Vogueing à la mode de Paris

L'autre jour, sur la pelouse devant l'église Saint-Eustache, à Châtelet, Ruby Casino a fait un BQ/FQ Realness with a twist, c'est-à-dire qu'il est parti en runway en faisant le pur banjee-thug et qu'elle a twisté en lançant sa longue chevelure d'or dans les airs pour revenir en total Vogue fem devant quatre CRS qui faisaient leur ronde et qui l'ont croisé en gloussant bêtement, comme quand on rit bêtement et petitement face à quelque chose qui, au fond, nous inspire crainte et respect.

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Gwyneth Bison

par Gwyneth Bison - Dimanche 10 octobre 2010

Né en 1978, bloggeur et dessinateur, il vit et trvaille sur l'Île Sainte Denis, après avoir été installateur de salle de bain, dessinateur de brosse à dents, peintre, déménageur de frigos, couvreur, testeur de chaussettes de rugby et réparateur de toilettes. 

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L'autre jour, sur la pelouse devant l'église Saint-Eustache, à Châtelet, Ruby Casino a fait un BQ/FQ Realness with a twist, c'est-à-dire qu'il est parti en runway en faisant le pur banjee-thug et qu'elle a twisté en lançant sa longue chevelure d'or dans les airs pour revenir en total Vogue fem devant quatre CRS qui faisaient leur ronde et qui l'ont croisé en gloussant bêtement, comme quand on rit bêtement et petitement face à quelque chose qui, au fond, nous inspire crainte et respect.

A

près sa démonstration (fierce diront d'aucun(e)s), Ruby Casino m'a parlé de la grande bataille en préparation, la grande réunion annuelle des danses qui font mal aux genoux : la quatrième Battle Who iz Who au Palais des Sports de la porte de Versailles. Noms barbares au menu: Popin, Locking, B-boying, Krump, Housedance, Hip-Hop Newstyle, et, la nouveauté, Vogueing & Waacking avec notamment la venue de Bennie Ninja, le fils de Mother Willie Ninja, fondateur de la House of Ninja. J'ai répondu à mon amie aux cheveux d'or: « Oui ! Ô grande Divinité, j'irai visiter Ton Temple ! » et j'ai tout de suite chopé - en tremblant - mon billet à 20 euros sur le net.

Le jour J, je me suis levé à 12h45, la tête bourdonnante, les jambes flageolantes, et j'ai préparé le petit déjeuner en me demandant si j'allais tenir le choc de quatre heures de battle non-stop (15h > 19h) après l'intense biture d'hier soir. A 15h, devant le Palais des Sports, je devais rejoindre  Sergeline Badette et Ty Badette, Jacqui Bessmer, Charity Norris, Samantha Youngblood, Bonnita Troccoli et sa cousine Conception Kirkpatrick qui avaient tous fait montre d'un grand enthousiasme au moment où je leur avait parlé de ce machin (eux non plus ne fréquentent pas du tout régulièrementce genre d'événement). Ruby Casino est hélas, absente en ce moment (elle lapdance dans quelque bar doré de New York).

 

Il faisait beau. À la gare de Saint-Denis, comme tous les dimanches, je croise des enfants en costume trois-pièces avec leur familles toutes aussi endimanchées qui se réunissent pour célébrer leur culte dans les hangars et bâtiments post-industriels du coin (quelque affiches proclament: Dénommé assieds-toi en hauteur ! ou encore Dieu est assis sur ton trône ou encore Tes ossements désséchés pourront-ils reprendre vie ?). Une jeune crête noire monte les escaliers en mimant un entraînement de boxe. Le Dieu des Gares a fait taire cette saloperie de Radio Ligne D. Je n'ai pas fière allure, le corps cendrier et le dynamisme d'une patate, mais j'ai quand même mis une belle chemise et je compte beaucoup sur mes Vans en suède noir pour ne pas avoir l'air d'un vieillard cacochyme posé au milieu d'une grande salle remplie à 70% d'énergiques boutons d'acné.

