Star Trek et les pédés de droite

La théorie avec laquelle j’ennuie tout le monde depuis un an est que Star Trek (2009) est un film sur le placard, la haine de soi, les pédés de droite et le sida. Lestrade me tanne depuis des mois pour que j’explique cette théorie au grand public. À chaque fois que je l’expose, on me dit que j’exagère, mais finalement ceux qui font l’effort de le revoir avec ma grille de lecture admettent que j’avais raison. Duh. Bien sûr que j’ai raison. Je ne me suis pas tapé des heures de discussions passionnées sur Alien et les lesbiennes noires dans le cinéma indépendant canadien en cours de Cultural Studies pour ne pas m’en servir un jour en public.

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Laurent Chambon

par Laurent Chambon - Dimanche 31 octobre 2010

Laurent Chambon est docteur en sciences politiques, spécialiste des minorités en politique et dans les médias, ancien élu local travailliste à Amsterdam et chercheur en sciences politiques, et est co-fondateur de Minorités.

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La théorie avec laquelle j’ennuie tout le monde depuis un an est que Star Trek (2009) est un film sur le placard, la haine de soi, les pédés de droite et le sida. Lestrade me tanne depuis des mois pour que j’explique cette théorie au grand public. À chaque fois que je l’expose, on me dit que j’exagère, mais finalement ceux qui font l’effort de le revoir avec ma grille de lecture admettent que j’avais raison. Duh. Bien sûr que j’ai raison. Je ne me suis pas tapé des heures de discussions passionnées sur Alien et les lesbiennes noires dans le cinéma indépendant canadien en cours de Cultural Studies pour ne pas m’en servir un jour en public.

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'univers de Star Trek (la série télévisée originelle, les films et les séries dérivées) est un des monstres incontournables de la culture populaire mondiale, et pas seulement aux États-Unis. Les conventions de Trekkies (les fans qui s’habillent souvent comme des personnages de la série) sont l’objet de blagues récurrentes dans les films et les séries américains tant elles font partie de la culture commune américaine (voire mondiale). Un copain américain m’a expliqué un jour que, comme pour comprendre la culture française il faut avoir lu les classiques, pour comprendre la culture nord-américaine il faut connaître les séries télévisées les plus regardées. On parle d’ailleurs de Star Trek et de Star Wars comme des sagas modernes, ces histoires plus ou moins imaginaires connues d’à peu près tout le monde. Il y avait la Chanson de Roland, il y a désormais les aventures du Capitaine Kirk.  

Avant d’aller dans le vif du sujet, il faut comprendre qu'un film comme le dernier Star Trek, avec un budget de 150 millions de dollars, n’est pas écrit sur un bout de table de bistro un soir de cuite. Il y a une armée de professionnels ayant un doctorat en histoire du cinéma, option scénario, qui bidouillent chaque détail de l’histoire. La moitié doit être gay, et au moins un tiers juif, car c’est Hollywood. La plupart savent que leurs dialogues vont être passés à la moulinettes de commerciaux qui veulent pouvoir le vendre aussi bien au Texas qu'en Arabie saoudite et qu’il va probablement falloir feinter pour pouvoir aborder les thèmes qui leur plaisent. Ça veut dire que s’il n’y a pas au moins une référence à l’univers culturel gay et/ou juif, c’est que c’est un film canadien ou australien.

 

L’histoire du dernier Star Trek (dont c’est le titre, d’ailleurs) n’est pas vraiment simple pour ceux qui ne sont pas familiers avec la vitesse warp, les Klingons et le holodeck. Comme je ne suis pas très doué en sciences dures, je ne cherche jamais trop à comprendre les morceaux du scénario qui parlent d’univers parallèles, de vitesse de la lumière et de théorie de la relativité. Je ne sais même pas si c’est basé sur des théories plausibles ou si c’est du n’importe quoi façon Igor et Grichka.

 

En gros, Spock (celui avec la coupe au bol, les sourcils épilés et les oreilles pointues) a essayé de sauver la planète Romulus d’une supernova avec une « matière rouge » qui provoque des trous noirs, mais a raté son sauvetage de peu. Il survit mais est renvoyé dans le passé via le trou noir. Il est alors capturé par des Romuliens qui ont survécu au trou noir et qui sont arrivés avant parce que leur vaisseau avait une masse différente. Ils veulent détruire par vengeance Vulcain, la planète de Spock, et tiennent à ce qu'il assiste au spectacle. On notera par ailleurs que Romuliens comme Vulcains ont une origine commune, il y a donc l’air de rien un petit côté Israël-Palestine pour ceux qui attendaient la première blague juive. 

