Je suis fatigué et en colère

Il n’y a pas un mois sans qu’une enquête ou une étude n’apporte son lot de mauvaises nouvelles sur le front de la transmission du VIH chez les gays comme si une terrible fatalité était à l’œuvre et qu’au-delà du constat des chiffres beaucoup s’en accommodait. Je suis fatigué de lire ces mêmes chiffres, tous aussi déprimants les uns que les autres. Je suis en colère car les réponses apportées par les associations sont pour le moins inappropriées quand elles ne sont pas simplement complaisantes.

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Maxime Journiac

par Maxime Journiac - Dimanche 16 janvier 2011

Maxime Journiac, 57 ans en février, homme, blanc, de culture européenne, co-infecté VHC/VIH/VHB, pédé congénital, Folle pour ne pas devenir fou, enculé conception, humaniste laïc et athée à tendance misanthrope, veuf et célibataire depuis 1986.  

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Il n’y a pas un mois sans qu’une enquête ou une étude n’apporte son lot de mauvaises nouvelles sur le front de la transmission du VIH chez les gays comme si une terrible fatalité était à l’œuvre et qu’au-delà du constat des chiffres beaucoup s’en accommodait. Je suis fatigué de lire ces mêmes chiffres, tous aussi déprimants les uns que les autres. Je suis en colère car les réponses apportées par les associations sont pour le moins inappropriées quand elles ne sont pas simplement complaisantes.

A

u risque de passer pour un populiste du sida, j’ai envie de crier comme Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous » tant je trouve l’action des associations qui s’occupent de prévention du VIH à ce point nul et un échec total. Pourtant ce ne sont pas l’argent ni les moyens qui manquent. Que font tous ces chargés de missions et autres « fonctionnaires du sida » ? Ils devraient tous démissionner tant leur échec est patent. Leurs messages sont insipides voire dangereux et en tous cas contre productifs. C’est parfois à se demander si inconsciemment ils ne se satisfont pas de cette situation catastrophique qui leur procure malgré tout un salaire et/ou une reconnaissance sociale.

Je sais que d’aucuns diront mais d’où il parle celui là pour faire un tel procès ? Je répondrai que mon engagement dans la lutte pour le droit des gays et la lutte contre le sida n’a pas à rougir, ni rien à leur envier et ne date pas d’hier.

 

À l’âge de 18 ans (en 1972), j’ai fait mon coming-out à une époque où cela n’était pas facile, j’y ai gagné en force et en respect de moi-même et de celui des autres. Je suis allé à cette même époque au FHAR qui pour moi, en tant que pédé, a été comme une deuxième naissance. J’ai vécu dans une commune de Folles Radicales en 1975 et 76 à Londres (les Brixton Faeries). J’ai été membre du GLH dés le début en 1976. Avec Pablo Rouy, Frank Arnal et Jean-Philippe Coz j’ai été un des aiguillons joyeux et provocateur de ce groupe. J’ai participé à la création de Gaie Presse en 1978, et à celle de Gai Pied en 1979. Je suis parti vivre à New York fin 1980, déçu déjà par la tournure commerciale que prenait le Marais.

 

 

28 ans

 

Je suis séropo depuis à peu près 28 ans. Je me bats au quotidien contre le VIH/sida depuis 1983, date à laquelle mes premiers amis/amants sont tombés malades. J’ai pris dans le cadre d’un essai clinique ma première gélule d’AZT en décembre 88. J’ai participé aux actions d’Act Up-New York dès 1988 cela a été ma troisième naissance, celle de l’activisme sida contre la maladie, la fatalité, le repli sur moi, la victimisation. Je suis né à moi-même avec le FHAR et j’ai perdu une certaine partie de moi, mon innocence, avec le sida et la mort de mon « mari » Bob  et de tant d’amis. J’ai quitté Act Up-NY en 1991 alors que les débats étaient monopolisés par des gauchistes souvent hétéros et séronégatifs qui voyaient là un « champ de lutte » à investir. Je suis revenu en France au début 1992. J’ai tenu pendant près d’un an dans Gai Pied une page d’information sur le sida sous forme de chapitres pédagogiques allant des modes de transmissions du VIH, en passant par le test, les bilans biologiques, les symptômes, les infections opportunistes…

 

