JNRC : l'interview exclusive

Jean-Noël René Clair est un type bien. J'ai beaucoup de mails de lui antérieurs à son arrestation cet été en Bulgarie, et il m'a toujours raconté comment ça se passait ses films pornos, ses tournages, alors que je ne demandais rien, à part des DVD gratos bien sûr. Après on s'est mis à parler du bareback. Il a une manière d'écrire que j'aime beaucoup, très proche de son style cinématographique, remplie de points de suspension, de conversations, de descriptions des lieux, de chiffres. Il devrait publier un livre. Quand il a été mis en prison, j'ai été alerté par Mike Nietomertz qui s'inquiétait qu'on ne parle pas de son affaire dans les médias. J'ai téléphoné au SNEG pour savoir ce qu'on pouvait faire, puisque dans ces cas de procès, le moindre mot publié peut être plus dangereux que le silence. Le lendemain, les webzines gays en parlaient et il y a eu un mouvement d'aide envers JNRC avec des avocats, des amis.

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Didier Lestrade

par Didier Lestrade - Dimanche 10 octobre 2010

Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.

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Jean-Noël René Clair est un type bien. J'ai beaucoup de mails de lui antérieurs à son arrestation cet été en Bulgarie, et il m'a toujours raconté comment ça se passait ses films pornos, ses tournages, alors que je ne demandais rien, à part des DVD gratos bien sûr. Après on s'est mis à parler du bareback. Il a une manière d'écrire que j'aime beaucoup, très proche de son style cinématographique, remplie de points de suspension, de conversations, de descriptions des lieux, de chiffres. Il devrait publier un livre. Quand il a été mis en prison, j'ai été alerté par Mike Nietomertz qui s'inquiétait qu'on ne parle pas de son affaire dans les médias. J'ai téléphoné au SNEG pour savoir ce qu'on pouvait faire, puisque dans ces cas de procès, le moindre mot publié peut être plus dangereux que le silence. Le lendemain, les webzines gays en parlaient et il y a eu un mouvement d'aide envers JNRC avec des avocats, des amis.

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l y a une semaine ou deux, JNRC m'a contacté pour me dire qu'il allait sortir et je lui ai demandé une interview. Il a répondu avec ce long texte qu'il a tapé difficilement, avec un clavier étranger. Il est au centre de beaucoup de questions abordées dans Minorités, sur la représentation érotique des minorités, sur le bareback, sur Marseille. Et là, sur les Roms. L'interview est très longue, elle est souvent révoltante sur la description des conditions de vie des personnes incarcérées. Nous publierons la deuxième partie de l'interview demain lundi.

 

Peux-tu me raconter comment s’est passée ton arrestation ?

 

J'étais dans un grand appartement dans la ville de Plovdiv en Bulgarie, je venais de terminer mon film depuis deux jours, tout était clean et rangé, il était 12h30 le 13 mai. Je surveillais la cuisson des spaghettis pendant que mon interprète mettait le couvert... (Certains articles de presse ont raconté que j'étais en plein tournage, ce qui est faux.)

 

La sonnette à la porte, bizarre, le visiophone ne fonctionne pas, j'ouvre la porte, aussitôt une dizaine de policiers de la brigade criminelle et scientifique nous menotte et nous plaque au mur... "Franssouz !" ordonne l'enquêteur qui gère la troupe. Je crois comprendre qu'ils ne doivent pas être violents comme avec leurs compatriotes. Ils sécurisent les lieux et rentrent dans la salle a manger/salon que j'ai converti en bureau multimédia, puis démarrent les ordinateurs. Intervient le Commissaire Principal qui parle français. Sa fille est médecin généraliste Bulgare a Sète près de Montpellier, c'est lui qui me dira que mes acteurs sont des cafards et que c'est aussi le fait d'avoir fait travailler ce genre d'individus qui me vaut les foudres d'une police très nationaliste et raciste. Je leur dis qu'il n'y a pas de photos de mineurs dans les ordis, uniquement des adultes. J'ai scanné leurs pièces d'identité, mais ils m'indiquent que c'est illégal (mais au moins cela prouve leur majorité), ensuite mon recruteur menotté est emmené au bureau d'investigations.