 

 

Porte de Versailles

 

Dans le métro (ligne 12), je sue et je bois de l'eau. Si je reste debout trop longtemps, j'ai des vertiges. Je pense à mon adolescence (la poitrine naissante de Massamo + les haltères en bidon d'essence remplis de sable de Jean-Louis + les bulles d'air crevées de mes Air Max qui font, sous la pluie, un petit pouic très embarrassant + les aisselles de Mélodie aperçues/matées en cours d'EMT+  la boum pour l'anniversaire de Sékou + les bagarres en cercle où, en simple spectacteur, je me prends un low-kick en traître + l'apprentissage du beat-boxing en lieu et place du théorème de Pythagore (je parle pour moi, certains - les meilleurs -arrivaient à faire les deux brillamment) + la  fille qui m'a donné mon premier baiser et qui m'a mis une droite deux jours auparavant + Sherline & ses copines + un début de C-walk devant des lits superposés +  Chipie Zulu + Creeks + Waïkiki + 501 + Lacoste + Coupe-Vent Raiders + Mousqueton + Boucle d'Oreille + 21 Jump Street + 4/4 Santana + la couleur écru pour un jean blanc + passer des heures à cracher par terre (littéralement) + le mec qui a cassé le muret des chiottes d'un seul coup de pied + les fesses des filles en 501 + des heures passées à imiter les imitateurs des Guignols de l'info avec Pedro + les branlettes collectives organisées à heure fixe (collection de film X du père d'un pote) + les contrôles d'identité obligatoires à chaque fois que je prend le métro avec Bokar + tourisme toute la nuit dans Paris en Fiat Panda en fumant des kilomètres de joints (avec Rott et Pit qui puent la pluie sur la banquette arrière) + un ennui abyssal + organisation de Kumité + des histoires en veut-tu, en voilà + etc.). Je sors à la porte de Versailles et tout le monde va au mondial de l'automobile. 

 

Devant l'entrée du Palais des Sports, je retrouve ma bande à 15H30. Il n'y a pas du tout de cohue comme je m'y attendais. C'est assez calme. On rentre en se faisant scanner le code barre imprimé. Là, gros, énorme son dans une salle à moitié vide. On cherche une place, et on finit par s'installer tout à droite de la scène en se disant les uns aux autres: woah, génial !

 

La catégorie en cours de bataille, c'est House Dance sur un son house classique (j'imagine Detroit minimal, ou Chicago truc). Les danseurs commencent très doucement. La House Dance semble être un mélange très aquatique, flottant, éthéré, suspendu, de danses capoero-salsa-two-step. J'essaye de prendre des notes mais :

1) ça va beaucoup trop vite

2) prendre des notes dans le noir est un exercice plutôt compliqué

3) tous ceux qui me voient faire me regardent comme un chelou. Je remarque que le jury est assis sur des chaises marron, dispersés aux extrémités de la scène. Le plateau est nu, sans décor. Un DJ et des platines. Les danseurs qui attendent leur tour sont eux aussi assis sur la scène. C'est une transposition directe d'une scène de danse de rue (un cercle de gens et des danseurs). Pas de tralala. C'est le tour de  Miche (je ne suis pas sûr du nom) qui lance ses jambes en l'air et fait une House Dance saccadée qui vient contredire toute mon analyse acqua-stylistique de tout à l'heure. Nous avons tous un sourire collé au visage. Le MC de cette après-midi dit "ooooooooookay". C'est un signal pour le danseur qui prolonge un peu trop sa session. Il doit s'arrêter sur le -kay qui tombe juste sur le tempo (le ooooo pouvant être prolongé pendant toute une mesure) et le MC ne se goure jamais (de tempo). Les jurys font leur boulot en pointant du doigt celui qu'ils estiment gagnant, en l'occurrence Miche.

 

 

My name is Bison, Gwyneth Bison

 

Charity Norris et Samantha Youngblood ont préféré s'asseoir en face de la scène, je les rejoins, et effectivement, le spectacle est beaucoup mieux vu de face que de côté. Des stroboscopes se déclenchent et je prends des notes que je n'arriverai jamais à relire. La fosse semble remplie d'experts esquissant quelques mouvements. Simples pour eux, mais j'adorerais savoir faire ça (histoire de bien me présenter, mon nom est Gwyneth Bison (celui-là même que vous avez déjà aperçu dans quelque fête, infecté par ces fameuses pilules pourpres, la tête entre les enceintes avec la mâchoire en forme de divinité hindoue) et mon genre Two-step c'est plutôt celui-là. La battle en cours est France Vs. Japon (le M.C dit Vé.Éss et jamais Versus (un peu comme si on disait euh té cé pour etc.) mais bon, c'est pas une conférence à la Sorbonne). Je ne sais plus quelle est la catégorie. Une fille enchaîne face à un Japonais, mais, à mon grand désarroi, ne gagnera pas la bataille.

