l’économie, avec des personnes empêtrées dans des blizzards de propositions et des signaux de demande à travers un univers de partenaires potentiels ». Pour l’éditorialiste, cette exagération semble encourager une « atmosphère de désenchantement général ».
L'index du bonheur
De fait, nous savons déjà si Facebook et Twitter nous rendent heureux. Une étude analysant les updates de 100 millions de social networkers aux Etats-Unis montre que l’index de bonheur augmente de 9.7% le vendredi comparé au lundi (c'est demain!), qui est le pire jour de la semaine (hello party goers et lecteurs de la Revue de Minorités, qui a son pic de fréquentation… le lundi. Peut-être faudrait-il changer ça d’ailleurs…).
Pour le savoir si les gens sont heureux ou pas, c’est relativement facile : il suffit désormais de compter le nombre de status updates qui comportent dans l’énoncé les mots « happy » ou « awesome » pour avoir une estimation du nombre de personnes heureuses ce jour-là. De même, il suffit de compter les mots tristes comme « sad », « doubt » et « tragic » pour avoir une idée de ceux qui sont flipounets. « Le genre d’information que les gens publient sur Facebook est exactement ce que les sociologues ont essayé de collecter tout au long de décennies d’enquêtes » dit le Pr James W.Pennebaker de l’université du Texas à Austin. « C’est une immense ressource pour étudier les connections humaines, l’amitié, l’amour, la haine, les stigmatisations » dit-il, même s’il considère que le potentiel des réseaux sociaux pourrait devenir « creepy ».
Ooops on a raté l'aéroport!
Il l’est déjà. Un des trucs qui me fait le plus rire, c’est qu’on puisse se pencher sur FB pour savoir ce qu’on savait déjà depuis toujours : le lundi est le pire jour de la semaine ! Hello spoilers ! Encore plus drôle : ce qui se passe de plus en plus avec tous ces gens qui ont le nez non-stop dans leur ordinateur portable. Il y a eu cette histoire géniale des deux pilotes de la ligne américaine Northwest qui étaient tellement absorbés par leurs laptops qu’ils ont carrément oublié d’atterrir à leur destination, Minneapolis. Ils ont réalisé qu’ils étaient allés trop loin, heu, après 150 kilomètres. Comme dit Roger Cohen le 9 novembre dernier : « Après le 11 septembre 2001, la moitié de l’Amérique est partie en guerre et l’autre moitié a fait du shopping ».
C'est un clown! C'est un avion!
Il y a aussi cette étude super drôle qui montre que les gens qui téléphonent en marchant dans la rue ne voient pas ce qui se passe autour d’eux. Une équipe de l’université de Bellingham, dans l’état de Washington, a cherché à savoir si les gens voyaient un clown passer à côté d’eux, sur un unicycle. Alors un clown, ça se remarque, c’est fait exprès. Un clown sur un cycle à une roue, ça se voit encore plus. Eh bien, seulement 25% des personnes qui téléphonaient dans la rue ont remarqué ce clown. Discuter au téléphone entraîne parfois ce que l’on décrit comme un « aveuglement d’inattention ». Vous n’êtes pas aveugle, mais votre cerveau n’enregistre pas très bien ce que vous faites. Il est donc désormais complètement dépassé de se demander s’il est dangereux de conduire en téléphonant. So last décennie ! Maintenant, ce sont les piétons téléphoneurs qui sont en danger. Un peu plus de 1000 piétons américains se sont trouvés aux urgences en 2008, parce qu’ils téléphonaient dans la rue. C’était le double de 2007, qui était déjà le double de 2006. Pour se défendre, les gens disent que le fait de marcher dans la rue est contre-productif, on perd son temps, on a du mal à accepter une telle punition de monotasking. Aller de A à B est totalement boring.