 

Je reste seul avec les policiers, en bas de l'immeuble, c'est la folie, les journalistes et caméramans attendent à la sortie... C'est l'effervescence, on veut de l'info à tout prix, tout a été préparé dans les règles bulgares pour la propagande de l'arbre qui cache la forêt. Ils décident d'emporter le matériel pour une expertise qui est menée à Sofia. Puis je suis le dernier à fermer la porte de l'appartement avec toutes les affaires de la production et mes affaires personnelles. Je rejoins le bureau pour interrogatoire, tout est à charge. Un ancien policier avocat m'est proposé, mais sa complaisance est évidente. Un interprète arrive ensuite pour me lire les chefs d'inculpation: création de films pornographiques interdite en Bulgarie, ce qui entraîne une accusation de proxénétisme dans la mesure où le réalisateur que je suis a tarifé un acte sexuel devant sa caméra... S'ajoute l'incitation à la débauche. Je signe des papiers rédigés en Bulgare. Puis je passe la nuit en garde a vue, sans manger. Le lendemain après midi, un policier me remet les menottes et m'emmène à l'arrière d'une voiture banalisée, il conduit comme un fou pour que les menottes derrière mon dos me fassent mal avec les balancements du véhicule et les freinages brusques. Ce gros lard n'aime pas les pédés... »

 

 

Tu m’as raconté que ton passage en prison a été assez dur.

 

Oui, c'est le moins qu'on puisse dire. J'arrive dans la Prison de Plovdiv, 4 rue Stamboliiski dans le bloc « préventive ». On m’amène au premier étage, fouille au corps, ensuite je récupère deux draps puant le chien mouillé et une taie d'oreiller pleine d'auréoles, puis direction la cellule internationale où un Turc de 45 ans y végète depuis huit mois (il transportait 50 kg d'héroïne dans sa BM). Je n'ai même pas une serviette, j'ai juste eu le droit de prendre ma trousse de toilette dans la précipitation et 200 Euros (j'ai laissé 2000 euros que Noélette, ma mère, m'a envoyés, j'avais dépassé le budget film et c'est toujours maman qui vole à mon secours).

 

Le Turc grignote, moi je crève de faim, mais il est comme un chien devant son os, il ne donne même pas un sucre... Je bois chaque jour un peu aspirine pour parfumer l'eau, cela en guise de café. Le lendemain, "Bania", un gardien demande si je veux me doucher. Le Turc me tend un restant de savonnette, j'arrive dans ces douches, tu ne dois pas te rater ni faire des gestes déments qui font découvrir que t'es pédé, mais les regards en disent souvent long. Je resterai une semaine a m'essuyer avec ma chemise blanche qui vire à je ne sais quoi.

 

Deux jours après, la Police et le fourgon vient au petit matin me chercher pour assister au témoignage des acteurs devant un juge. Je suis menotté avec un autre détenu à chaque fois. Nous sommes une dizaine, tout le monde se regarde en rigolant plus ou moins, c'est particulier, ça secoue là-dedans, pas grand-chose pour s'accrocher, nous arrivons au tribunal et on est placés dans une grande cage en attendant chacun notre tour. Tous le monte papote, le régisseur porno fait toujours curiosité, ils essayent de me parler, mais je ne comprends pas grand-chose, certains essayent de demander un stylo pour me donner leur numéro de téléphone, ils veulent tourner, certains bandent déjà, ça promet… Puis mon tour arrive, je suis menotté et encadré de deux flics, les deux acteurs en témoins libres sont déjà là devant la juge, une femme laide avec des lunettes comme des loupes, son assistante à droite ressemble à une pomme de terre, petite et ronde, elle arrive à peine a monter sur sa chaise ce qui déclenche mon hilarité, on croirait des caricatures sorties d'une BD, j'analyse chaque instant comme un scenario aux multiples pitreries…

