La fièvre xénophobe monte en Europe

Bruxelles (BE) — Souvent dans Minerve et Minorités, nous avons eu l'occasion de revenir sur la montée du racisme et de la xénophobie en Islande. Ce sentiment diffus de crainte de l'étranger existait à l'état latent dans la société islandaise et s'est révélé pleinement à la faveur de la crise économique qui a éclaté en 2008. En Islande, la stigmatisation des minorités polonaises accusées de profiter des aides alimentaires (voir nos articles précédents) va bon train et a même déteint sur les autorités qui refusent le renouvellement des permis de travail de gens pourtant bien insérés dans la société.
Bruxelles (BE) — Souvent dans Minerve et Minorités, nous avons eu l'occasion de revenir sur la montée du racisme et de la xénophobie en Islande. Ce sentiment diffus de crainte de l'étranger existait à l'état latent dans la société islandaise et s'est révélé pleinement à la faveur de la crise économique qui a éclaté en 2008. En Islande, la stigmatisation des minorités polonaises accusées de profiter des aides alimentaires (voir nos articles précédents) va bon train et a même déteint sur les autorités qui refusent le renouvellement des permis de travail de gens pourtant bien insérés dans la société.

Désormais, c'est la ministre de la justice islandaise, Ragna Árnadóttir (gauche écologiste), qui se signale par un coup d'éclat et n'hésite pas à proposer une politique ouvertement discriminatoire et ségrégationniste à l'endroit des étrangers. Une fois de plus, nous devons ces informations à Grapevine, un des principaux médias anglophones de l'île qui, depuis la crise, suit de près les dérives de l'Etat nordique et que nous avons souvent eu l'occasion de citer. En l'occurrence, la ministre se montre favorable à un arsenal juridique augmentant drastiquement les pouvoirs de la police et prônant la surveillance accrue des étrangers en particulier et la possibilité de fouiller les maisons sans mandat préalable (ici, ici et ici).

 

Il n'échappera à personne quelle régression une telle législation apporterait: stigmatisation des étrangers considérés comme un groupe homogène et, en soi, potentiellement nuisible, et déni de l'égalité des individus devant la loi, puisque la seule nationalité vous soumet à une moindre protection de votre vie privée.

 

Mais par-delà ces coups de couteau dans le contrat social et les droits de l'homme, c'est surtout l'officialisation d'une xénophobie (peur de l'étranger) qui fait frémir, et le déni de l'homme en tant qu'homme et réduit à son appartenance à un groupe, « les étrangers ».

 

Ce passage inquiétant de la xénophobie de l'opinion publique à la sphère étatique ne se limite bien entendu pas à l'Islande. Ce mouvement a pris de l'ampleur dès le mois d'avril lorsque la Belgique a présenté un projet loi interdisant le port de tout vêtement empêchant l'identification des personnes dans le domaine public. Bien sûr, tant dans le royaume que dans d'autres pays (pensons à Geert Wilders aux Pays-Bas), de telles initiatives surfent sur une islamophobie latente dont la presse internationale se fait l'écho depuis l'origine du mouvement (ici et ici).

 

Naturellement, de telles lois émanent de structures démocratiques, mais le climat de haine dans lequel elles voient le jour, laisse planer le doute qu'elle vise davantage une couche précise de la population que la société toute entière. Or l'élaboration des lois, comme la justice, demande un temps de maturation qu'on refuse à ce genre d'arsenal juridique. Et si, pour des raisons de sécurité publique, on peut tout à fait entendre qu'on ne peut pas accepter que des individus se dérobent à l'obligation de fournir une identité et que celle-ci soit aisément vérifiable par les agents patentés de l'Etat, le déploiement à la va-vite de telles lois nous autorise à douter de la sérénité où elles ont été élaborées. Et toujours demeurera le risque que de telles législations s'appliquent à des gens stigmatisés pour leur appartenance à une communauté religieuse ou ethnique, plus qu'à des individus considérés comme des personnes en tant que telles, et non réductibles à une origine ou une confession. En peu de mots, il semble planer un parfum de démagogie dans les hémicycles, et les raisons électoralistes pourraient bien prendre le pas sur l'intérêt général.

 

 

« En gros »

 

A ce titre, une étape supplémentaire a récemment été franchie par le gouvernement français. En effet, une brève de l'AFP relayée le 19 août par La Libre Belgique, le ministre de l'immigration, M. Besson, confirmait que « En gros, ce seront en août à peu près 850 personnes dites Roms entre guillemets qui auront été reconduites dans leurs pays d'origine » (sic). Par une telle déclaration, le ministre français cache avec la plus grande peine que les mesures de reconduite aux frontières concernent bel et bien un groupe ethnique dans son entier, et non des personnes ayant bénéficié d'un traitement individuel en cas de délit. Des expressions telles que « en gros » trahissent une vision comptable de l'humain et le maladroit « dites Roms entre guillemets » nous renvoie à l'idée que l'État s'autorise peu à peu à étiqueter ethniquement des gens qui, somme toute, ont pourtant une nationalité.

 

Loin de nous l'idée de légitimer les occupations sauvages de terrains privés par certaines personnes, puisqu'il s'agit bien là de ce qui a mis le feu aux poudres. Au contraire, nous souhaiterions rappeler notre attachement à la légalité sous toutes ses formes et avant tout aux droits de l'homme qui sous-tendent le droit de l'ensemble des Etats européens. En l'occurrence, il nous semble très dangereux de légiférer au cas par cas pour satisfaire une opinion publique irritée en période de crise. Il convient encore de rappeler que les lois et la justice ne peuvent s'appliquer aux individus et non aux communautés au risque de briser le principe d'isonomie, garant de l'égalité des citoyens.

 

Les lois doivent être applicables à chacun sur l'ensemble d'un territoire donné sans exception et avec un traitement semblable. Quant aux valeurs édifiantes ou exemplaires dont on veut affubler leur application (pensons aux reconduites spectaculaires auxquelles nous avons assisté), nous devons nous en garder: la justice demande de la sérénité. Parallèlement, il convient également de ne pas se contenter de durcir les lois. Peut-être vaudrait-il la peine d'appliquer celles que nous possédons. Et Monsieur Sarkozy tirerait sans doute plus de gloire à tirer de la rue pour les envoyer à l'école des enfants réduits à la mendicité plutôt que de se satisfaire des avions qui décollent pour la Roumanie ou la Bulgarie.


Renaud Mercier & Nicolas Jacoup

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