Démission du premier ministre Japonais Yukyo Hatoyama

Tokyo (JP) — Cela n’a été une surprise pour personne, le premier ministre vient ce matin de présenter sa démission. Un peu plus inattendue a été la démission dans l’heure qui a suivi du président du Parti démocrate (民主党), Ichiro Ozawa.
Tokyo (JP) — Cela n’a été une surprise pour personne, le premier ministre vient ce matin de présenter sa démission. Un peu plus inattendue a été la démission dans l’heure qui a suivi du président du Parti démocrate (民主党), Ichiro Ozawa.

Mettre fin à la corruption

 

La victoire écrasante du principal parti d’opposition aux élections du 30 août l’an dernier laissait espérer une alternance qui pourrait sortir le pays de la crise politique et économique majeure qu’il traverse depuis l’effondrement de la bulle spéculative de la fin des années 80. Armé de son Manifeste (マニフェスト), le parti dirigé par Ichiro Ozawa, un vieux routard de la politique nippone et ancien membre du parti conservateur (自民党), était parvenu à mettre en place une coalition allant de la droite conservatrice opposés à la privatisation de la poste et attachés à une politique volontariste de l’état, aux socialistes du petit Parti social-démocrate (社民党). Ce dernier reçu en gage de sa participation la renégociation des traités militaires avec les USA afin d’obtenir le départ de l’armée Américaine basée à Okinawa, à Futenma.

 

Sitôt formé, le gouvernement tenta le difficile exercice de réaliser des économies en coupant dans les budgets des travaux publics, cette véritable machine à corruption de l’ancienne majorité conservatrice, et de tenir ses promesses en direction des salariés, notamment avec la création d’une allocation familiale d’un montant significatif, la gratuité de l’éducation jusqu’au lycée, et la fixation d’objectif de réduction des émissions de gaz carboniques ambitieux.

 

Pourtant, très rapidement, le premier ministre fut rattrapé par une affaire de prêt que sa mère lui avait consenti sans que ce fut déclaré aux impôts. Pire, un des secrétaires de Ichiro Ozawa commença à expliquer les mécanismes de financement du Parti Démocrate, faisant flotter une atmosphère de fin de règne un mois après la formation du gouvernement. Le soutient populaire, plus de 75% le premier mois, commença son déclin. Il n’était plus que de 17% lundi 31 mai.

 

 

Coup de grâce à l'international

 

C’est pourtant sur les questions internationales que le premier ministre reçu son coup de grâce, avec le départ de la ministre de la consommation, la socialiste Mizuho Fukushima. Celle-ci mettait un point d’honneur à ce que l’armée américaine quitte Okinawa. Or, après que l’administration Obama ait fait part de ses profondes réserves (voir note), le premier ministre a cherché une conciliation, montrant à l’opinion publique et son indécision, et son incapacité à imposer un rapport de force avec les USA. Parallèlement, le parti conservateur mettait en avant le caractère privilégié de l’alliance avec les USA que le gouvernement menaçait.

 

La crise Coréenne exacerbée depuis une dizaine de jours a sans doute conduit le premier ministre à clarifier sa position brutalement, et à accepter une relocation, et non plus le départ, de l’armée US sur une autre île de l’atoll d’Okinawa, entrainant de facto le départ de la socialiste Mizuho Fukushima. Lundi, celle-ci proposait à son parti de quitter la coalition et ne pas voter la confiance au gouvernement, tout en ne refusant pas de revoir sa position si le premier ministre venait à démissionner. Parallèlement, depuis plusieurs semaines, des voies réclamaient le départ de Yukyo Hatoyama et la démission de Ichiro Ozawa. Ce qui est donc désormais chose faite depuis ce matin.

 

 

Un coup dur pour les minorités

 

Une crise politique est maintenant ouverte : le Parti Démocrate doit trouver un premier ministre ayant la capacité d’incarner un retour aux ambitions nées des élections l’an dernier et capable également de clarifier sa politique étrangère. Chacun a remarqué ici l’effacement de l’archipel lors du tremblement de terre à Haiti, et cette crise gouvernementale intervient alors que la Corée du Nord menace l’équilibre de la région, et au moment où le Proche-Orient semble rentrer dans une nouvelle étape de son enlisement dans la violence.

 

Quelques faits qui passeront inaperçu dans la presse généraliste : en perdant Mizuho Fukushima, les minorités sexuelles perdent la seule alliée qu’ils comptaient dans le gouvernement. Enfin, la démission de Ichiro Ozawa remettra sans doute en cause la volonté du Parti Démocrate à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales, dont il était un fervent défenseur.

 

 

— Note: pour rappel, la base militaire d’Okinawa a été utilisée pour l’envoi de troupes américaines durant la guerre de Corée entre 1951 et 1953, pendant la guerre du Vietnam entre 1963 et 1975 et sert de base pour l’envoi de troupes en Afghanistan.


Madjid Ben Chikh