Alors, cette Revue 42, c'est encore l'Afrique qui remonte vers nous, qui nous dit que ce qu'on ne règle pas là-bas nous frappe en plein visage. Dans « Like ghosts in a shell », Fabien part de la dernière vidéo de Diam's, mais ce qu'il a envie de dire dépasse le sujet de l'Islam, bien que ça lui fout les boules de lire des trucs sur Minorités qu'il récuse. Car la crise financière se cache à peine derière le sujet de la religion et la déflagration grecque n'est que la nôtre, avec la corruption qui entoure la politique de l'euro. Ce texte, c'est aussi le premier de Fabien sur un ton personnel, écorché, comme on est tous depuis quelques années, à ne plus savoir ce qu'il faut faire, à part dire « basta ».
Une nouvelle venue chez Minorités, Anna Guèye, nous a balancé un texte après une série de compliments à notre égard et contredit, là encore, une manie très Minorités, le fait de parler de « groupes ethniques ». Apparemment, ça l'énerve et on comprend mieux pourquoi. Bon, ça pourrait être au départ une sorte de sophistication linguistique issue du politiquement correct, mais elle nous explique que c'est beaucoup plus grave que ça. Pour les Africains, ce délire sur les groupes ethniques, c'est surtout la marque de l'asservissement économique des tribus depuis le début de la colonisation. On divise pour mieux arnaquer. Point taken.
Le gros morceau de la semaine, c'est la saga de Madjid. 120.000 signes. Depuis plusieurs semaines, il me disait qu'il était en train d'écrire un truc car il en avait marre que je mélange tout, les Arabes et les pas Arabes, et puis que je prenne une attitude trop angélique envers les Arabes, ce qui entachait l'équilibre éditorial de Minorités. Je ne crois pas que c'est ce que je fais, je pense qu'on doit avoir des avis très tranchés sur le sujet, c'est tout. Par exemple, sur les groupes qui représentent les gays muslmans, j'ai jusqte un peu peur qu'on se fasse anarquer par le même courant républicain Fourest-HIDAHO, un peu comme ce qui s'est passé avec SOS Racisme mais bon. C'est vrai que j'ai tendance à tester les limites et puis j'expliquerai plus en détail mon point de vue plus tard, on est pas pressés.
Ce qui est important, c'est que ce travail des gays de Minorités sur l'Islam, sur les Arabes (ou non), sur les musulmans (ou non) continue. Là on va se calmer un peu car c'est l'été et on SAIT TRES BIEN que ça fait chier pas mal de monde que l'on insiste ainsi sur la religion. Mais il faut le faire. Il y a beaucoup de choses à dire. Regardez la prise de parole de Judith Butler à la Gay Pride de Berlin! Minorités n'est pas le seul groupe à penser que la lutte contre l'homophobie cache une grande partie d'islamophobie et de racisme.Pour présenter sa vision, Madjid nous ramène à la naissance de l'Algérie et son texte va s'échelonner sur 5 jours, pour faire une boucle incroyable entre la vie des Algériens avant la colinisation, puis les meurtres et la guerre, en Algérie comme à Paris, l'échec de la gauche pendant des décennies, l'échec de la gauche aujourd'hui encore. Et comment la question de la guerre d'Algérie a créé le mythe de l'Arabe français, ce qui arrive au Mondial et Kinkielcrute.
J'insiste sur le fait que ce long essai est vraiment un formidable morceau de littérature engagée, c'est triste aussi car c'est l'Algérie d'aujourd'hui et forcément ça nous crève le coeur. Je crois aussi, comme pour le texte sur l'autisme de la semaine dernière, que c'est un docu qui permet de découvrir beaucoup de choses, sur la culture, l'histoire cachée et la beauté de l'Algérie. Le pays où je suis né.
C'est du grand Internet. La suite demain matin.