 

 

Le juge: « Monsieur X, non circoncis »

 

Commencent les auditions. La juge précise "Monsieur X, non circoncis", etc. et lui demande si son orientation sexuelle est hétéro car le fait qu'il ait tourné dans un film gay me condamne un peu plus. Il décrit comment il est venu, grâce à mon recruteur pour tourner, puis ensuite comment il s’est fait sucer par l'acteur gay puis il dit : « Je l'ai baisé et joui sur le dos, après le recruteur m'a payé ». Puis au tour de Marco, mère bulgare, père salvadorien, qui précise qu'il est hétéro et a une copine « Je n'y arrivais pas, mais j'y suis allé deux fois et j'ai été payé à chaque fois ». Puis ensuite, retour menotté et encadré par deux policiers, puis dans la cage et fourgon puis prison.

 

Puis l'après midi de nouveau, la Police me récupère pour la première comparution devant le juge qui ordonnera ma mise sous dépôt. Dans le fourgon, un serial killer enchaîné pieds et poignets, moi je suis attaché avec un faussaire de billets, il parle quelques mots de Francais, la cinquantaine vieux routard des taules internationales, il a de la route dans son corps de métier. Il me rassure en prenant tout en dérision. J'arrive au tribunal, direction la grande cage, puis mon tour arrive, toujours menotté et encadré cette fois par quatre policiers qui se chamaillent pour être devant ou derrière moi… Arrivé devant la salle d'audience, une trentaine de journalistes agglutinés comme un essaim d'abeilles, appareils photo en main et caméramans de télé sont là sur le guet pour l'évènement... Un flot de flash jaillit, je comprends que la partie est jouée d'avance et que le juge a orchestré toute cette mise en scène.

 

J’entre dans la salle, les journalistes s'engouffrent à leur tour dans mon sillage, certains vont même derrière le juge pour mieux me cadrer... Puis j'ai le choix et je demande alors le huis clos. Ils ressortent mécontents, le juge est furieux. Se basant sur le témoignage des deux acteurs du matin, il me décrira comme un criminel dangereux pour la société dans la mesure où je parviens à convaincre par l'argent un homme hétéro de tourner pour un film gay. Selon lui, je ne dois pas être libre car je suis un être nuisible, il dira qu'il faut revenir aux valeurs morales de la famille et demande une garde a vue permanente. 

 

Ensuite retour prison. Entre-temps, mon recruteur/interprète a pu me faire passer par l'intermédiaire de mon avocat mes G-Star et mes Polo, des biscuits et du chocolat en attendant la visite le week-end suivant ... 

 

Deux mois s'écoulent après quatre demandes de liberté refusées par des juges et procureurs différents (dont un procureur, chapelet orthodoxe en main, qui avait dessiné sur sa tablette un fusil dans ma direction pendant que mon avocat plaidait) qui ne se basent que sur cette première comparution et comme il n'y a pas le retour d'expertise des ordinateurs envoyés a Sofia et que c'est la période des vacances… Pas de chance dans cette cellule avec ce Turc qui priait, puis me volait la moitié de mon fromage, un vrai plâtre donné le matin à dix heures avec une miche de pain rassis. Lorsque les gardiens passent par une trappe la nourriture à midi et 17h, plat de base une louche d'haricots ou de lentilles midi et soir, parfois tu crèves la dalle, c'est très peu, il y a plus que du bouillon de légumes, une soupe qui a le goût de rien, du poulet plein de bactéries resté des étalages bleuis des magasins, des patates, certaines pourries avec la peau... 