 

Comme dans les derniers films de la série Star Wars, le dernier épisode de Star Trek se passe en fait avant les anciens épisodes, comme une sorte d’explication généalogique des personnages par les aventures qu’ils ont eu avant qu’ils soient adultes il y a 40 ans. À croire que le public américain est plus au fait des failles spacio-temporelles et de la théorie des cordes que du budget fédéral. Ce film nous montre donc la rencontre entre Spock et le capitaine Kirk avant que la série ne commence, l’origine du vaisseau et de la dynamique collective de l'équipage de l’U.S.S. Enterprise, l’énorme vaisseau qui peut voyager vraiment super vite avec son moteur warp (supraluminique).

 

 

Spock et le placard

 

Le premier thème essentiel de ce film est le placard et la haine de soi (Selbsthaß). Deux concepts totalement liés à l’homosexualité et la judaïté. Spock est le fils de l’ambassadeur vulcain sur Terre et d’une Terrienne. Il grandit dans la culture vulcaine, pour laquelle le pouvoir de la logique et le contrôle des émotions est essentiel. Pendant tout le film il va devoir clarifier son identité et la place qu’il occupe dans l’Armée de la Fédération en tant que vulcain et terrien. Sa mère terrienne est du genre végétarienne voilée éthérée qui l'aime tel qu'il est, mais le reste de la planète le méprise. Torturé par la Selbsthaß que lui a inculqué son éducation vulcaine à l’égard de sa part terrienne, il va devoir sortir du placard vis-à-vis de ses professeurs, sa famille et ses nouveaux collègues.

 

Bon, boring, je sais. Ce n’est pas le premier film à parler du placard. Ma sorcière bien aimée (Bewitched en V.O.) était totalement basée sur la question du placard. Première blague gay et juive, on va dire.

 

Plus intéressant est le deuxième thème: le sida et les pédés de droite. Ce qui m’a frappé quand j’ai vu le film la première fois, c’est à quel point les Romuliens ressemblent à ce qu’on appelle ici « les pédés de droite », un peu skinhead, un peu ghetto, tous le crâne rasé avec des tatouages tribaux. Ils vivent entre hommes dans un énorme vaisseau spatial noir qui ressemble à un méchant virus.

Dans leur vaisseau, ils disposent certes des dernières technologies (je vous rappelle qu’ils sont arrivés avant les autres mais venaient du futur, logique), mais on se croirait dans un bar sale du Marais ou de la Warmoestraat. Il y a des tuyaux partout, c’est vraiment mal éclairé, comme il y a de l’eau partout les Romuliens sont obligés de porter des bottes. La plupart sont mal rasés, beaucoup portent la barbe ou un bouc et sont tatoués un peu partout. Ils sont virils et assez sexy, mais on sent qu’ils ne sont pas super sains non plus. Surtout, ils tirent la gueule tout le temps, exactement comme dans un bar gay humide et mal éclairé.

 

Un ami m'avait expliqué ce statut de « pédé de droite »: être de droite traditionnelle, c’est avoir peur du futur et des changements, c’est faire de la rétention anale. Être pédé de droite, c’est la version extrême, avec la haine des Arabes et des Noirs, des gauchistes partageux et des femmes et leurs vagins. Beaucoup d’entre eux passent leurs weekends non pas à faire de la rétention anale, mais de l’absorption anale. Que ce soit des objets, des mains ou des maladies.

 

Ce sont des cadres supérieurs et des fonctionnaires plutôt UMP ou VVD (libéraux de droite) qui vivent ensemble dans d'immenses appartements tout blancs avec des objets dangereux et pointus partout et qui se déguisent en skinheads ou en éboueurs le weekend. On pourrait pratiquer une opération à cœur ouvert dans leur salon, ils ont peur de la saleté, néanmoins ils se roulent dans la crasse et la pisse dans leur bar mal éclairé dès qu'ils le peuvent. Ce sont ceux qui sont passés cette semaine à Amsterdam pour la Leather Pride™, harnachés de cuir et de latex, qui parlent avec horreur des maladies des pauvres mais qui copulent bareback (sans capotes), se fistent toute la nuit avec la dernière drogue et parlent de contamination par le VIH comme si c’était un cadeau vraiment ludique et convivial.

