Identité (homo)sexuelle, guerre des générations?

L’identité sexuelle (du genre / sexuée) c’est la référence extérieure (vue par les autres) du genre de son sexe génétique, au choix limité femme / homme. Les deux genres fondamentaux de l’humanité occidentale. En gros, on a le choix entre Adam ou Eve (Ken ou Barbie), qu'on représente nus, mais déjà dotés des critères féminins ou masculins (l'une avec des cheveux longs, les jambes épilées, l'autre avec une feuille de vigne devant le sexe et les cheveux courts). Les choses sont assez limpides, l’identité sexuelle implique pour le genre féminin de porter cheveux longs, jupes et talons hauts, pour celui masculin de porter poils, slips et cravate. Ça c’est pour la théorie. 

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Mike Nietomertz

par Mike Nietomertz - Samedi 08 mai 2010

Exilé politique à Paris depuis dix ans, journaliste et vidéaste de 31 ans (PREF mag, pinkTV, HomoMicro, UWM Post...), Mike travaille et étudie les sexualités, écrit et réalise des films sur le romantisme nihiliste et le nihilisme romantique de sa génération.

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L’identité sexuelle (du genre / sexuée) c’est la référence extérieure (vue par les autres) du genre de son sexe génétique, au choix limité femme / homme. Les deux genres fondamentaux de l’humanité occidentale. En gros, on a le choix entre Adam ou Eve (Ken ou Barbie), qu'on représente nus, mais déjà dotés des critères féminins ou masculins (l'une avec des cheveux longs, les jambes épilées, l'autre avec une feuille de vigne devant le sexe et les cheveux courts). Les choses sont assez limpides, l’identité sexuelle implique pour le genre féminin de porter cheveux longs, jupes et talons hauts, pour celui masculin de porter poils, slips et cravate. Ça c’est pour la théorie. 

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ans la réalité, les choses ne sont pas aussi simples, notamment dans le cadre de l’homosexualité. Avant tout parce qu’au-delà du genre sexuel qu’ils représentent aux yeux des autres, les attributs masculins et féminins ne trouvent d’écho que dans leur différence, c’est la fameuse guerre des sexes qui, en réalité, sous-tend le terreau d’un natalisme qu’on nous impose à travers une attirance larvée pour la différence. Ce que je veux dire, c'est qu'on agite le drapeau de la différence entre les sexes pour faire s'attirer irrémédiablement ces deux « opposés », comme si on avait peur qu'ils ne s'attirent pas naturellement, voire même pire, qu'ils se confondent faute d'être différencié.

Ainsi l'éducation du petit garçon consiste à en faire le contraire d'une fille: on lui interdit tous les jeux et apparats féminins, quand bien même l'enfant aurait une tendance naturelle à découvrir chaque chose, à s'approprier chaque chose. On lui explique que les Barbie c'est pour les filles, les cheveux longs et les jupes aussi, les talons hauts et le maquillage, c'est pour les mamans (comprendre pour sa future femme). Pas pour lui, lui c'est les voitures et les jeux de baballe, le bricolage et les trucs de garçons, comme papa. Pour exprimer son attirance vers ces choses interdites (avec l'excitation et la honte qui en découlent de fait), l'enfant devenu adolescent n'aura pour seule possibilité que de s'intéresser de près à la gente féminine, s'y intéresser en tant que garçon déjà éduqué et formé en tant qu’homme-personne-différente, j'entends.

 

 

Baballe vs poupée

 

Pour l'enfant fille, c'est le même topo. Pas de jeux de ballons ou de jeux de voitures, c'est réservé aux garçons.  Des jupes et des trucs à se mettre dans les cheveux, une caisse de supermarché électronique en plastique et de la dînette, de jolies culottes précurseurs des sous-vêtements coquins (et au passage instrumentalisation de la sexualité précoce). Interdiction de se toucher le minou, d'y introduire quoi que ce soit, ça aussi c'est réservé aux garçons, eux seuls y pourront introduire ce qu'ils veulent (sous-entendu leur petit robinet). La frustration qui en découle impose à l'enfant fille le sentiment qu'elle a besoin de quelqu'un (de masculin) pour être « remplie par un robinet », ce qui sous-entend qu'elle n'est qu'une ouverture béante en attente. C'est la dépendance à la bite qu'elle ne ressentait pas forcément naturellement.