 

L'ambiance générale est festivo-studieuse. On acclame les moments de grâce et les acrobaties les plus incroyables, mais l'ensemble du public est assez sérieux et suit attentivement les affrontement en cours. Ty Badette s'étonne que personne ne fume de joints dans la salle et je l'accompagne pendant une pose à l'extérieur (mais je ne tire pas sur le joint, sinon, laisse tomber je vais carrément me désintégrer). Ensuite vient le locking (je crois) Mio Vé.Ess Je-ne-pas-saisi-son-nom (le emcee parle très vite et articule peu (pour tout dire, il semble échappé du Dice Club de Plougasnou)). Il y a des démarches de lions en cage pendant que l'adversaire fait ses preuves. Les deux danseurs sont très longilignes et font penser à des sauterelles sous exctasy. Ils secouent beaucoup leurs mains. À un moment de grâce, je dis ho ! pour la dixième fois depuis que je suis là et les sourires sont toujours sur les visages de mes amis quand je viens leur dire: c'est mieux en pleine face, venez avec nous.

 

Puis Break classique ou Hip-Hop Newstyle, je ne me souviens plus. J'aime beaucoup le Hip-Hop Newstyle, déjà parce que la musique c'est du rap, ensuite parce que j'aime bien. Alors on va dire HHNewStyle si vous permettez (à l'heure où j'écris ces lignes je suis encore titubant d'un week-end éprouvant - je reste persuadé qu'on est dimanche depuis deux jours), et pour ceux qui souhaiteraient un peu plus de conscience professionnelle, demandez à Lestrade de trouver de la tune). L'un des belligérants est franchement belliqueux et le public braille bouh! lorsqu'il mime des coups de coude en boucle avec un air de beau gosse prétentieux. Pourtant il sortira vainqueur de la battle (sous les huées).

 

Pour le Break classique, je vous propose une petite digression. La semaine dernière, en cherchant un peu,  j'avais trouvé un exemple qui décrit bien une certaine ambiance de merde générale, un truc que les sociologues devraient prendre au sérieux. La performance de Junior  à "Incroyable talent 2008" commence par une nuit pour le moins agitée, sur un instrumental éléctro-soul froid comme un parking de Las Vegas. Junior dort seul au milieu de billets de banque, de coussins panthères et d'oreillers en peau de zèbre, sur une peau de tigre elle-même posée sur un drap de soie violet . S'en suit un réveil brutal, façon perquisition, où un genre de manager omniscient et invisible ordonne à Junior de se rendre à "Incroyable Talent ". Et de donner une consigne précise:  "LES PÉPÉTTES ON NE LES REND PAS ".

Junior sourit en se levant et là, bruit de tiroir caisse et la phrase "I get Money " se déclenche comme leitomtiv-boucle-slogan sans musique. Junior décroche la peau de bête — pimp de la Nouvelle Orléans et berger des alpages se retrouvent ici mélangés — qui était posée sur un porte-manteau en or. Il l'enfile en titubant pendant que la voix qui proclame i get money est pitché, accéléré, de chimpmunk jusqu'à devenir sirène,  instant chaotique où tout va trop vite, le public tape dans ses mains en suivant l'accélération de la voix et Junior tombe au moment où commence un instru lourd, guerrier, qui scande toujours " I GET MONEY / I GET IT". Il lâche un rebond ahurissant (de mon temps on appelait ça " faire la feuille") et démarre son truc (Héros).

 

 

Jump Around, Jump Around

 

Après quelques rotations, figures & phases d'une incroyable complexité (ce type défie réellement  les lois de la pesanteur: il est liquide (être dans son corps à ce moment-là doit ressembler à un truc comme ça), Junior est rejoint par une troupe de gremlins à capuche qui rebondit de partout, l'encercle, et le menace à la manière de zombies, des suceurs de sang qui en veulent très certainement à son porte-manteau en or, à ses oreillers panthères, à son drap en soie mauve et à sa peau de bête.  Junior (re-)tombe au sol, comme mort sous les coups mimés. La musique s'arrête. La troupe de zombies-sangsues, lui tourne autour en silence. On entend le crissement des baskets sur le sol. Tous ces enculés ont eu sa peau.  S'en suit un happy-end où Junior se relève sur le très, très vieux « Jump around » de House of Pain, et remporte la victoire 2008 d'"Incroyable talent".

