Je ne suis pas raciste donc mon discours n’est pas raciste

« Il n’existe pas de racisme d’Etat à l’heure actuelle » / « Tous les peuples ont souffert de la traite négrière » / « Ces femmes voilées m’agressent »  / « Les homos s’exposent, c’est pour cela qu’ils se font agresser » / « C’est contre nature » / « On ne peut pas parler des Juifs sans être taxé d’antisémitisme ! »

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Lo Ann Dali

par Lo Ann Dali - Dimanche 07 novembre 2010

Lo Ann Dali, 29 ans, fait du mieux qu’elle peut mais elle est toujours en colère… Militante féministe antiraciste luttant contre les homophobies, elle cherche toujours quel diplôme pourrait la rendre légitime quand elle ouvre sa gueule. Née apatride de réfugiés politiques, elle aurait bien voulu se découvrir une passion pour le Polo mais préfère finalement le mégaphone.

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« Il n’existe pas de racisme d’Etat à l’heure actuelle » / « Tous les peuples ont souffert de la traite négrière » / « Ces femmes voilées m’agressent »  / « Les homos s’exposent, c’est pour cela qu’ils se font agresser » / « C’est contre nature » / « On ne peut pas parler des Juifs sans être taxé d’antisémitisme ! »

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u encore : « Tu ne peux pas nier que les fraudes aux allocations familiales sont un problème majeur » / « Tu es d’une inculture crasse : la France est un pays judéo-chrétien » / « Ce n’est pas clair, ce que tu viens de dire ! Les Français sont… » /« Ce sont les pauvres qui volent le plus » / « Vous vous auto-excluez »…

Au nom d’un sacro-saint universalisme, me voilà projetée la tête la première dans une masse attentiste qui —comme de bien entendu — me conseille le calme, la courtoisie, la distance jusqu’à l'amputation de tout sens critique. Un flot qui est censé m’appeler à la raison, une rééducation qui doit me convaincre que les mille petites brimades quotidiennes que certaines minorités subissent ne sont pas de la violence.

 

J’essaie — tant que je peux — mais j’ai du mal à concevoir que le Minstrel Show renvoie à une image positive des Noirs. De la même façon, je doute que le Code noir ait été écrit pour garantir le gite et le couvert aux esclaves. Enfin, comble de l’hystérie, je continue à hurler quand le quidam bien intentionné me conseille la camisole lorsque je lui parle de la place particulière de la France dans la colonisation…

 

 

Une majorité de minorités

 

Je suis démente d’appartenir à une majorité de minorités… comme si j’avais choisi tout ce qu’il faut être dans ce pays pour risquer de me faire tabasser au coin de la rue ou de me faire rabaisser sur mon lieu de travail ou insulter dans les transports ou peut-être renvoyer en charter dans un pays que je n’aurais jamais vu...

 

J'enrage — de plus en plus — contre les unes et les uns qui au sein de nos minorités recréent les divisions si utiles au maintien du monopole du pouvoir de consécration. Evidemment... les tautologies claquemurent le débat, les mémoires s'atrophient, les colères s'approvisionnent. Mais à tout cela, la bienséance offrira une question à laquelle certainEs encartéEs pourront exposer un non flashy avant de retourner savourer leur art : « Faut-il que les discours xénophobes bouffent le cerveau des minorités, jusqu’à ce qu’elles se bouffent entre elles ? »

 

Hier, le droit à une retraite décente a été retiré — juste à temps — à une majorité de précaires, de chômeurs, de femmes, de trans, de gouines, de pédés, de racialisées... Pour l'autre « majorité » qui se demandera de quoi il s'agit : c'est bien de l'adoption de la loi sur la retraite à 67 ans dont je parle...

 

Car à force de minorer, on oublie la valeur de ceux et celles qu’on définira — par paresse intellectuelle ou par une volonté de maintenir le « désordre libéral » — comme des grands enfants sensibles qui souffrent d’un "rien". On passera sur  le rôle des administrations coloniales dans l’Histoire. On oubliera, par exemple, que le Service de surveillance et de protection des Nords-Africains (SSPNA) créé en 1925 fournira ensuite les principaux auxiliaires français de la Gestapo parisienne… Et, ce faisant, on mettra de côté l’histoire de l’immigration (tragiquement liée au bon vouloir du patronat)  et on occultera le fait que les migrantEs ont toujours joué un rôle majeur dans les luttes sociales.

 

Et sans même parler de solidarité à l’internationale, qu’en est-il de nos luttes aujourd’hui? Serait-il possible que le racisme paralyse les mouvements au point que ceux et celles qui attendent une « révolution » ne la croit pas possible lorsqu’elle est amenée par une minorité ?

 

 

Le cas guadeloupéen

 

Le 20 janvier 2009, éclatait en Guadeloupe une grève générale qui dura 44 jours emmenée par le LKP « Collectif contre l'exploitation outrancière ». 15 % de la population y manifeste (ce qui représenterait en métropole environ 9 millions de personnes), l’économie est bloquée, les ports et les routes aussi… Le mouvement s’étend à la Martinique et à la Réunion. Le 17 février 2009, Jacques Bino (un des leaders du mouvement) se fait assassiner. On accuse des jeunes locaux « incultes »… Il est  vrai que depuis la grève de 1967 et les 87 syndicalistes Guadeloupéens fusillés par l’Armée Française, on ne peut rien reprocher à Mme La France…

 

Contre toute attente, le mouvement continue et le 5 mars 2009 le protocole d’accord salarial interprofessionnel couvre 50.000 salariéEs sur 80.000. Malgré les pressions du MEDEF et l’arrogance du gouvernement, le LKP ne faiblit pas et continue aujourd’hui de se battre dans l’indifférence de touTEs pour conserver ces acquis.

 

Bien sûr, le fait d’invisibiliser certaines luttes et certaines victoires a au moins le pouvoir de laisser dire, par exemple, à ces certainEs dirigeantEs : « Non non, ce n’est pas possible, blablablabla… C’est le gouvernement, il est méchant… Blablablabla… Ce n’est pas de notre faute… » 

 

Bref, n’en parlons plus… C’est de l’Histoire passée…

 

 

Tout va bien, oubliez le reste

 

Mais aujourd’hui, une loi est débattue au Sénat qui offrira — dans les meilleurs délais — une mort quasi-certaine à une majorité d’étrangerEs malades et de demandeurs d’asile en situation irrégulière... Partout (ici) les centres IVG continuent de disparaître sous le poids d'occultes réformes... La recrudescence d'actes homophobes, racistes révèle encore ses compétences et ses innovations...

 

Et pourtant demain — dans ce climat de déliquescence des libertés... les expertEs de l'analyse comptable consensuelle  nous rassurent — la dépsychiatrisation des trans est en chemin et le mariage gay arrive… pour peu qu'on ne s'intéresse qu'à cela... on oubliera le reste... et on obtiendra le « tout » ! « Tout » pourra donc naître au milieu du « reste » et vivre heureux et avoir beaucoup « d'enfants »...  

Pour peu qu’une moralité s’ajoute à la fin…

 

En créole, on dit Sanblé pou fé fos… mais ça, c’est de l’inculture indigène.


Lo Ann Dali

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