En parallèle j’étais écoutant à Sida Info Service où j’ai « écouté, conseillé, orienté et soutenu» nombre de personnes séropositives ou inquiètes sur les risques du VIH, plus tard j’ai été de ceux qui se sont battus en interne pour dire que notre mission était aussi de témoigner de ce que nous entendions sur la ligne. J’ai fait de la formation médicale auprès de mes collègues. J’ai représenté SIS au sein d’instances inter associatives dont TRT-5 et à ce titre j’ai été un représentant associatif auprès de l’ANRS, de l’Afssaps (Agence du médicament) et autres instances gouvernementales. J’ai été membre de certaines Actions Coordonnées de l’ANRS. J’ai co-fondé en 1999 le groupe inter associatif CHV (Collectif sur les Hépatites Virales) où en tant que triple infecté VIH/VHC/VHB ce projet me tenait à cœur à plus d’un titre et là encore j’ai été un des représentants associatifs auprès de l’ANRS, agences et autres instances gouvernementales. J’ai contracté le VHC dans mon enfance à cause à pas de chance (transmission nosocomiale), c'est-à-dire depuis probablement 50 ans. Le VIH et le VHB vers l’âge de 28 ans.

 

J’ai été un des premiers à me battre pour la mise en place du Traitement Post Exposition.

 

En 1996 j’ai rejoint l’EATG (European Aids Treatment Group). J’y ai largement travaillé à la mise en place de l’ECAB (European Community Advisory Board) sur le modèle du TRT-5. Je me suis investi au sein de l’EATG pour ouvrir le groupe aux séropos d’Europe Centrale et Balkanique ainsi que ceux de Russie, des Pays Baltes et d’Ukraine. À ce jour, il existe des cabs (community advisory boards) sur le modèle du TRT-5 dans la plupart des pays européens (Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Grande-Bretagne, Suisse, Roumanie, Croatie, Russie, Ukraine…). Je ne compte plus le nombre de week-ends passés (sans être payé) dans ces réunions, je ne me plains pas car c’était mon choix et mon engagement, et tous nous avons fait ou faisons encore de même. Depuis 3 ans, je ne travaille plus, je suis en invalidité, j’ai laissé tomber le TRT-5 et le CHV, mais reste présent et actif au sein de l’EATG et plus particulièrement à l’ECAB.

 

 

Syphilis ≠ Rhume

 

Au cours de ma « carrière professionnelle » j’ai été témoin du n’importe quoi dans le discours et la gestion des pratiques individuelles de certains acteurs associatifs qui heureusement ne sont pas majoritaires. L’un d’eux, en charge de la prévention en milieu gay, m’a une fois dit vers la fin des années 90 alors que l’on parlait de la recrudescence de la syphilis : « y’en a marre de tout ce foin autour de la syphilis, après tout ce n’est pas plus grave qu’un rhume, on prend un antibiotique et on en parle plus ». J’étais abasourdi. Ce même type me disait alors que je lui faisais part de mes expériences douloureuses et désastreuses dans les lieux de drague où j’étais témoin de pratiques de sodomie sans préservatif et où je tendais une capote, ce qui me valait de me faire insulter: « mais tu sais ça leur appartient… » (façon de dire: mais de quoi tu te mêles ?). Là encore j’étais sidéré. Ce même type qui se savait séropo, mais qui le gardait secret et qui ne se faisait pas suivre, a failli mourir d’une infection opportuniste. Je ne parle plus à ce type depuis des années tant il me fait horreur. Je sais que le milieu associatif est plein de ces mecs qui ne sont pas au clairs avec eux-mêmes, comme ceux (membres d’associations) qui en 1996 ou 97, en réponse à la campagne d’Act Up-Paris dénonçant le « relapse » sexuel et les pratiques barbares du bareback, avaient écrit anonymement un tract intitulé «les grenades sexuelles dégoupillent» appelant au boycott de la manifestation d’Act Up du 1er décembre. Après on s’étonnera des résultats catastrophiques dans la prévention du VIH.