 

 

Ma mère: « tu as une salle de bain ? »

 

Après 25 jours, j'ai obtenu une carte qui permet de téléphoner et je peux joindre ma mère et lui dire que je suis en prison. Elle est drôle et me demande: « Qui te fait à manger ? Tu as une salle de bain ? ». Chaque jour, sortie d'une heure dans une espèce de volière avec un téléphone... 20 personnes max tous délits. Comme j'ai un peu d'argent, j'offre du chocolat et surtout des cigarettes que je commande même si je ne suis pas fumeur. Cela pendant deux mois et demi, certains étrangers se sont succédés dans ma cellule car il y avait trois lits, un jeune braqueur de Pazargik, une ville à côté. Il a fait son coup en Grèce, 160.000 Euros. Puis un Géorgien: Gorgi a 32 ans, docteur en physique que les juges bulgares traitent injustement de criminel et veulent expulser vers la Russie alors qu'il est Géorgien, le consul et l'ambassadeur de Géorgie plaident en sa faveur pour cette absurdité en vain. Je lui conseille de demander l'ambassadeur américain de Sofia. Il appelle sa copine pour lui dire « je t'aime » et pleurer. Absurdité et incompétence de cette Bulgarie qui profite de la moindre occasion pour soutirer de l'argent... Un autre jour, c'est un Serbe dit Milo qui débarque via Cuba avec un gros cigare au bec, incarcéré pour une dizaine de sociétés écran en Europe. Officiellement, il vend des légumes avec ses camions et sillonne l'Europe, il est spécialiste en Kalashnikov et autres armes de guerre, également en heroïne en provenance de l'Iran. Tout est orchestré de l'Afghanistan en passant par l'Iran, puis la Turquie...

 

Puis dans ma cellule où je suis seul, (le Turc est parti dans le bloc suivant depuis 15 jours) arrive un Bosniaque au yeux bleus vif et une chevelure de boucles blondes, il est en manque de came, il s'est fait arrêter pour cinq grammes d'héroïne, sa copine qui était avec lui est à l'étage supérieur avec des gitanes, elle a vingt ans et s'appelle Desire, j'imagine sa panique… Toute la nuit, ce type vomit de la bile, je m'occupe à nettoyer et reste éveillé, il pourrait me planter dans mon sommeil. Il me dit : « Excuse me, sorry, this is terrible for me ». Il ne tient pas en place, tourne dans son lit des centaines de fois entre la tête et les pieds du lit, fait les 100 pas dans la piaule de quatre mètres sur quatre et arrache des raccords de plâtre autour de la porte blindée, ce qui fait un gros trou. Il pèse plus de 100 kg, il porte encore ses habits d'électricien lorsqu'il a été arrêté après son boulot pour s'approvisionner. Il risquait six ans de prison, mais sera libéré le lendemain. Fou de joie, il décidera de quitter immédiatement la Bulgarie.

 

Je dois attendre que la police finisse son enquête et que les expertises de mon matériel définissent le délit. Une fois le dossier de police clos, j'ai été transféré dans le bloc 3 de la prison, le coté pourri et vétuste. J'atterris dans une cellule avec un pope (curé Orthodoxe accusé de crime, un adolescent retrouvé mort à 300 mètres de son église, alors ce pauvre curé qui a du mal à marcher avec une canne raconte que ce sont des skinheads qui ont cambriolé l'église au moment où ce jeune s'y trouvait, ils se sont battus et c'est lui qui est accusé, dans un village d'alcooliques… les enquêtes de police si souvent bâclées). Parfois, la nuit il sanglote. Je fais un peu de gym pour rester en forme, mais ce vieux vient me toucher le cul… Il perd la boule lorsque je fais mes exercices, du coup j'attends qu'il s'endorme, il ne manquait plus que cela et si un gardien voyait ça dans le judas, il croirait que je baise et je me retrouverais au cachot ! La chambre est crasseuse et remplie de centaines de cafards qui montent le long du lit la nuit lorsque la vermine sort, il fait 40 degrés dans cette piaule avec 10 lits aux matelas pourris. Les toilettes, ah oui, il y en a, une forte odeur d'urine… Pas de chasse d'eau, il faut remplir une bouteille d'eau pour nettoyer. Je nettoyé aussi lorsque le vieux va aux toilettes car l'odeur serait trop forte, il ne pige pas qu'il faut jeter de l'eau.

