Quand Gwyneth Bison m'a contacté, il y a plusieurs mois déjà, avec cette idée d'enquête sur l'autisme anglo-saxon, je n'avais pas d'idée préconçue. Il m'a envoyé le lien de la vidéo d'Amanda Baggs et ensuite j'ai compris. Et pendant des mois, Gwyneth m'a tenu au courant de son travail et je voyais qu'il flanchait, il pensait qu'il n'était pas légitime pour parler d'une condition qu'il ne vivait pas lui-même, il était impressionné par la connaissance des autres, il était en plein dilemne de «l'expertise». Je rigolais et je lui disais qu'il fallait dépasser tout ça, ce sont des pièges très bien connus que l'on s'inflige et on a tous connu ça dans le sida : où vont le médical, la science et l'information, tout un programme.
Plusieurs fois, je me suis dit que cet article génial ne serait jamais fini, que ça prenait des proportions impossibles dans un webzine (ce texte est le plus long de Minorités et ON NE FERA PAS ÇA DE SITÔT MERCI), que Gwyneth était un mytho qui allait laisser tomber pour passer à une autre obsession. J'ai même râlé, comme je fais souvent, quand un contributeur traîne, quand il me dit "Je te donnerai un article dans un an" (rires, il y a VRAIMENT des dingues qui vous disent ça vous savez, il sont fous, ouais, super, je vais t'attendre pendant un an, MDR). Je lui ai écrit pour lui dire que le sujet était magistral, qu'il allait dans plein de directions (gay, trans, sida, gauchisme et toutes ces références formidables offertes au passage comme l'Orda d'Oro). Ceci n'est pas seulement une enquête qui vous rassemble une foule de liens hypertexte triés-sur-le-volet (comme on dit) autour du sujet de l'autisme, c'est tout le déroulement mental d'un supernerd qui décrit son attraction vers un sujet qui le dépasse et qu'il finit par maitriser comme très peu de personnes. Ce n'est pas un article de Psychologie sur l'autisme, c'est un master exercice à la Minorités, de la part d'un mec que je ne connaissais pas et que j'ai fini par adorer à force de lire ses blagues (car ce texte est drôle en plus). Alors je m'en fous si c'est lundi, si c'est la fête de la musique ce soir et si vous allez sortir pour vous amuser, rien ne presse, ce texte sera toujours là chez Minorités demain pour le lire, mais je dois vous dire que je suis fier de ce truc, ça va loin. Et je n'ai même pas rencontré ce Gwyneth. Thank the Lord for geeks.
Jean-Louis Touton, voilà une autre belle rencontre de FB. On reconnaît des frères quand ils laissent des commentaires qui vous rapprochent d'eux, politiquement. Je lui ai demandé d'écrire un texte sur le niqab, car on a le même point de vue, et sa première version était très belle. Cela s'appelait "Jean-Louis et le garçon arabe" et c'était très personnel, peut-être trop, c'est pour ça qu'il a écrit une deuxième version que j'aime aussi beaucoup. Dans quelque temps, on aura le point de vue d'un autre gay radical à gauche sur le même sujet, qui est presque à l'opposé de ce que dit Jean-Louis, et puis il y aura le texte hypralong de Madjid, qui lui aussi a un point de vue différent. Bref, on commence à être pas mal de gays sur ce site à s'exprimer sur le sujet de l'islamophobie et cette dynamique permet de formuler des idées ou des attentes qui ne sont absolument pas reprises par les assoces LGBT ou les partis politiques, heu, traditionnels. Ce dont on parle ici, c'est du droit à la prière versus le droit à la partouze (pour résumer) et Jean-Louis considère qu'on ne peut pas accorder l'un sans accorder l'autre non plus. Et au centre de tout ça, l'esprit républicain que d'autres louent - et qui nous pompe à nous.
Oui, cet esprit républicain de gauche bien pensante nous pompe, car on sait très bien que c'est la base de l'arnaque des minorités dans ce pays. En interviewant Ludovic Lotfi Mohamed Zahed, le porte parole de HM2F, je me doutais bien que ce serait là une imite à notre conversation. Pas question d'aller très loin dans l'analyse politique à partir d'une réserve que je comprends bien, mais qui déçoit. Je respecte le Beit Haverim et David et Jonathan, mais ce sont des associations LGBT qui pourraient exprimer des sentiments plus courageux, puisqu'elles sont l'espace associatif manquant entre nous et des des religions qui ne sont pas tendres avec ce que nous sommes. Dire que la gestion des lieux de cultes musulmans en France est OK à partir de l'exemple du département de la Seine Saint-Denis, c'est botter en touche. Ne pas s'affirmer face à un blocus de Gaza qui dure depuis trois ans, ok, mais c'est triste. D'un autre côté, c'est une association jeune qui a déjà beaucoup fait, son porte-parole est sincère, ce débat arrive au bon moment et je sais qu'un groupe de personnes qui se rassemble ne peut pas tout faire la première année, c'est normal. Donc on souhaite à HM2F tout le courage qu'il leur faudra, on espère qu'ils seront invités et écoutés, comme ils l'ont été à Minorités.