 

Depuis un certain temps déjà, l’heure est à la RdR (Réduction des Risques), au séro-sorting, et autres foutaises du genre. Et bientôt ce sera la grande mobilisation associative pour la PrEP (Prophylaxie Pré Exposition). Je me souviens quand 1999-2000 François Houÿez d’Act Up parlait des effets protecteurs du bis-POM PMEA ou PMPA contre le SIV (le sida des singes) chez les macaques (cette molécule s’appelle désormais Ténofovir et est commercialisée par le laboratoire Gilead sous le nom de Viread®), je lui répondais en rigolant : « Mais pourquoi pas demander à ce qu’il y ait du PMPA dans l’eau du robinet » ? Certes le concept est intéressant, mais lorsque l’on voit que pour beaucoup mettre une capote demande un tel effort, qu’en serait-il de prendre un comprimé par jour quand on sait combien pour nombre de séropos prendre régulièrement un traitement qui les maintient en bonne santé est difficile. Sans parler qu’avant de mettre quiconque sous traitement prophylactique il faudrait leur demander de faire un test de dépistage et que celui-ci soit répété mensuellement afin de s’assurer qu’ils sont bien séronégatifs et le restent car ce serait dangereux de mettre un séropo sous monothérapie. Ne parlons pas non plus du coût : qui va payer ? La bonne vieille sécurité sociale ? Attendons que l’opinion publique s’en saisisse, on risquera de voir un tollé général monter contre ces « pédés » irresponsables qui ne veulent pas ou ne peuvent pas (les pauvres chéris) mettre une capote. Et pourquoi les pédés et pas le tout un chacun qui a envie de s’envoyer en l’air sans se soucier du moindre risque? Je ne parlerai même pas de la cruelle injustice qui frappe les séropos des pays du sud où la majorité n’a accès à aucun traitement car ils ont la malchance d’être nés dans des pays pauvres où même l’achat d’un préservatif est coûteux. Pas la peine d’aller voir dans les pays du sud, regardons dans notre belle et douce France la façon dont on traite les étrangers qui demandent à bénéficier de l’AME, mais ça les barebackers et les relapsers ils « s’en battent les couilles » c’est le cas de le dire. J’ajouterais que rien ne garantie que cette « protection » se maintienne au fil du temps si des mecs sont exposés au VIH de façon répétée.

 

 

Recontamination par bêtise

 

Cela me rappelle les résultats d’une étude en Grande-Bretagne qui montre que parmi les gays séropos VIH traités avec succès lors de leur primo-infection VHC (et oui les gays séropos VIH sont aussi contaminés par le VHC et plus que les séronegs), en raison de pratiques sexuelles à risque, et lorsque traités au moment de la séroconversion, le taux de réussite du traitement est de 75 à 80%, un peu moins pour les co-infectés. (J’ai été un des premiers en France de par mon travail au sein de l’ANRS et de par mes contacts avec des cliniciens à alerter sur cette nouvelle épidémie.) Et bien parmi ces mêmes séropos de l’étude anglaise, qui après avoir fait l’expérience d’un traitement anti-VHC qui n’est pas de la bibine (et croyez-moi j’en ai fait 4 en une dizaine d’année et aucun n’a marché pour moi…), un nombre non négligeable de ces mecs se sont re-contaminés alors qu’ils avaient été guéris de leur infection par le VHC (le VHC est la seule infection virale dont on peut se débarrasser et donc en guérir sans pour autant entraîner une immunisation contre une nouvelle exposition) car ils n’avaient pas modifiés leurs pratiques. C’est à se demander si ces mecs sont masos, inconscients, irresponsables ou complètement cons, probablement un peu tout cela à la fois.

 

Quant à ceux qui expliquent les pratiques à risque par le fait que les traitements sont plus faciles à prendre (c’est vrai), moins toxiques (c’est à voir) et que l’on peut vivre une vie normale, je réponds désolé mes chéris mais être séropo ce n’est vraiment pas glamour ! Qui a envie de prendre des médicaments à vie ? Et souvent ces mêmes types qui expliquent leur prise de risque par le fait que le VIH n’est plus mortel (jusqu’à preuve du contraire), beaucoup d’entre eux sont les premiers à paniquer dès qu’ils se savent séropos, à penser que leur vie est foutue et à vouloir se suicider. « Contradiction au sein du peuple, Camarade ! » me répondrez-vous.

 

Je sais que mes propos sont volontairement provocateurs et excessifs mais pas autant que les pratiques de ces mecs qui font littéralement n’importe quoi avec leur cul et leur bite.

