Obama a peur de l’eau

La mer n’est pas gentille avec Obama. Sur deux fronts au moins, l’élément liquide est source de crises qui semblent aujourd’hui impossibles à résoudre car elles sont le résultat de nombreuses années d’erreurs stratégiques et de mauvais choix politiques. La marée noire du Golfe du Mexique se mélange à la mer de sang de la Méditerranée.

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Didier Lestrade

par Didier Lestrade - Dimanche 06 juin 2010

Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.

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La mer n’est pas gentille avec Obama. Sur deux fronts au moins, l’élément liquide est source de crises qui semblent aujourd’hui impossibles à résoudre car elles sont le résultat de nombreuses années d’erreurs stratégiques et de mauvais choix politiques. La marée noire du Golfe du Mexique se mélange à la mer de sang de la Méditerranée.

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bama est un chat. Il est racé et intelligent comme un félin, mais il n’aime pas l’eau, c’est son moindre défaut. Quand on le voit sur les rivages de la Louisiane, c’est en tenue décontractée du vendredi, touchant du bout du doigt des boules humides de mazout qui s’échouent sur les plages. Bien sûr, on ne va pas lui demander d’adopter une posture à la Bush, qui aurait enfilé un gilet de sauvetage pour s’approcher du puis de BP sur un bateau militaire, avec une option embruns pour la photo. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que nous approchons des 7 semaines depuis l’explosion de la plate-forme pétrolière et Obama ne s’est pas mouillé, dans tous les sens.

Il laisse la responsabilité financière et légale à BP, chargeant au maximum la facture du géant pétrolier, tout en prenant le risque de ne pas résoudre lui-même la plus grande catastrophe écologique américaine de tous les temps. Les médias américains disent désormais qu’il faudra peut-être attendre le mois d’août pour résoudre ce cauchemar. Avec la saison des ouragans qui commence, il faudra peut-être voir cette pollution continuer jusqu'en septembre. Et même si les dernières nouvelles laissent espérer une solution de la part de BP, les précédentes initiatives ont toutes échoué.

 

De l’autre côté, plus près de chez nous, Obama est aussi prisonnier de la mer. La Méditerranée lui offre l’occasion de transformer sa politique au Moyen-Orient, mais il ne veut toujours rien faire. Une flottille pacifiste est attaquée dans les eaux internationales par les forces armées israéliennes, des personnes sont tuées, d’autres sont blessées, et le monde entier crie sa colère devant un nouvel échec tactique d’Israël, un autre exemple d’impunité répétée qui ne serait accordée à aucun autre pays au monde.

 

C’est par la mer que le blocus de Gaza peut désormais se fragiliser car de nouvelles flottilles sont en vue et l’été qui arrive va entraîner des armadas de bateaux, petits et grands, qui vont tous se diriger vers Gaza, dans le plus grand mouvement de désobéissance civile internationale de l’histoire moderne. Ce qui est exactement le but de la désobéissance civile : utiliser la force de son adversaire pour en faire une faiblesse. Quoi que fasse Israël, il sera vu comme le pirate des eaux internationales, et non leur protecteur. Gaza sera l'aimant des petites embarcations aux vaisseaux venus de tous les pays qui bordent la Méditerranée, tous hostiles à la politique d’Israël, qui va subir poke après poke, jusqu’à la conférence internationale sur le Moyen-Orient de septembre, voulue par Obama.

 

Donc, la destination de cet été n’est pas Tel-Aviv, mais bien Gaza. C’est maintenant ou jamais. Tout le monde sait qu’Obama ne peut tenir bien longtemps face à l’isolement grandissant d’Israël au niveau mondial. La phrase est désormais célèbre : « from an asset to a burden ». Le gouvernement israélien n’est plus un atout, c’est un poids mort. Bien sûr, il reste trois longs mois avant cette conférence internationale et il ne faut pas croire que le gouvernement israélien restera les bras croisés, à attendre que tous les pays de la région lui tapent sur les mains, puisque l’armée israélienne reste la plus forte. Il suffirait d’un attentat palestinien pour que tout revienne comme avant et qu’Israël retrouve son statut de persécuté, après avoir été l’oppresseur. Pour tous, l'espoir de voir le blocus levé serait anéanti.