 

Cette mise en caste des garçons et filles dans leur éducation et quand ils grandissent, dans le formatage d'une société paritaire, les oppose tout en jouant de la frustration qu'ils ressentent pour la chose interdite (l'autre sexe). À l'adolescence, à l'âge adulte, la société transforme cette blessure de l'enfance, cette frustration en boulevard: les garçons et les filles peuvent enfin se mélanger. Les garçons curieux des choses des femmes pourront en apprendre enfin plus, même si la honte de goûter aux choses des femmes est tellement inscrite en eux qu'ils n'oseront pas porter les talons hauts et le maquillage de leur copine, à moins de le faire seul et en cachette. Les filles, ouverture béante incarnée, pourront enfin être remplies, jouer avec le slip de leur copain qui imprime la forme de leur sexe, sentir des chaussettes qui puent la sueur et découvrir le poil (cette naturalité qui n'existe pas sur leur corps, le poil n'étant pas un attribut féminin, ces demoiselles sont priées de les faire disparaître et feindre n'en avoir jamais eu). D'où un mélange sexuel impulsé par la frustration, d'où un natalisme forcené. Par natalisme, j'entends le sentiment que les gouvernements ont de devoir veiller à la natalité de leur peuple, ce sentiment qu'ils doivent veiller à ce que la reproduction ait lieu à chaque génération comme si ils n'avaient que cette raison d'être. N'y a-t-il pas des organismes chargés chaque année de calculer précisément à la décimale près le nombre d'enfant potentiellement enfanté dans chaque pays pour chaque femme? Ne dit-on pas des pays dont la natalité est négative qu'ils sont en danger?

 

Par ailleurs ne met-on pas en scène le côté « père de famille » de nos présidents, ces bons pères de famille dirigeant tout le pays comme une seule famille ? Leur âge est décortiqué pendant les campagnes, le nombre de leurs enfants, leur relation matrimoniale, etc. C’est comme si on élisait / choisissait le « père de la nation », celui qui nous montre le modèle masculin hétéronazi, d’où la difficulté à envisager une femme à la tête de l’état, hein quoi, l’exemple de Ségolène Royal comme père de la nation? Cette dernière l’ayant bien compris, elle jouait de sa féminité en l’exacerbant. Taire sa féminité ou l’exacerber, il n’y avait que peu d’initiative, et tant qu’à avouer avoir un vagin au lieu d’une bite, autant en jouer. L’exemple aussi d’un père noir de la nation (blanche). Je précise nation blanche non pas parce que je pense que les Etats-Unis sont une nation blanche, mais parce que je pense que le peuple blanc s’y croit majoritaire, et qu’il a eu du mal à s’envisager « fils » d’un père dont la couleur de la peau différait, quitte à mettre en avant un mère de famille Républicaine présentée comme une mère de famille, fut-ce d'une famille problématique (mais dans le fond proche de ce que vit le peuple avec sa propre famille).

 

 

Clivage méta-sociétal homme / femme

 

Ce clivage méta-sociétal, cette opposition homme / femme nie le fait homosexuel, celui-ci n’étant structuré ni autour de la reproduction, ni autour de la différence (des sexes). De fait, de même que la culture (religion, histoire, naturalisme simpliste) a créée ce clivage, (culture par opposition à la nature), c’est la culture à qui font appel celles et ceux dont l’identité sexuelle n’est pas basée sur la reproduction du modèle identitaire sexuel parental ou sociétal (en gros ceux qui se détachent de l'hétérosexualisme imposé, homosexuel et genre indéterminé pour les citer). J'écris que c'est la culture qui détermine les identités sexuelles parce que je pense aux cultures qui ne sont pas occidentales et dans lesquels le partage des sexes n'induit pas les mêmes critères d'identités sexuels ni les mêmes nécessités de reproduction forcenée (mais d'autres nécessités reproductives).

