Les tristes records islandais

Reykjavík (IS) – Depuis quelques semaines, on avait lieu de croire que l'Islande cherchait à se faire oublier. On serait tenté de croire que la situation politique et économique serait en passe de s'améliorer, mais en réalité, il n'en est rien. Car la foule gronde. Cette même foule qui avait réussi à renverser le gouvernement de droite au lendemain de l'éclatement de la bulle de 2008 laquelle avait précipité l'île dans une crise sans précédent. En 2009, une coalition sociale-démocrate et écologiste voyait le jour, mais il faut croire que les électeurs n'ont pas été convaincus par l'action gouvernementale.
Reykjavík (IS) – Depuis quelques semaines, on avait lieu de croire que l'Islande cherchait à se faire oublier. On serait tenté de croire que la situation politique et économique serait en passe de s'améliorer, mais en réalité, il n'en est rien. Car la foule gronde. Cette même foule qui avait réussi à renverser le gouvernement de droite au lendemain de l'éclatement de la bulle de 2008 laquelle avait précipité l'île dans une crise sans précédent. En 2009, une coalition sociale-démocrate et écologiste voyait le jour, mais il faut croire que les électeurs n'ont pas été convaincus par l'action gouvernementale.

Preuve en est les récentes manifestations qui animent le coeur de Reykjavik depuis la semaine dernière. Pour mémoire, on se rappellera que la crise tire son origine du taux d'endettement délirant de la majorité des Islandais: un grand nombre de personne avait contracté des prêts en devises avant l'effondrement de la monnaie insulaire, la couronne. Lorsque celle-ci a perdu la moitié de sa valeur, le montant des échéances a doublé, entraînant l'insolvabilité de beaucoup.

 

Le gouvernement s'est contenté de reporter, à plusieurs reprises, le remboursement de ces dettes et d'intervenir pour une diminution partielle de la valeur nominale des emprunts. Mais ces mesures sont loin de satisfaire la population islandaise qui attend toujours une solution claire au problème afin de pouvoir envisager l'avenir. Ces derniers jours, on jetait des oeufs sur le parlement (Alþing), ainsi que nous l'apprend Iceland Review, et, plus symboliquement, des clés, des clés de voiture ou de maison - autant de biens qu'on ne parvient plus à remboursement.

 

Et quand on interroge Össur Skarphédinsson ministre des affaires étrangères (dont on se souvient qu'il joue un rôle central dans le contentieux d'Icesave qui oppose toujours l'Islande à ses créditeurs étrangers, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas), ce dernier répond qu'effectivement, le gouvernement doit trouver une solution pour les gens qui ont ou vont perdre leur toit (ici). Ces paroles ont de quoi laisser perplexes les Islandais qui, dans l'urgence de la situation, sont bien en droit d'attendre un règlement du problème qui ne relève plus de la procrastination. Car ce que personne ne veut assumer en Islande, ce sont les responsabilités: lorsque la Haute-Court de Justice, élevée pour demander raison aux protagonistes d'alors de leurs agissements lors de l'effondrement du pays, entend citer à comparaître le premier ministre conservateur en 2008, Geir Haarde, celui-ci crie à la persécution comme s'il lui semblait normal qu'un dirigeant n'ait pas à se justifier devant les institutions de son pays de sa part de responsabilité... Certes, l'Islande est un petit pays, et il semble improbable qu'il ait pu éviter l'impact de la crise mondiale. Mais, néanmoins, le gouvernement aurait pu réduire ses conséquences sur la vie des habitants, comme l'explique Paul Nikolov dans Grapevine. Et c'est bien cela que la rue reproche à ses leaders politiques.

 

Dernièrement, on pouvait lire une brève facétieuse dans Icenews (ici): les Islandais, avides de records en tous genres, se signalent désormais, d'après l'OCDE, par de singulières performances dont un taux de surpoids touchant 60% de la population... En outre, les enfants islandais ont en moyenne deux fois plus de caries que dans les autres nations nordiques, ce qui n'a rien d'étonnant puisque ces mêmes bambins mangeraient, toujours en moyenne, un kilo de bonbons par semaine. L'hygiène intime devrait aussi y être revue attendu que le taux de chlamydia y serait plus élevé qu'ailleurs dans le monde nordique. Toujours côté santé, le mélanome fait des ravages auprès des femmes et est peut-être la conséquence d'une absence d'information concernant l'usage des lampes à bronzer. Enfin, les Islandais seraient les plus gros consommateurs d'antidépresseurs tout en demeurant la nation la plus optimiste...

 

Tous ces records ne sont pas sans rappeler combien la pauvreté ronge toujours la société islandaise, ainsi que nous en sommes régulièrement ouverts ici: mauvaise alimentation, système de santé coûteux... Certains Islandais ont beau vanter la beauté de leur île, les chiffres sont là et dénoncent la détresse humaine. Et tandis que le gouvernement se voit reprocher son inaction, la démagogie poursuit son travail de sape sociale: les chrétiens conservateurs partent en croisade contre la viande halal (ici). Une fois de plus, on constate qu'il ne fait pas bon être un étranger en Islande.

 


Renaud Mercier & Nicolas Jacoup

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