 

Je crois qu’il est temps d’envoyer des messages chocs qui fassent honte à ces mecs plutôt que ces discours mielleux que le milieu associatif leur envoie, les excusant de toute responsabilité car « ce qui se joue au cœur de la sexualité c’est compliqué », parce que « l’homophobie est un facteur de fragilisation de la personnalité » etc. etc. Arrêtons avec ces discours de victimisation et de complaisance, ces mecs sont des salauds on sens sartrien du terme. La grande majorité d’entre eux sont des mecs intégrés culturellement et économiquement, ils pratiquent le sexe comme le shopping compulsif et cherchent uniquement à satisfaire instantanément leur plaisir, se fichant complètement de l’autre et des conséquences de leurs actes. Les vraies victimes sont ces mecs souvent jeunes qui débarquent dans le monde gay sans aucun modèle positif (ce n’est pas un jeu de mots) auquel s’identifier et qui sont vus et traités comme de la chair fraîche (de la barbaque à sacrifier sur les barbeculs des barebackers barbares…).

 

J’ajouterai: pourquoi ne ferions-nous pas des campagnes de prévention du style de celles que l’on voit sur l’alcool, la drogue ou le téléphone portable au volant ? Pourquoi l’alcool, la drogue ou le portable au volant sont sanctionnés par la loi et pas le fait de baiser sans capote ? Pourquoi le viol ou la maltraitance sont dans le code pénal qualifiés de crimes et que la transmission du VIH devrait être un cas à part alors que les conséquences sont tout aussi violentes et désastreuses à l’encontre des personnes contaminées que celles pour les personnes maltraitées ou violées ?

 

 

Liberté... ?

 

Certains diront: « Mais ils sont libres de dire non ». Je trouve ce type d’argument aussi fallacieux que ceux entendus lorsque les féministes se sont battues contre le viol dans les années ante diluviennes 70 (Remember Disco ?) et que certains leur répondaient « Oui mais si elles ne s’habillaient pas comme des putes (c’est à dire ne portaient de jupes courtes) elles ne se feraient pas violer… et de toute façon une femme seule n’a rien à faire dehors » (comme si les viols avaient tous lieux la nuit). La transmission du VIH, lorsque l’on se sait séropo ou bien que l’on n’a pas fait de test et que l’on n’a pas utilisé de capote, devrait aussi être passible de sanctions pénales et en tous cas de sanctions morales. J’entends déjà les critiques fuser ; « Ce mec se place sur le plan de la morale, quelle horreur ! »… Mais oui, le VIH est aussi une question de morale et de responsabilité individuelle et collective. Les associations n’ont jamais hésité à crier « honte » aux hommes politiques ni de les traiter d’assassins parce qu’ils ne faisaient rien ou pas assez contre le VIH, mais ceux qui contaminent par égoïsme et/ou j’men foutisme on ne devrait rien leur dire ? Et que l’on ne vienne pas ma parler de « négociation du sexe sans risque », quelle foutaise que ce concept de merde, car pour négocier quoi que ce soit encore faut-il en avoir les moyens (savoir, expression, position sociale…), chacun sait que lorsque l’on est jeune ou étranger et/ou précaire le sexe n’est pas dénué des jeux de pouvoir souvent inhérents à la sexualité, et à ces jeux on sait qui gagne.

 

Mais dans quel monde vivons-nous? Il est simplement inacceptable que dans un pays comme le notre le nombre des nouveaux cas de contamination soit encore à ce point élevé, surtout chez les gays, alors que nous disposons d’informations, de centres de dépistage anonymes et gratuits, que les traitements sont gratuits et qu’il n’y a des lois qui protègent contre les discriminations liées à la séropositivité des individus. Il y a vraiment de quoi s’indigner. Et pour reprendre la formule de Stéphane Hessel, je dis «Indignez-vous ! », car comme lui je me sens résistant de la première heure.

