J'aurais voulu voyager à travers 2010

2010, c'est fini, terminé, clôturé ! Le temps passe parfois tellement vite qu'on a à peine le temps de se refaire le film de l'année pour tourner la page. Ce qui m'aura vraiment marqué en 2010, c'est le morceau Hiro du rappeur français d'origine comorienne Soprano (alias Saïd M'Roumbaba) qui fait référence au pouvoir temporel de Hiro Nakamura (ce Japonais dans la série américaine Heroes) et décide de remonter le temps pour tenter d'empêcher la réalisation des événements malheureux ou d'assister à l'accomplissement des bons moments de l'Histoire. A chaque fois que j'écoute ce morceau, je me demande toujours ce que j'aurais pu, moi aussi, accomplir à très court terme, ne fût-ce qu'en me concentrant sur l'année écoulée. Oui, j'aurais aimé voyager à travers 2010...

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Mehmet Koksal

par Mehmet Koksal - Dimanche 02 janvier 2011

Journaliste-reporter basé à Bruxelles, polyglotte, correspondant du Courrier International, Mehmet Koksal est co-fondateur de Minorités et un spécialiste de la question minoritaire en Europe.

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2010, c'est fini, terminé, clôturé ! Le temps passe parfois tellement vite qu'on a à peine le temps de se refaire le film de l'année pour tourner la page. Ce qui m'aura vraiment marqué en 2010, c'est le morceau Hiro du rappeur français d'origine comorienne Soprano (alias Saïd M'Roumbaba) qui fait référence au pouvoir temporel de Hiro Nakamura (ce Japonais dans la série américaine Heroes) et décide de remonter le temps pour tenter d'empêcher la réalisation des événements malheureux ou d'assister à l'accomplissement des bons moments de l'Histoire. A chaque fois que j'écoute ce morceau, je me demande toujours ce que j'aurais pu, moi aussi, accomplir à très court terme, ne fût-ce qu'en me concentrant sur l'année écoulée. Oui, j'aurais aimé voyager à travers 2010...

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insi, si j'avais le pouvoir de Hiro Nakamura pour voyager à travers 2010, j'aurais aimé faire la Une du quotidien Haïti Liberté du 11 janvier pour tenter d'avertir la population locale du tremblement de terre du lendemain; j'aurais voulu aller le 16 mars en Ouganda pour éteindre les flammes et empêcher ainsi l'incendie des tombeaux des rois du Buganda à Kasubi; le 27 janvier, j'aurais pris le premier train du matin de Bruxelles pour rejoindre le 18 de la rue Léopold à Liège et réveiller le jeune couple wallon et les 12 autres habitants de l'immeuble qui sera soufflé juste après par le gaz; le 15 février, j'aurais été saboter le démarrage des trains de la banlieue bruxelloise afin d'empêcher la collision mortelle à Hal ayant fait 18 morts.

Le 1e avril, j'aurais été à New Delhi pour applaudir les députés du Parlement indien pour le vote d'une loi rendant l'école obligatoire et gratuite pour tous les enfants du pays; le 7 avril, j'aurais voulu vivre dans les rues de Bichkek afin de pouvoir écrire des reportages sur la révolte populaire au Kirghizstan, la prise du pouvoir par Roza Otunbayeva et la fuite du président Bakiev.

 

Le 31 mai, j'aurais voulu expliquer aux militants islamistes du Mavi Marmara en route vers Gaza que la marine israélienne ne tiendra pas compte du droit international et n'hésitera pas à ouvrir le feu et tuer en prenant le risque de subir une condamnation morale internationale; le 3 juin, j'aurais été à Bruxelles convaincre ce père mécontent de la décision de la présidente du tribunal au sujet de la garde de ses enfants que tuer la juge et le greffier ne lui rendra pas ses enfants et privera d'autres enfants de leurs parents; le 8 juin, j'aurais pris l'avion pour Cabinda (Angola) afin d'intercepter le bus de l'équipe du Togo de football avant le mitraillage des joueurs; le 10 juin, j'aurais rejoint l'Afrique du Sud afin d'empêcher l'accident de roulage coûtant la vie aux arrière-petite-filles de Nelson Mandela à la veille de l'ouverture de la Coupe du monde de football.

 

Le 29 mai, j'aurais voulu être à Oslo pour vivre dans la salle du Telenor Arena la victoire de l'Allemande Lena Meyer-Landrut au Concours Eurovision de la chanson avec le tube Satellite; le 6 octobre, je serai en train de colmater la rupture d'un réservoir de produits chimiques d'une usine de bauxite-aluminium dans la ville d'Ajka, dans le bassin du Danube, afin d'éviter la marée rouge et d'empêcher ainsi la plus importante catastrophe écologique en Hongrie; le 13 octobre, j'aurais voulu être à Copiapo pour assister silencieusement au sauvetage des 33 mineurs chiliens détenus depuis 69 jours à 700 mètres en dessous de la terre suite à un accident.

 

Le 11 janvier, j'aurais été moi aussi à New York pour enlever mon pantalon et participer ainsi avec les 3.000 autres personnes à cette nouvelle édition du No Pants Day; le 13 novembre vers 12 heures, j'aurais été aider la police birmane à enlever les barrières posées devant la résidence d'Aung San Suu Kyi permettant sa libération après de longues années dans sa résidence sous surveillance permanente; le 3 avril, j'aurais voulu être à Dakar pour assister à l'inauguration de la plus grande statue au monde "le Monument de la Renaissance africaine".

 

Le 15 avril, j'aurais voulu être le premier sur Minorités.org à annoncer l'éruption du volcan islandais Eyjafjöll provoquant la paralysie aérienne sur le continent européen; le 20 avril, j'aurais voulu décrocher un entretien urgent avec Barack Obama pour le briefer sur  l'explosion de Deepwater Horizon, cette plate-forme pétrolière louée par la compagnie pétrolière BP, ayant provoqué un incendie puis une marée noire, qui est la plus importante catastrophe de l'histoire de l'industrie pétrolière avec une estimation moyenne de 4,9 millions de barils soit 780 millions de litres répandus et un désastre écologique sans précédent; le 22 juin, j'aurais été à Wimbledon pour parier sur le score "70-68" en faveur de John Isner dans le plus long match de tennis qui l'opposera pendant trois jours à Nicolas Mahut.

 

Le 2 juillet, j'aurais voulu offrir ma télé aux enfants du Sud-Kivu qui voulaient absolument regarder le match opposant le Brésil à l'Espagne pour les empêcher de monter sur le camion-citerne transportant du carburant sur la route nationale 5 qui se renversa à hauteur de la ville de Sange... mais comme le chante Soprano : 

 

(...)

Tellement d’choses que j’aurais voulu changer ou voulu vivre

Tellement d’choses que j’aurais voulu effacer ou revivre

Mais tout cela est impossible ami

Donc j’inspire un grand coup et je souffle sur ma 30 ème bougie…

J’aurais aimé voyager à travers le temps

Mais on ne peut vivre que le présent. 


Mehmet Koksal

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