 

Pour faire court, prenons l'exemple des Mahus de Tahiti (je ne citerai qu'eux), aînés de leur famille, éduqués comme des filles pour les besoins d'éducation et de répartition des rôles dans la famille. La mère étant dévouée à l'enfantement, le Mahus est une « mère de substitution » pour l'éducation des enfants. Véritables garçons « génétiques », les Mahus sont élevés comme des filles au point qu'ils se sont appropriés les critères féminins d'identité sexuelle, mais aussi le comportement, pour le plus grand plaisir des militaires US et du marché de la prostitution locale. Le vrai paradoxe réside dans le fait qu'à part leur sexe masculin, ces personnes sont des femmes. Leurs muscles ne sont pas développés, leurs cheveux sont longs, leurs apparats féminins, leurs voix, leurs gestes, leurs douceurs, leur soumission, leur absence de poils, tout en eux reflète une parfaite femme. Leur découverte a bien évidemment créé un choc pour nos anthropologues, lesquels ne connaissaient jusqu'alors que les eunuques Indiens pour le genre inversé.

 

Ce petit exemple que j'ai choisi parce qu'il reprend nos critères occidents de différenciation sexuelle illustre simplement que c'est bien la culture qui joue là un rôle majeur. Comme je l'ai écris précédemment, de même que c’est la culture qui nous attribue des critères sexuels, c'est la culture à qui font appel celles et ceux dont l’identité sexuelle n’est pas basée sur la reproduction du modèle identitaire sexuel parental ou sociétal. Ce que j'entends par là, c'est qu'on devrait constater au sein de la population homosexuel(le) une culture commune (cette culture de la reproduction des modèles, fille comme maman, garçon comme papa et pédé/lesbienne comme... les autres pédés/lesbiennes, les « référents »).

 

J'ai même envie de dire plus, j'ai envie de dire qu'on devrait constater une culture commune chez les pédés/lesbiennes, mais également assister à une continuation culturelle entre les générations montantes et les générations installées, de même qu'entre pédés/lesbiennes des générations installées et ceux/celles des générations plus âgées. Ce n’est pas le cas. Chaque année les quartiers dits « gay » du monde occidental entier entonnent leur couplet sur la désertion des jeunes générations, lesquelles regrettent la solidarité et l’action militante qui ont eu lieue auparavant et dont ils ont une vague connaissance, quant aux plus anciens, ils se sentent inexistants et non reconnus. La continuation serait-elle en rupture? Notre culture commune est-elle en danger? Alors quoi? Si ce n'est pas amour et continuation culturelle, c'est la guerre? L’identité (homo)sexuelle et à travers elle le spectre de la culture homosexuelle cacherait-elle une guerre des générations ?

 

 

(Notre ?) identité homosexuelle.

 

Je l’ai écrit, l’identité sexuelle est la référence extérieure du genre de son sexe. Mais j’ai rajouté que ce référencement sous-tendait une différenciation homme / femme, laquelle trouvait son origine dans le besoin de la société de faire s’attirer entre eux (et uniquement) ses deux reproducteurs que sont l’homme et la femme. Or dans le cadre de l’homosexualité, dans le cadre d’une attirance homme / homme et femme / femme, quels sont les attributs qui doivent être mis en avant ? Un homme qui veut attirer un homme doit-il jouer de sa féminité ? Ne sont-ce pas les pédés que l’on désigne comme étant des garçons fluets, ou gracieux ? N’a-t-on jamais rencontré de garçons attirés par les femmes qui cependant soient fluet ou gracieux ? De même qu’une femme qui joue au football/ boit de la bière/ pète/ garde ses poils est-elle nécessairement une gouine ? La femme hétérosexuelle ne boit-elle pas de bière, ne pète-t-elle pas, n'a-t-elle pas de poils?