C'est pas graaave
Dans la critique du livre « The tirany of E-mail », Ben Yagonda admet qu’à chaque fois qu’une nouvelle révolution technologique prend de l’importance, les gens disent la même chose : ça va être la catastrophe. Du télégraphe au minitel, les gens se sont inquiétés pour rien et l’homme s’adapte très bien. Dans « The panic over sexting », Jesse Singal rappelle que toute une génération de jeunes qui ont dévoré « Donjons et Dragons » et d’autres cultes sataniques sont parvenus à l’âge adulte sans être décimés par une quelconque maladie grave.
Bien que, comme le soulignait le neurologiste Adam Gazzaley, dans l’article plus haut sur le clown unicycliste : « Un animal ne se cognerait jamais contre un poteau ». Mais je ne sais même pas si ce neurologue a raison puisque pendant dix ans, « Vidéo Gag » nous a prouvé le contraire, avec des chiens qui se jettent du premier étage, etc...
Un peu cher quand même
Le 8 février dernier, un autre article génial nous apprend que la famille américaine moyenne dépense 997.07$ par an afin de s'abonner à la télévision câblée, à Internet et aux jeux vidéos. À cela, il faut ajouter 1000$ supplémentaires pour le téléphone, ce qui veut dire que la famille américaine moyenne dépense plus pour s’amuser chez soi qu’elle ne dépense pour l’essence de ses voitures. Le prix à payer pour être connecté ne cesse d’augmenter. « Nos maisons sont hérissées de technologie » dit Lee Rainie du Pew Internet and American Life Project. Ma question : est-ce que les jeunes vont de plus en plus resembler à des crevettes? Non parce que ce que ça veut dire tout ça, c'est que les gens restent à l'intérieur de leurs maisons tout le temps! Ils font du sport quand?
Résiste!
Il y a bien sûr le dernier petit village qui rassemble ceux qui refusent d’avoir un téléphone portable. Les personnes sans téléphone portable (eeek ! ça existe !) sont devenues l’objet d’une curiosité qui effraie légèrement, qui provoque même une gêne physique, comme lorsque l’on enquête sur une secte vraiment vraiment vraiment paumée dans l’Idaho quoi, le genre à vouloir kidnapper des enfants haïtiens. On les appelles les Refuseniks du cellphone.
« The numbers are dropping » du 22 octobre dernier nous apprend qu’ils ne sont plus que 5% d’Américains sans téléphone portable. Certains sont juste des ploucs, mais il y en a beaucoup qui ont déjà eu des téléphones portables (comme moiself) et qui ont décidé d'arrêter afin de contrôler leur disponibilité face à un torrent de conversations absolument débiles. Nous sommes fiers du fait que personne ne puisse nous joindre. Certains d’entre nous ont même des téléphones fixes avec des répondeurs qui sont saturés de messages, ou qui ne marchent tout simplement pas très bien, exprès. L’article nous donne l’exemple d’une certaine Jenna Catsos, de 22 ans, qui pense que le fait que l'on puisse la joindre à n’importe quelle heure est « effrayant ». Atta girl ! Il y a aussi Gregory Han, un journaliste de 32 ans qui vit à Los Angeles et qui n’a pas de téléphone portable mais dont le job est d’écrire sur tous les autres gadgets électroniques récemment commercialisés.
Certains de ces étranges personnages sont tout à fait équilibrés, même si leur entourage ne trouve pas ça drôle tous les jours (« Ben, où t’étais, ça fait une heure que je t’attends à l’aéroport » ou bien « Ben, où t’étais, Mémée est encore tombée dans la fosse à purin ») et ces adeptes du non-téléphone portable sont assez gentils. Personnellement, j’attends juste d’avoir un problème du genre panne de voiture sous la pluie en plein hiver – la nuit. Quand ça m’arrivera, je vous promets que cette période no-phone sera terminée le lendemain matin, mais pour l’instant, je savoure ma tranquillité. Dans "Only disconnect", Wyatt Mason nous assure même qu'il est parvenu à écrire une chronique trois fois par semaine pendant un an sans connection Internet. "Nous avons l'impression de débuter la journée et notre travail avec plus de concentration". You bet.
Ah tiens, j'ai réussi à finir sur une minorité.