 

 

Je suis fatigué

 

Je suis aussi fatigué et pas très en forme (malade), cependant mon indignation et ma colère restent intactes mais finissent par m’épuiser. Je me dis qu’il est temps de passer le bâton aux jeunes générations (il est incroyable de voir que comme en politique, la plupart des acteurs de la lutte contre le VIH/sida sont cinquantenaires ou pas loin). Si les combats ne sont plus les mêmes que ceux que ma génération ont mené, il serait regrettable que tous les acquis que nous avons obtenus de haute lutte tant sur le droit des gays que sur celui de la défense des intérêts des séropositifs passent à la trappe parce que l’urgence n’est plus la même, parce que l’indifférence a gagné et que chacun se dise « Je n’y peux rien, je me débrouille » (c’est l’un des avertissements de Hessel envers les jeunes générations).

 

Comme quelques personnes, j’ai parfois le sentiment d’être comme Antonio de Montesinos, prêtre espagnol qui au 16e siècle, en plein Siècle d’Or, a été le premier à défendre les droits des Indiens auprès des colons espagnols et qui a fait un sermon dans lequel il disait : « La voix qui crie dans le désert de cette île, c’est moi, et je vous dis que vous êtes tous en état de péché mortel à cause de votre cruauté envers une race innocente. Ces gens ne sont-ils pas des hommes ? N’ont pas une âme, une raison ?... » (Oui, je viens de voir le film espagnol Même la pluie). L’île serait la « communauté gay », le péché mortel serait la complaisance face aux pratiques à risques, la race innocente serait chacun d’entre nous avec lequel nous ne nous protégeons pas.

 

Personne ne mérite de se faire contaminer y compris les inconscients du risque et les trouillards et c’est à nous, les pédés, collectivement, qu’incombe la responsabilité de faire reculer de façon drastique le nombre des nouvelles contaminations, mais pour cela il faut du courage et de la détermination quitte à déplaire à certains membres de notre « communauté ». Et j’ajouterai qu’une communauté qui n’est pas capable de s’auto critiquer et de mettre de l’ordre dans ses affaires est une communauté qui est perdue car d’autres se chargeront du boulot, et tous les membres de la dite communauté seront punis collectivement.

 

À propos de communauté, il n’aura échappé à personne que je ne me réclame plus de la « communauté gay ». Lorsque je me ballade dans le Marais, je suis saisi d’un étrange malaise tant je me sens étranger à cette communauté dont je suis sensé appartenir et pour laquelle je me suis mobilisé et battu. Partout je ne vois que superficialité, jugement, exclusion de tout ce qui n’est pas conforme (baisable) aux règles en vigueur. Pour avoir droit de cité, il faut être fashion victim, gym-queen, ou bear et à la rigueur caillera pour alimenter les fantasmes (il suffit de lire ce qui est écrit dans les sites de cul), et surtout ne pas parler de VIH car « c’est pas sexy », « c’est débandant ». Je ne tire aucune force auprès de « la communauté gay » bien au contraire. Je me sens démoralisé, exclu, étranger. J’en suis venu à refuser la notion même de communauté car pour moi elle est devenue synonyme d’injonction, de bêtise, d’égoïsme, de prison. Un conglomérat de clans et de tribus barbares, un espace confiné où n’existe aucune solidarité, aucune bienveillance. Je sais le terme bienveillance (ne pas nuire à autrui) est désuet, mais que serait un monde sans bienveillance, un monde sans solidarité? Où cela nous mènerait-il ? J’ai le sentiment que « la communauté » est devenue un « ghetto » dans lequel les gays se sont eux-mêmes enfermés en jetant les clefs par la fenêtre pour mieux ne pas en sortir et où il fait bon vivre la tête dans le sable pour mieux avoir le cul à l’air. J’ai divorcé de celle-ci. Désormais je ne suis plus gay mais pédé, libre de ma parole et de mes critiques envers « la communauté gay ».

 

Et pourtant, en fouillant dans des vieux papiers, j’ai retrouvé un texte écrit en avril 1991 que j’avais envoyé à Frank Arnal pour qu’il le publie dans la chronique des années sida qu’il animait dans Gai Pied de mars 1990 à novembre 1992, fin de Gai Pied. Texte où je revenais sur la lente et inexorable agonie de mon mari Bob, et que je terminais par ces mots : « Pour moi seul l’amour, l’amour inconditionnel, quoi qu’il arrive, que je porte à mes amis, à moi-même, et aux pédés en général, et que je reçois d’eux peut encore faire la différence ». Aujourd’hui je ne peux que me poser la question: Mais où est passé l’amour ? Qu’en avons-nous fait ?...


Maxime Journiac

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