 

 

Obama les laisse s'embourber

 

Le fait est, Obama dispose, lui aussi d’une flotte conséquente dans le Golfe du Mexique ou en Méditerranée, même si ses vaisseaux ne sont pas engagés. Ils sont bien à proximité, mais ils sont off radar. Dans les deux cas, cette immense flotte américaine pourrait s‘approcher, prendre une position de témoin, prête à aider (ou pas), prête à prendre des risques d’intervention (ou pas). Pour l’instant, Obama a décidé de laisser BP s’embourber, au risque de voir s’aggraver les conséquences écologiques et financières désastreuses pour le sud des Etats-Unis. Il a aussi décidé de laisser Israël s’embourber dans ses propres choix militaires risibles s’ils n’étaient pas criminels.

 

Cela fait plusieurs fois maintenant que l’armée israélienne ou le Mossad mettent au point des opérations bien en dessous de leur réputation (remember Dubaï ?). Sans oublier que les bourdes israéliennes semblent étrangement calées sur le calendrier diplomatique américain. Première gaffe sur Jérusalem ? Biden était là. Deuxième gaffe sur Jérusalem ? Bibi était à Washington. Deux jours après le massacre de la flottille, Bibi devait voir Obama à Washington à nouveau. Rendez-vous annulé de fait. Le gouvernement israélien a le don de lancer des initiatives critiquées de toutes parts au milieu de ses rencontres avec l’exécutif américain.

 

 

Des tâches sur le bateau?

 

Mon point. Obama a peur de l’eau et on dirait que ses années à Hawaï ne l’ont pas familiarisé avec la mer. C’est un vrai Black de Chicago, un état très continental, même bordé d’un lac si immense que c’est une mer à lui seul. L’homme a un problème avec les vagues. On l’a vu avec Haïti, où rien n’a été réparé. Je ne suis pas le seul à penser que c’est précisément sur les mers qu’Obama devrait amorcer sa transformation. Le 20 mai dernier, Thomas Friedman disait dans le NYT qu'Obama s'y prenait mal et que la crise de BP s'avérait si grave qu’elle devrait servir de déclic pour imposer à l’Amérique les choix énergétiques qu’elle refuse toujours d’adopter. Seule la marée noire actuelle et à venir pourrait contredire les cris d’encouragement du lobby pétrolier, du Tea Party et des Républicains : « Drill, Baby, drill ! ».

 

De même, à Gaza, seule cette crise actuelle pourrait lever le blocus si proche d’un système d’apartheid. L’Amérique doit se désolidariser de ce système d’apartheid précisément parce qu’il est le legs empoisonné de l’administration précédente. Obama est un président métis ayant des racines africaines proches de l’Afrique du sud. Cette honte salit l’image de l’Amérique et de son président à travers le monde, pas seulement dans les pays arabes.

 

Cet isolement s'accentue partout. Le monde entier prend ses distances avec Israël, sauf deux pays, l’Allemagne et la France. Et ces deux pays sont détestés par le peuple d’Israël de toute manière. Et Israël déteste Obama par-dessus tout. Si Obama s’approchait d’Israël aujourd’hui, il serait reçu par une nuée de cailloux qui cacherait la lumière du soleil (pour être biblique). Du côté palestinien, on parle désormais de « global intifada » ou d'intifada maritime, comme l'attestaient de nombreux slogans de la manifestation d'hier à Paris, qui en appelaient à la mer, à envoyer continuellement des bâteauxvers Gaza  jusqu'au début du ramadan.

 

Dans tous les cas, Obama préfère laisser pourrir la situation. Il n’est pas opportuniste et ne sait pas (ou ne veut pas) saisir les événements marquants de son époque (comme la crise financière) pour les chevaucher et bénéficier ainsi d’un momemtum qui seul, pourrait l’aider à surmonter les résistances qui sont face à lui. Le président américain est lent, très lent. Les gens meurent pendant qu’il réfléchit, les régions entières sont touchées par le mazout pendant qu’il consulte. Il pourrait au moins faire bouger tous ses bateaux pour les rapprocher de ces nœuds de crise, pour montrer qu’il est là, qu’il pourrait intervenir, dans le pire des cas. Mais Obama préfère ne pas salir les coques de ses jolis bateaux. Dans le Golfe du Mexique, il redoute les taches de pétrole. En Méditerranée, il redoute les taches de sang.

 

Il devra montrer beaucoup plus de courage que cela et pour prouver enfin, que nous vivons un « destin partagé » avec lui.


Didier Lestrade

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