 

Pour revenir à l’homosexualité, il me semble important de revenir aux sources de notre culture et de préciser que notre identité sexuelle s’est développée sur un paradigme assez simple: si on me rejette parce que je suis différent, et si je ne suis pas seul à être « différent », alors autant faire de cette différence partagée une fierté! La culture gay est une culture d'inversion de la honte en fierté, un peu sur le modèle du peuple Noir. Notre culture a de fait été bâtie faute de ne pouvoir adhérer à la culture normative, peut-être aussi par besoin. Pas envie de jouer à papa / maman, besoin d’être attiré par un homme sans cependant renoncer à ma masculinité. Besoin d’être attirée par une femme sans pour autant renoncer à ma féminité. Comment fait-on?

 

On se réfère, aux autres, aux anciens, aux pairs, aux gens « comme nous ». C'est le sceptre de la culture LGBTI: un drapeau commun, des hymnes communes (Qui est qui, I will survive, etc), des modèles choisis dans la culture dominante (Barbara, Dalida, Madonna, Mylène Farmer, Lara Fabian, CocoRosie, The XX, Lady gaga), un langage commun (bottom, butt, top, actif, passif, ton boule, TBM, TTBM, donneur, receveur, etc), une littérature propre (Wilde, Rimbaud, Genet, Bourroughs, Guibert, Renaud Camus, Julien Cendre, Christophe Lucquin, etc), des artistes plébiscités (Gilbert and Georges, Pierre et Gilles, Mame Diarra Niang, Nane Goldin, Claire Burger et Marie Amachoukeli, Ryan McGinley, Timothée Talard, etc).

 

Une culture commune = un groupe commun?  Serions-nous un peu comme les Juifs avant la création d'Israël, peuple apatride qui a su faire vivre sa culture à travers les siècles bien que chaque membre était disséminé (mais regroupé) dans des villes dominées par une culture différente? Serions-nous non pas les fils d'Abraham, mais les fils de Sodome et Gomhorre? À l'origine de notre culture, le paradigme sus évoqué, mais aussi beaucoup de pragmatisme. Il a en effet fallu faire comprendre, d’abord discrètement, « que nous en étions ». Et une fois que ce fait était avéré, que nous étions attiré les uns par les autres.

 

Je ne parle pas d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais d'un temps que même les plus de vingt ans ne doivent plus connaître. Pour jouer de la drague, chaque génération a apporté ses bouleversements, poussant légèrement du coude les codes de la génération précédente, laquelle adhérait souvent sur le tard aux nouveaux codes. Ainsi chez les pédés, pour la faire courte, les vieux garçons bourgeois ont laissés la place aux garçons encravatés de la rue Sainte Anne, lesquels ont laissés peu à peu place aux garçons cuir et bandana de couleur (chaque couleur renvoyant à une pratique sexuelle), lesquels ont vu débarquer les « Californiens » dans le Marais, puis les « futuristes » technoïdes disséminés dans les villes. Jolie continuation, rythmée et animée. Après c’est la rupture. Les nouveaux arrivants se sont désolidarisés du groupe, des codes, des pratiques de rencontre / réunion communes, de la tradition de combat et même des lieux, on est resté sur notre faim avec les garçons aux cheveux teint en argenté qui dansaient sous ecstasy sur les remix de Dalida au Queen pendant les garçons lesbiens dansaient sur le remix de Cherchez le Garçon en buvant de la bière.

 

 

Non au gay-tto !

 

