Le Mondial sous l’angle minoritaire

Je ne sais pas si quelqu’un a fait le papier que je suis en train de vous proposer. J’ai rapidement regardé sur Google et je n’ai rien trouvé, mais je serais très étonné si quelqu’un, quelque part, n’avait pas déjà écrit ce que je suis en train d’écrire, au moment même où la France affronte l’Afrique du Sud (c’est mal parti, on dirait). Mais il me semble qu’il y a eu de nombreux dérapages racistes lors de ce Mondial.
Je ne sais pas si quelqu’un a fait le papier que je suis en train de vous proposer. J’ai rapidement regardé sur Google et je n’ai rien trouvé, mais je serais très étonné si quelqu’un, quelque part, n’avait pas déjà écrit ce que je suis en train d’écrire, au moment même où la France affronte l’Afrique du Sud (c’est mal parti, on dirait). Mais il me semble qu’il y a eu de nombreux dérapages racistes lors de ce Mondial.

Si on regarde le bordel actuel sous un angle minoritaire, le Mondial 2010 enfile depuis le début de nombreuses histoires un peu caca. Cela a commencé avant même le lancement du Mondial, quand les télés françaises faisaient monter la sauce en lançant des reportages qui avaient du mal à se concentrer sur la population très majoritairement noire de l’Afrique du Sud. Il y avait beaucoup de sujets avec des blancs, ce qui est OK, mais on avait l’impression que les équipes télé avaient de mauvais pisteurs. Je veux juste mentionner par là que c’est très facile de faire de la télé dans un pays où les gens sont très accueillants, particulièrement au moment du mondial, malgré le taux de criminalité élevé que l’on ne manque pas de nous rappeler sans cesse. Bref, il y avait déjà une gêne. Et puis, j’ai trouvé étrange de ne pas retrouver dans ces reportages l’ambiance et même les décors que j’ai vus lors de mes deux voyages dans ce pays. Mais bon.

 

Ensuite, il y a eu l’affaire des vuvuzelas. Je ne vais pas revenir dessus, tout le monde en a parlé. C’est un signe vraiment évident de l’incompréhension face à un peuple noir qui a envie de s’amuser comme il veut, quand il veut (pour une fois) et cela fait chier les reporters et des supporters étrangers qui ne s’entendent plus dans le stade. Bien sûr, ils n’ont jamais grandi avec le cri de ralliement MAKE SOME NOISE et encore moins « I’m gonna fight for my right to PAAARTY ! ».

 

 

Mais où sont les beurs?

 

Ensuite, l’équipe de France arrive sur le terrain et on remarque qu’il n’y a plus de beurs dans les onze. Bon, Anelka est musulman. Mais les autres ? Kader me disait ce week-end que ses copains beurs s’amusaient en ce moment sur le ton : « Ah oui, normal qu’ils soient nuls, c’est ce qui se passe quand les Arabes sont sur le banc de touche ».

 

Ensuite, il y a eu toutes ces rumeurs sur l’homosexualité de Gourcuff que personne ne semble apprécier dans l’équipe actuelle (merde, il vient de se choper un cartoon rouge !). Alors que c’est un beau gosse et plutôt sympa en plus. Les articles sur l’homophobie du foot sont ressortis, impliquant que les choix stratégiques écartaient non seulement les beurs de la sélection, mais aussi le gay potentiel. Personnellement, j’en sais rien et je n’ai pas trop réfléchi à l’affaire. Je crois qu’on projette sur Gourcuff des envies trop personnelles.

 

Ensuite, il y a eu le bunker. Participer au premier Mondial en Afrique, ça devrait rendre hyper heureux tous les blacks de l’équipe de France – et les autres aussi, bien sûr. On nous raconte que les équipes concurrentes comme le Mexique ont dormi dans des hôtels où les footballeurs côtoyaient les fans. Et l’équipe de France choisit sa propre ségrégation, sa propre gated community, reproduisant sans le savoir un des aspects les plus tristes de l’Afrique du Sud moderne : une séparation de fait, avec des murs bardés de fer, entre les riches et les pauvres. Mauvais symbole.

 

 

Le mot « enculer »

bouh c'est vraiment grave

 

Ensuite, il y a eu l’affaire Anelka. Oui, il a utilisé le mot « enculer », bouh c’est vraiment grave. Pour faire vite, c’est encore le musulman qui porte la responsabilité de l’échec, un peu comme en 2006 avec le coup de boule de Zizou. Qu’on puisse reprocher à Anelka ce qu’il dit, ok, mais c’est comme me reprocher de parler au féminin. Celui qui est exclu, et sans vrai jugement, c’est encore le musulman, le mal élevé, le paria. C'est le fusible qu'on fait péter pour sauver Domenech.

 

Enfin, il y a tout ce débat sur cette génération 2010 du football, des types pas cultivés nous dit-on. On parle des onze « voyous ». Pour moi, c’est un peu la même chose que « racaille ». On dit qu’il y a un retour en force des grands frères des Mondiaux précédents. On ressort, encore une fois, l’esprit de l’équipe de 1998. Je n’ai pas envie de défendre l’équipe de 2010, après tout le foot, je m’en fous, mais il me semble que si les jeunes de 2010 sont mal élevés ou voyous, c’est parce que l’ensemble de l’intégration française a foiré depuis 1998. Les espoirs des joueurs de 98 n’ont pas été exaucés. Ils sont devenus riches et célèbres, mais leurs espoirs envers la France ? Ils se sont démenés pour gagner, croyant que ce succès déloquerait des formes de racisme envers les noirs et les beurs. Douze ans après, la situation est pire à de nombreux égards.

 

Le Mondial permet d’évaluer la place des minorités dans le pays. Le drame actuel prouve que la France républicaine est à bout de souffle. Comme dit El Pais, « elle brûle ».


Didier Lestrade

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