par Zackie Achmat - Dimanche 06 juin 2010
Zackie Achmat, 48 ans, est le fondateur de la principale association de lutte contre le sida en Afrique du Sud, Treatment Action Campaign. Il est membre de l'ANC et a participé à la fin de l'apartheid dans son pays.
Nous avons appris que l’équipe de la Ville de Toronto a demandé à Pride Toronto d’empêcher Queers Against Israeli Apartheid (QuAIA) (Queers contre l’Apartheid Israëlien) de participer à sa parade annuelle revendiquant la liberté, l’égalité et la dignité pour tous. La municipalité a menacé de retirer son soutien financier à Pride Toronto, dans le cas contraire. Nous avons aussi appris que le conseiller homophobe et de droite Giorgio Mammoliti tente de faire passer une motion en ce sens au sein du Conseil Municipal de Toronto.
L
es tentatives des défenseurs d’Israël de faire bannir QuAIA est un signe d’intolérance politique et une tentative pour rallier la complicité de Pride Toronto dans l’Occupation de la Palestine. Comme vous le savez, l’Assemblée Générale de l’ONU a demandé à l’armée Israélienne de répondre des accusations de crimes de guerre contre le peuple de Gaza. Réduire au silence ceux qui critiquent Israël implique qu’on les soutient dans ses crimes.
Les activistes d’Afrique du Sud, qui étaient déjà actifs dans les années 80, se souviennent très bien du courage des activistes du monde entier et particulièrement du Canada dans leur soutien de la lutte anti-apartheid. Nous nous souvenons du travail des Canadiens qui soutenaient notre lutte alors – particulièrement ceux de la communauté LBGTIQ. Quand John Greyson a réalisé son documentaire A Moffie Called Simon sur la vie de Simon Nkoli, il a connecté l’oppression en termes d’orientation sexuelle à la lutte plus vaste des droits de l’homme pour tous.
Nous n’oublierons jamais que l’État d’Israël a armé le gouvernement de la minorité blanche pour tuer notre peuple, bombarder des pays voisins et fabriquer des bombes nucléaires. Notre lutte de libération l’a emporté contre la force armée de l’Etat d’apartheid grâce au soutien international.
Pour nous en Afrique du Sud, la ségrégation brutale des Palestiniens, le contrôle des mouvements de population par des check points, des permis, des détentions sans procès, la torture, les assassinats extrajudiciaires, la confiscation des terres, la censure de la presse, le harcèlement des Juifs Israéliens, nous rappellent de façon bien trop claire le système de l’apartheid. Les Palestiniens luttent pour leur liberté depuis plus de 50 ans.
Critiquer Israël ≠ Antisémitisme
Critiquer n’importe quel État est un droit fondamental pour n’importe quelle personne et ce droit doit être protégé. Les apologistes de l’apartheid d’Israël suggèrent que critiquer ses actions et ses crimes, et ceux de son armée, est un discours de « haine » antisémite. Ceci est une tactique discréditée, utilisée aussi bien contre les Juifs dissidents de l’intérieur et de l’extérieur, que contre les gens qui s’opposent à l’occupation et aux crimes de guerre d’Israël.
Récemment, notre pays a été témoin des tactiques fascistes des apologistes d’Israël, avec à leur tête La Fédération Sioniste d’Afrique du Sud, voulant bannir Richard Goldstone de la bar mitzvah de son petit-fils. Cette décision a été annulée grâce à l’émotion suscitée largement dans l’ensemble du pays ainsi que la majorité de la communauté juive d’Afrique du Sud, pourtant presque tous en désaccord avec le Rapport Goldstone.
Un deuxième argument de paille utilisé par les apologistes d’Israël suggère que ce pays est une oasis queer dans une mer d’homophobie qui fait que les membres de la communauté LGBTI sont exécutés, torturés, excommuniés et emprisonnés. Cet argument implique que les membres de la communauté LGBTI devraient soutenir la guerre quotidienne d’Israël contre le peuple Palestinien, ou devraient s’autocensurer dans les dîners et la sphère publique.
Les dictatures du Moyen-Orient, y compris celles qui soutiennent Israël comme l’Egypte ou la Jordanie, oppriment une grande majorité de leurs peuples, y compris les membres des communautés LGBTI. C’est le devoir des activistes de soutenir les mouvements pour la démocratie dans des pays comme l’Egypte et l’Iran, parce qu’ils aideront à l’accès à la liberté de tout le monde, y compris les LGBTI.
Nous espérons que Toronto Pride se souviendra de la tradition de la lutte anti-apartheid et ne capitulera pas devant ceux qui veulent manipuler le soutien financier pour affaiblir la démocratie.
Nous demandons le droit
d'avoir nos propres opinions politiques
et au pluralisme des opinions
Nous demandons à Pride Toronto d’affirmer le droit démocratique de tous les membres de la communauté LGBTI d’avoir et d’exprimer leurs différentes opinions politiques. Pride Toronto n’a pas à adopter la plateforme politique de QuAIA, mais doit affirmer le droit au pluralisme.
Nous soutenons la liberté et la justice pour tout le peuple Palestinien (en Israël, dans les Territoires Occupés et tous les réfugiés exilés) et nous soutenons la liberté et la sécurité pour tout le peuple Juif d’Israël.
Cette lettre est signée par des personnes qui vivent et travaillent en Afrique du Sud et par nos amis à l’étranger.
Yours sincerely,
Notes
Traduction : Sébastien Lucaire