 

Si l'on met de côté le happy end, ce qu'on nous présente ici dans une banale émission de divertissement, c'est la guerre de tous contre tous.  Qu'est qu'ils ont fait pour moi tout ces mecs ? Aussi stylisé qu'elle soit, la performance de Junior est terriblement réaliste, et nous raconte justement comment ça que ça passe, ici, la ruée vers l'or. Cold world.

 

Retour au Palais des Sports pour le Krump (ou Crump ?) qui est un genre de crise de spasmophilie, façon Zeus a des éclairs dans les mains, ou une manière de crise de nerfs intérieure, rentrée, explosant par instant en coups de poings dans le vide. Un blanc à casquette rouge a les faveurs du public alors qu'il ne fait presque rien d'autre que de sembler retenir sa crise de rage. Cet engouement restera mystérieux pendant toute la battle. 

 

Conception Kirkpatrick, la cousine de Bonnita Troccoli, est celle d'entre nous qui montre le plus son amour. Elle se lève, secoue ses bras, danse et se réjouit régulièrement. Hélas, mon corps m'intime de rester assis et je plane de plus en plus (stroboscope + musique répétitive sont indéniablement une drogue). C'est beau. Prouesses inhumaines d'êtres humains. Foyers d'intensités.

 

 

Le Vogueing

 

Ensuite arrive le Vogueing. Avant de venir, je me disais, l'arrivée du Vogueing là-dedans, c'est quand même un gros morceau de culture pédé-trans qui débarque ouvertement  comme une culture pédé-trans dans une battle essentiellement Hip-Hop. Et ça, ma foi, c'est déjà quelque chose (liens& influences souterraines s'affichent au grand jour).  De quoi tempérer, s'il le faut encore, la réputation homophobe / machiste du Hip-Hop. Mais notre Monsieur Loyal gâche tout par sa présentation, il enchaîne les maladresses, semble affreusement embarrassé et dit des choses comme "Je sais ce que vous pensez ... "  (il dit aussi:  "Ils vont danser dans la direction de la tenue vestimentaire qu'ils ont" (je vous jure, le mec parle comme ça)).

 

Une longue liane blonde se déhanche en fuseau noir Vs. Javier Ninja habillé un peu Matrix sur une musique hypnotique et quasiment sourde. La maison Ninja a tout même un style bien particulier de Vogueing. Contortion + karaté + posing (en résumé). Passé les premiers cris au démarrage, le public est plutôt calme. Javier Ninja fait des trucs qui me font mal rien qu'à les regarder (il y a quelque chose de véritablement monstrueux dans le contortionisme, l'être humain se rapproche de l'insecte et c'est un peu déprimant si l'on y pense). Fin du duel : Javier vainqueur.

Deuxième battle de Vogue, une longue liane noire (un homme) fait son entrée. Il porte un genre de léotard de gymnastique avec des collants noirs et a le visage peint mi-Nouba, mi-clown de film d'horreur. Il arpente la scène en dansant surtout avec sa langue (qu'il montre abondamment au public à la fois terrifié et mort de rire). Quelqu'un dit putain, un renoi qui fait du Vogueing, j'hallucine. Je ne sais plus qui gagne mais le Maître de Cérémonie refait une blague lourde (« Aaaaah ... c'est un monde!" ) et je me dis: Mais-c'est-qui-ce-mec ? et c'est l'entracte.

 

Sortent beaucoup de fumeurs (la salle s'est pas mal remplie depuis le début, mais ce n'est définitivement pas une salle comble (la salle est immense, 4000 places), crêtés ou pas. Les pantalons sont d'une taille extrêmement variable allant du jogging gris géant à la seconde peau sur chaussures pointues. Du fluo (nouvelle génération), mais aussi du bon vieux kaki. Pas mal de chaussures luisantes. Beaucoup, beaucoup de filles. Nous ne sommes pas, loin de là, les seuls de plus de 25 ans. Il se trouve que Samantha Youngblood a un peu dansé aux Halles de la grande époque et elle retrouve un old timer de sa connaissance. La proximité du Krump avec la transe, avec le Sacré,  lui semble blasphématoire, et le Vogueing, ce n'est pas du Hip-Hop. Franchement Gardien du Temple, mais on peut  parfaitement discuter avec lui, échanger des arguments. Il nous apprend que cet étrange et maladroit MC s'appelle Youval et que ça fait des années qu'il est là. À l'époque, on l'appelait le Maître des Perversions, nous dit-il. Il nous dit aussi que le Who iz who ? est organisé par une femme, Anik Arnold.