 

Une nuit, vers 1h du matin, je sursaute. La cellule s'ouvre et un type est jeté dans cette piaule sans lumière, il parle turc et allume son briquet pour savoir si quelqu'un peut lui parler. C'est le vieux pope de 85 ans qui lui repond... Il grille au moins cinq cigarettes en dix minutes et avec la chaleur, il suffoque, tape contre la porte en fer comme un malade. « Bonitsa bonitsa » (hôpital), il a des problèmes de coeur et sous insuline, la police le récupère et le voilà parti, il ne reviendra pas... Pas de douche en plein été, le corps ruisselant en permanence, j'ai déjà perdu dix kilos avec la bouffe infecte en plus... Je négocie en offrant des fringues aux capots prisonniers qui encadrent les autres pour pouvoir avoir accès a une douche avec eau chaude réservée aux gardiens et « VIP » car l'eau est glacée.

 

Dans la cellule en face se trouve Toto, un des acteurs des BBK, celui à la bite impressionnante, emprisonné car il a planté un couteau dans la paillasse d'un mec qui branchait sa meuf. Je le retrouve pendant l'heure et demie de promenade, il est dans un premier temps étonné, mais tout content de me voir, il me montre un type assez balourd mécanicien qui lui suce la queue la nuit et s'exclame devant les autres détenus qui approuvent. Les gays affichés sont montrés du doigt comme des animaux. Je retrouve d'autres détenus qui étaient avec moi dans le premier bloc, je suis le seul étranger alors cela suscite toujours la curiosité de voir un Français. Tout le monde connait mon histoire qui se diffuse comme une trainée de poudre... Déjà par les policiers indiscrets et tous les mecs veulent tourner dans mes films, aucun tabou pour 99% des beaux gosses... C'est toujours des rires que l'on entend dans cette prison malgré tout ! Et les ordres hurlants des capots qui font nettoyer le grand couloir principal où toutes les cellules se retrouvent ouvertes...

 

Après cinq jours, je suis transféré dans le Bloc 2, les policiers portent tous des gilets pare balles vu la dangerosité du lieu, j'arrive dans une cellule avec dix Gitans qui me proposent le lit à coté du caïd, un mec de 35 ans, un vrai taureau aux yeux noirs et cruels, emprisonné pour meurtre. Plus tard il me proposera un massage, mais je refuserai devant les autres, trop craignos, je découvrirai plus tard que c'est le père d'un de mes acteurs en couverture de BBK 5. Il a eu vent de cela et me demande : « Axus a tourné pour toi ? Et quoi ? » Je lui réponds : « Juste un strip-tease ». Incroyable comme le monde est petit et cette coïncidence…

 

 

La cellule réservée aux terroristes

 

Les autres ne sont là que pour des petits délits. Je sympathise en offrant des gâteaux que m'avait porté mon recruteur lors d'une visite. Il fait très chaud dans cette piaule, 40°c au moins, tout est vétuste et déglingué. Il n'y a ni eau ni toilettes, je dois me déshabiller pour me changer, en fin de compte je reste en slip sur mon lit, j'assure encore physiquement, ils me regardent tous comme des sauvages et vont se présenter un par un si ce n'est pas les autres.