 

Je trouve que les Romuliens ressemblent trop à ces pédés de droite pour que ce soit le fruit du hasard. Remember… armée de scénaristes, doctorat en histoire du cinéma, 150 millions de dollars.

 

 

L'anus planétaire auto-absorbant

 

Comme on dit, le diable se cache dans les détails. Et là, je sais que ce n’est pas forcément lié, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à ces folles du Nord des Pays-Bas dont le procès à eu lieu récemment. Séropositifs, ils avaient drogués au GHB des hommes recrutés sur internet, certains encore mariés avec femme et enfants et totalement dans le placard, venus chez eux pour un peu de sexe. Ils les avaient ensuite violés bareback et leur avaient injecté leur sang contaminé (l’un d’eux était infirmier). Ils voulaient accroître le nombre de séropositifs de la province pour pouvoir baiser sans capote avec eux. Ils voulaient les « libérer » du fardeau de la séronégativité.

 

Pour faire subir le pire aux planètes, les Romuliens vont chercher la « matière rouge » (qui ressemble à du sang) avec une énorme seringue de verre et de métal. Il suffit d’une goutte pour faire imploser une planète. Pour injecter la « matière rouge », ils doivent faire un trou et envoyer une sorte de câble immense qui part de l’énorme vaisseau-spatial-qui-ressemble-à-un-virus et qui s’enfonce dans la planète. Le tout ressemble à un des ces énormes jouets SM ultra-kinky qu’on trouve dans les magasins pour pédés de droite du Quartier rouge d’Amsterdam, entre le masque à gaz et la cage-à-esclaves.

 

Quand la planète est contaminée par la matière rouge, on voit d’abord un trou apparaître au milieu de la planète qui ressemble vraiment à un anus, et qui absorbe le tout avant de disparaître. Un anus gourmand auto-absorbant, si vous voulez. De l’absorption anale totale à l’échelle planétaire, en gros.

 

 

Plan bareback passif-agressif compliqué

 

Côté psychologique, on retrouve chez les Romuliens le même truc passif-agressif pas clair que chez beaucoup de pédés de droite adeptes de bareback et le revendiquant : une forme de haine compliquée à l’endroit de ceux qui les ont contaminés et d’eux-même. Comme les Romuliens contaminent avec leur matière rouge les planètes des autres pour les transformer en trou noir via l’anus planétaire auto-absorbant, beaucoup de ces pédés de droite ont un discours ambivalent sur la « libération » de la contamination, la haine de soi et des autres, la colère envers ceux qui les ont contaminés, et un rapport malsain entre le « cadeau » de la contamination, la salissure et l’hygiène (ou son manque).

 

Hollywood oblige, les Romuliens sont dans la vengeance ultime, méchante et totalement kinky, « t’as contaminé ma planète, je vais contaminer la tienne ». Avec une grosse seringue, un câble SM de plusieurs kilomètres et un anus planétaire. Plouf. Plus de planète.

 

 

Je ne vais surprendre personne en annonçant que les Romuliens meurent à la fin d'une explosion de matière rouge et que leur vaisseau va finir absorbé par l'omniprésent trou noir. Et Nero, le méchant Romulien skinhead tatoué en bottes, meurt en folle dramatique : il préfère encore voir sa planète disparaître mille fois dans le trou (noir) par l’anus planétaire que de venir jouer au gauchiste pacifique et tolérant sur le vaisseau spatial de la Fédération.

Ce n’est pas exactement les mots qu’il utilise, mais c'est l'idée générale.

 

Avant ça, un des héros gentils qui se prépare à aller saboter le vaisseau des méchants Romuliens ne peut s’empêcher de dire « I’m gonna go get some Romulians’ ass ! ». C’est à ce moment qu’on a envie de crier « Nan, fais super gaffe, ils sont méchants, ils ont des tatouages tribaux, des bottes et une seringue avec de la matière rouge, surtout n’oublie pas les capotes ! »

 

Si vous n’avez pas tout bien expliqué aux autres avant, c’est un plan à se faire virer du cinéma.


Laurent Chambon

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