 

 

L'inverse de la danse contemporaine

 

Ensuite, on retourne dans la salle pour les finales (je crois, c'est très difficile de savoir où nous en sommes et beaucoup de choses m'échappent complètement sous le feu stroboscopique). La danse, c'est quand même indescriptible, pas grand-chose à dire de plus que:  c'est beau, c'est franc, c'est direct, ça touche à des choses très profondes sans en avoir l'air comme par exemple la transe & le sacré (le meilleur exemple du sentiment de Sacré dont je parle se trouve tout entier dans cette splendide vidéo (franchement une des plus belles que j'ai vu sur le net) :  "R.I.P Rich D" où les Turf Feinz dansent pour un mort), ça parle de problèmes sociaux de manière très explicite (venu d'Angleterre, un danseur Noir de Locking est carrément habillé en colon, casque blanc et tout le bordel),  c'est exactement le contraire de ce qu'on imagine être la danse contemporaine, ça n'empêche pas quelque cris d'éclater, c'est limite expressionniste, très figuratif comme Spiderman, c'est à prendre ou a laisser, ça se regarde en face.

 

Junior défonce tout le monde en Break, complètement hors d'atteinte. Javier Ninja remporte le Vogueing. Wolf pour le Crump... Bizarrement, la dramaturgie de la Finale est quasiment absente de la fête, il n'y a pas de trophée géant, de discours, d'acmé. Les gagnants ne la ramènent pas du tout. Jésuite, les capuches. 

 

Youval le M.C, est toujours aussi catastrophique dans ses interventions, et il fait un runway à la fin de la finale de Vogueing qui me semble être une moquerie lourdingue. Mais, en rentrant chez moi, je suis tombé sur une interview de cet étrange Maître des Perversions et, là, j'ai quand même halluciné (rappel : je suis franchement non-initié). Figurez-vous que Youval met du mascara sur certaines photos. Figurez-vous que Youval est vogueur depuis des plombes. Figurez-vous que Youval a un style "un coup féminin, un coup masculin: hermaphrodite style ou Vog’hip." Figurez-vous que Youval est dans le Hip-Hop depuis 1982 avec son style Fa'afafine. Figurez-vous que Youval dit: " Le Vogue est une question de sexualité, faut faire ressentir sa féminité, donc j’ai beaucoup bossé, je ne suis pas homo, mais je personnifie bien la fille exagérée [...]. " Figurez-vous que Youval a "amené la féminité dans le Hip Hop tout en ayant une mentalité de pur enculé  ". Figurez-vous que Youval est un petit juif qui a été protégé par des chefs de bandes ethniques "J’étais la mascotte et eux assuraient qu’il ne m’arrive rien, car franchement à l’époque j’en ai vu des types se faire défoncer après un défi, surtout au Globo [...] moi je les représentais et eux me protégeaient, c’était le contrat. " Figurez-vous que Youval a des souvenirs genre au " Divan du monde quand je suis rentré à poil sur scène devant tout le monde ". Et maintenant, j'ai l'impression que ce Youval mériterait presque une biographie.

 

Finalement, ces quatre heures de Battle sont passées très vite. Les Combattants de l'ennui ont parfaitement rempli leur mission. Dehors, tout le monde esquisse des pas de danse en discutant tranquillement. Vue l'ambiance délétère du moment, rapport aux questions que pose Le-Jeune-de-Banlieue, ce truc m'a franchement remonté le moral et je suis ravi d'avoir été dans une battle Hip-Hop entièrement organisée par une femme et présentée par un homme qui assume sa féminité. J'ai envie de dire merci. Ça change des documentaires (La Cité du Mâle) et des fictions (La journée de la jupe) d'Arte, pour ne pas parler de tout le reste.


Gwyneth Bison

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