« Lui il a un cul avec un trou comme ca... celui-ci aussi chef pédéraste... lui suce, etc. » Je reste stoïque en rigolant, je leur dis pourquoi je suis ici, alors ils rigolent. Sous mon lit de camp, il y a Tahir, une beauté rare de 20 ans. Il me tend ses lèvres, il est chaud, mais je fais comme si c'était une blague, ce n'est pas le moment de faire une gaffe dans cette étable car lorsque je suis arrivé, les bulgares blancs n'ont pas compris que l'on m'ait mis dans cette cellule reservée aux terroristes, c'est-à-dire la plus craignos. Cafards et blattes qui grouillent de partout sur les murs la nuit, ça tombe sur mon lit et me suce le sang. Tout le monde est plein de piqures, j'ai la phobie des insectes. Alors je garde une tapette près de moi toute la nuit, je tue ces bestioles, je ne dors que 3 heures par nuit parfois. Et comme ils ont repéré que j'avais peur, ils s'amusent a m'en jeter dessus lorsque je suis endormi. La cellule est fermée de 19h a 6h du matin, dès que la sonnette retentit je suis le premier à ouvrir la porte libérée par la police et aller aux toilettes collectives, deux grandes salles, il faut chasser les rats avant de faire ses besoins accroupi, huit trous dans le béton alignés et séparés dessous par une rigole où un rat m'est passé entre les jambes, sans compter l'odeur. Un tuyau d'arrosage pour nettoyer et pour se laver, c'est la pièce à coté, une vieille pièce d'eau et une vieille douche d'eau glacée sans pomme d'arrosoir. Le soir, je venais fréquemment car des mecs canon se douchaient avec des bites impressionnantes...

 

Puis, à sept heures, c'est direction réfectoire où tout le monde se rassemble dans la cour comme à l'armée... Puis on entre dans cette cantine au font un emplacement réservé à des casiers numérotés qui n'ont plus d'âge, séparés par un grillage... Sur ces boîtes, on peut voir de gros rats faire leur toilette et jouer sans être effrayés. Des macaroni sont servis avec une sauce blanche absolument dégueulasse. Certains mangent car ils n'ont rien d'autre... Les plus chanceux laissent tout car leurs amis ou famille leur apportent de la nourriture... Puis retour en cellule.

 

8h30. Contrôle et appel jusqu'à dix heures, sortie promenade et achat en boutique (une fenêtre où on vous passe les denrées) dans la cour une heure et demie où on peut acheter via une carte de rechargement avec l'argent envoyé via la poste.

 

12h. Réfectoire où toutes les chaises sont défoncées et crasseuses: tout le monde mange debout ! Le repas, c'est souvent des haricots ou patates ou lentilles et une miche de pain. Ensuite retour: on reste dans la cellule, on fait la sieste, ou on va dans le grand couloir où toutes les cellules sont ouvertes et on peut ainsi visiter tout le monde et discuter, jouer au cartes, boire le café... Certains lavent ton linge, tarif trois cigarettes pour une bassine. Au fond, une cellule de 30 lits, c'est folklo, il y a mon passif qui est emprisonné, plein de suçons dans le cou, il a grossi depuis le tournage et se fait appeler Suzie, il est en train de masser les pieds et les chevilles d'un gros lard qui lui donnera des cigarettes en échange.

 

Une autre conséquence des massage, c'est un peu l'effervescence cette cellule... tous les mecs se touchent la queue, certains se frottent sur le ventre contre le matelas, encore un autre acteur mignon de père salvadorien qui était dans mon film, une vraie bombe et une bite d'enfer, lui aussi m'a l'air bien chaud et va et vient observer ce qui se passe... Les mecs des autres cellules aussi curieux, mais mignons à croquer. Ces petites frappes qui jouent les marioles viennent faire un tour à certaines heures, des chuchotements très souvent... La nuit, dans certaines cellules, tout peut arriver ce qui est normal. En ce qui me concerne je suis resté sur mes gardes, car les 450 mecs de l'étage m'observaient chaque jour, petits sourires, clins d'oeil, se touchant la bite, petite tape sur l'épaule, moi je leur caressais le cou sans aller plus loin car le sous-directeur m'a bien signifié, entre autre, que le sexe était interdit donc je n'avais pas envie d'être encore condamné et étayer la déclaration de police avec mes acteurs qui auraient declarés que je les avait tous pompés. En fin de compte, ils étaient très affectueux ces types, même les criminels sont sympas, en liberté nous avons une vision médiatiquement nocive de ces gens.