Seule reste cette tendance tenace des anciennes générations à essayer de coller au nouveau modèle. Quid de la drague alentours les vespasiennes et les gares ? Une prostitution vague. Quid des manifestations solidaires ? Réservées aux groupes dits radicaux. Les forces de police, nos ennemis d’hier ? Des soutiens, formés au « cas » homosexuel, abritant un groupe gay en leur sein, et enfin, chargés de notre défense en cas d’insultes (on dit « discriminations », maintenant). Je vais même aller plus loin, le mariage hétéro-normé, ce spectre de notre rejet dans la société? Aujourd’hui, une formalité de la vie homosexuelle (avec la possibilité de se sous marier). Les jeunes pédés sur internet? Ils rejettent les vieux. Les vieux pédés sur internet? Ils font la gueule, se sentent isolés, inutiles, quand ils arrivent à comprendre quelque chose au MDR, FILF, DDL et autres inventions du e-langage. On a tous rencontré un « bébé pédé » (un jeune homosexuel d'une vingtaine d'années) qui avait une grande maturité et qui, pourtant, ne savait pas « enclencher » le sexe en couple? Combien de bébés pédés savent répondre aux avances sexuelles sans être capables de manier la danse érotique? Combien d'entre nous avons commencé notre vie sexuelle avec un « papa de substitution », à savoir un mec un peu plus âgé qui nous a parrainé dans cette découverte d'un crypto-univers jusqu'alors inconnu et pourtant qui nous attendait et semblait fait pour nous?

 

De nos jours, être bisexuel tient de la révolte adolescente. On se dit bi au lycée, on flirte un peu à droite à gauche, mais il semble que « l'être homosexuel(le) » s'est noyé dans la modernité. Il semble que le long parcours pour sa propre acceptation de son désir ne soit plus un problème, que les parents modernes trouvent cela tellement normal d'aimer son propre sexe. Or l'inversion de la honte en fierté qui forme notre culture est aussi le reflet de notre combat primaire. Être gay, c'est aussi avoir souffert de l'être, et avoir accepté de l'être, et enfin d'en être fier. Sans ce combat, l'homosexualité telle qu'on se l'est toujours représentée a-t-elle des raisons d'exister? Sans avoir personnellement souffert, sans avoir ressenti son être comme touchée d’une anormalité, ressent-on autant qu’on a pu le faire auparavant, ce besoin de trouver un groupe, une normalisation dans son anormalité ?

 

Les jeunes ne veulent plus de quartiers ghetto (gay-tto?), ne veulent plus de cette mise à l’écart volontaire, cette exacerbation du rejet comme une fierté. Ils ne se reconnaissent pas parmi leurs pairs, ils semblent ne plus avoir besoin d'eux pour se vivre « gay ». Ce rejet n'est-il pas une déclaration de guerre? Ne doit pas réveiller nos démons de guerriers endormis et se remettre au combat? Ou alors, remise en question oblige, ne sommes nous pas devenus tellement rasoirs pour eux qu'ils se passent volontiers de notre présence?

 

 

C'est la faute à kiki ?

 

Les anciennes générations homosexuelles ont menés des combats qui ont portés leurs fruits. Merci à vous. Et maintenant, on a presque tous les droits, d’exister, de vivre ensemble, de s’embrasser dans la rue (enfin, on devrait l’avoir), de se présenter à des élections, et même de se présenter à nos parents respectifs (pour ceux qui insistent uniquement). Bien sûr, il y a encore tellement à faire. Mais on a obtenu assez pour s’en contenter. On a obtenu assez pour que l’homosexualité adolescente soit chaque jour plus acceptée (je ne nie pas évidemment que des agressions homophobes ont toujours lieues, ni même que certaines personnes souffrent encore d’être homosexuel(le), et si l’homosexualité ne renvoient plus ses victimes à l’anormalité, alors il devient compréhensible que le besoin de « se normaliser » en fréquentant d’autres « anormaux » devienne moins prégnante. 

 

On a obtenu assez et surtout, ce qui a été obtenu a servi à nous museler. Prenant l’exemple du président actuel, qui a permit que les signataires d’un PACS bénéficient de droits au niveau de l’imposition identiques à ceux des couples mariés. Une mesure encourageante pour aller vers le mariage gay ? Oui, à ceci près qu’elle a été amendée dans l’unique but de permettre à cet opposant ferme au mariage de refuser d’un trait de plume toutes demandes dans ce sens, tout en prétendant ne pas être homophobe. Le problème de l'acceptation du mariage gay au plus haut niveau réside dans cette raison d’être des dirigeants de veiller à la natalité dans leur près carré.