 

 

Les Gitans se gavaient

grâce au Franssouz

 

Je sympathisais avec tout le monde, leur demandant quelle était la raison de leur incarcération, ce qui rendait le caïd de ma cellule jaloux car à la promenade chaque jour j'étais un don du ciel pour lui: j'achetais par 10 litres des bouteilles de soda, du fromage, de la bouffe, de cartouches de cigarettes, de dizaines de cornets de glace... Tous les autres mecs regardaient ces Gitans qui, grâce a ce Franssouz, se gavaient pendant que certains crevaient la dalle. Cela devenait trop voyant et du coup je me faisais mal voir car le nationalisme et le racisme sont omniprésents dans la prison. Souvent, certains détenus sont remis en place et rabaissés tels des animaux par les Bulgares blancs plein de muscles pour ne pas dire de graisse... alors que le Gitan est sec et bien foutu, j'allais dire sexy.

 

Des caïds arméniens même des Russes avaient tous de lourdes peines, mais on aurait plutôt dit qu'ils étaient en colonie de vacances. Curieux, ils venaient me voir dans la cellule de ces Gitans, je leur parlais en anglais, mais souvent ils ne comprenaient rien car la moitié de ces prisonniers sont analphabètes, surtout dans la communauté tzigane laissée à l'abandon à qui on on refuse le travail. Les mecs étaient joyeux et toujours souriants, ça rigolait beaucoup, parfois ça castagnait, mais avec les caméras et la repression, c'est dissuasif. Le cachot et la crasse pour 15 jours... les portables et les objets tranchants sont interdits et les flics renversent toutes les cellules à tour de rôle pour fouiller avec un détecteur.

 

Dans cette partie compartimentée, seulement six cellules à côté dans un local deux pédophiles maltraités, battus fréquemment pendant que nous nous rendons aux douches collectives une fois par semaine, de grandes gifles lorsqu'ils se savonnent, des coups de pieds, des claques sur les fesses qui deviennent toute rouges, la brosse à chiottes pour se frotter le visage qui saigne, etc... 30 mecs comme des animaux s'amusent à ça, je trouvais cela affreux, j'expliquerai par la suite petit à petit à ces mecs violents qu'un mauvais coup cela entraîne la mort et alors ça plusieurs personnes qui vont prendre 20 ans de prison pour meurtre. Alors ils se sont calmés. Un des deux bougres de 25 ans est moitié trisomique et nain 1m40 plus que pédophile. Sa famille, pour s'en défaire, comme il n'y a aucune aide dans ce pays, l'a fait accusé a tort et emprisonné, les rouages de la justice font le reste... déplorablement.

 

Puis un matin, aprés une dizaine de jours passés avec ces Gitans, on m'ordonne de changer de cellule avec toilettes et douches si l'on peut dire, on peut faire chauffer l'eau avec une résistance et se verser cette flotte sur la tête avec un pichet au-dessus du trou des chiottes complètement rouillées, quel confort. Mais au moins tu es propre, c'est primordial car dans la première cellule, lorsque je suis arrivé, j'ai attendu 15 jours afin d'avoir une goutte d'eau oxygénée sur une plaie, d'où ma panique... Il faut savoir que quatre jeunes sont morts de diverses maladies dans ce dernier bloc où je suis affecté. Il y a des cas de sida, maladie du papillon, tuberculose, méningite, cancer. Cela fait peur car il n'y a pas de soins lorsque la pathologie est trop lourde, mais surtout trop coûteuse et pas de prise en charge, ainsi le sexe est interdit dans le règlement pour ne pas avoir à payer les frais des médicaments.

 

Là dans cette cellule, que des Bulgares. Le caïd de la celulle est un mec musclé aux yeux d'un bleu perçant, qui m'acceuiile comme un membre de sa famille, cela me rassure, il y a aussi un faussaire assez âgé, il adore la France, sa famille est expatriée en Allemagne et ses filles sont à la tête d'une entreprise. Il s'est fait gauler avec 600 millions d'euros avec un gang de receleurs. Il me donne toujours une moitié de sa pomme ou de son fromage ou d'une tomate lorsque nous rentrons du réfectoire le soir. C'est à ce moment que tout le monde prépare son repas dans cette nouvelle cellule... spaghettis, salades, etc... Deux Gitans qui sont dans la cellule regardent les autres manger, c'est triste, mais c'est la jungle, la survie.

 

Il y a un gay qu'on me montre du doigt lorsque j'arrive, au cas où je veux me faire sucer ! Je dis: "Je ne suis pas attiré par les gays... et alors c'est un homme comme nous tous ?" Et ils rigolent comme des idiots. Il fait le ménage et prépare les tables de certains voyous de la chambre, il fait la vaisselle et lave le linge moyennant un petit peu de bouffe et quelques cigarettes. Il y a de beaux mecs aussi, parfois ils se font un bisou dans le cou, un geste affectueux, mais pas pédé, c'est drôle, mais c'est comme ça. 22h le courant est coupé. Ils fument une dernière clope dans les chiottes car le caïd de la cellule ne fume pas et interdit de smoker dans la chambre, tout le monde sur son lit... il ne reste que la lumière orange des miradors... 

 

 

Est-ce que tu as reçu des attaques au sujet de la politique de Sarko sur les Roms ? Car tout ça est arrivé cet été.

 

Non, pas du tout, les Bulgares ont trouvé Nicolas Sarkozy excellent. Ils ont juste râlé lorsqu’on disait que ce sont des Bulgares au lieu de dire ce sont des Gitans...

 

 

Tu as déjà fait des films avec des Roms et tu me disais que tu comptais donner 50% des dédommagements aux Roms...

 

Oui, dès ma rentrée en France, je consulterai mon avocat pour les suites a donner, car la juge a ordonné la destruction des toutes mes photos artistiques et autres, représentant 22.000 dossiers numériques sur mon ordinateur principal et ma caméra qui a été aussi confisquée car ce matériel plaisait à la police... qui ne m'a rendu que ce qui ne les intéressait pas. Ils ont aussi détruit des clefs USB contenant plusieurs milliers de photos artistiques soft, je n'ai pas compris pourquoi... Je veux un dédommagement, c'est normal, nous sommes en Europe ! 

 

 

Comme tu connais cette communauté, tu penses quoi de tout ce qui a été écrit sur cette affaire cet été, bien que je me doute que tu devais être en prison et donc tu ne sais peut-être pas que ça a été un énorme événement international.

 

Effectivement, j'étais en taule et je n'ai pas eu accès pendant un certains temps aux infos, il est évident que les gouvernants corrompus roumains et bulgares règlent leurs problèmes en incitant ces pauvres gens à partir dans le reste de l'Europe. C'est à ceux-la qu'il faut s'en prendre car ils sont totalement corrompus... Que fait l'Europe à ce niveau ? Rien, alors que la même chose s’est passée en Espagne, il a un an, c'était le même problème et tout cela est passé sans trop de scandale. Je me souviens avoir vu à la télé une vieille gitane Rom qui jetait une grosse pierre sur le pied d'un flic Espagnol. Parce que c'est la France et surtout Nicolas Sarkozy, alors nous sommes montrés du doigt, mais nous avons déjà raté l'intégration des Beurs. Je ne trouve pas normal de laisser s'implanter une ceinture de bidonvilles autour de Paris, c'est incroyable! Pourquoi les autorités françaises ont laissé faire ça ? Qui est responsable de ces implantations ?

 

[À lire: la suite dans la deuxième partie de l'interview]


Didier Lestrade

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