 

Et les plus anciens d'entre nous de se demander : le mariage gay, mais pourquoi faire ? Ces plus anciens qui se sont toujours battus contre l’institution maritale, comprenant bien avant les autres que c’était l’institution entière qu’il fallait renverser, et bâtir la société sur un autre modèle plutôt qu'essayer lamentablement d'y adhérer. Faute de d’avoir été renversée, les velléités modernes tentent de se mettre à la colle avec cette institution putride sans comprendre qu’ils y perdront leur plume de « metteur en cause de la société ». Parce que le mariage gay n’est plus qu’à deux doigts d’avoir lieu, on l’a même vu sur le programme électoral du PS aux dernières présidentielles. En ces temps difficiles de crises mondiales, les seuls progrès consistent à devenir facilitateur de mesures sociales à moindre coût. Luttant contre la peur de voir  tout le monde devenir gay (cette crainte est réelle), certains pays (avec beaucoup de mal) se mettent au mariage gay parce que dans le fond ça coûte pas si cher que ça (il paraît même que ça finirait par rapporter de permettre à cette partie de la population d'engager des frais matrimoniaux). Bien sûr, je parle des pays les moins conservateurs. Bref, on est en train de tuer dans l'œuf l'existence d'un groupe différent dans la société, un groupe qui de fait est dangereux parce qu'il remet en cause (en étant heureux de sa différence) ce que la société a tellement de mal à mettre en place: l'accouplement hétérosexuel, institutionnalisé, normalisé, etc.    

 

Et puis il y a une nouvelle donne, aussi : Internet. Une simple mise en réseau des ordinateurs du monde entier ? Le moyen de se connecter virtuellement à son ou ses groupes sans quitter l’intimité de sa chambre ? Ou un vrai moyen de couper physiquement et définitivement tout lien avec l’altérité ? Ce qu’internet a véritablement changé, c’est de devenir un nouveau moyen de se confronter à la culture. A sa culture. Des sites de rencontre ont remplacé la nécessité des lieux physiques, des cartes de visites très complètes ont remplacées les codes d’appartenance à une sexualité, même le besoin physique de se confronter à son groupe pour constater que l’on est pas seul est remplacé par une virtualité étendue au monde entier. Les jeunes générations partageant notre identité ne se cachent pas, n’ont pas honte du passé. Elles trouvent plus simple et plus pratique l’emploi d’internet. Ce sont ses nouveaux codes. Elles ne pourraient pas jouer des codes des générations passées parce que ces codes ne lui ont pas été transmis, et ces codes ne lui ont pas été transmis parce que la modernité est bien plus pratique ! Dans le fond, les jeunes générations ne font que ce que les générations antérieures avaient fait avant : chercher le lien avec l’autre. Ils se servent des nouvelles technologies et négligent les rencontres à l’ancienne ? Et alors, les rencontres dans la rue ont cédé la place aux rencontres dans des lieux confinés, puis celles-ci ont cédé la place aux rencontres dans les bars clairement affichés, puis les backrooms, puis maintenant internet. Et demain ? Demain on ne sait pas, mais gageons que ce sera différent. Peut-être y aura-t-il un come back, quand la virtualité aura lassé, peut-être qu’il y aura quelque chose de mieux. Déjà, le dernier site à la mode, aka-aki prend le dessus, qui offre l'avantage de connecter les gens selon l'endroit où ils se trouvent: c’est comme si la ville était devenue une énorme boîte à cul aux possibilités illimitées. Que peut faire en comparaison sur le plan de la rencontre amoureuse ou sexuelle un bar gay au coin d'une rue, avec ses habitués, son barman, ses chiottes pas nettoyées, ses vieux posters, ses quinze clients et ses bières à 7 euros?

 

 

Le paradoxe de l’homosexualité, c’est d’avoir toujours été très prompt à mettre à profit les dernières technologies (téléphone, minitel, internet, etc.), comme si pour survivre elle en avait besoin, et de pâtir aujourd’hui de cette habilité extraordinaire à savoir se réinventer dans de nouveaux modes de communication. Les anciens regrettent que le groupe homosexuel ne soit plus le poil à gratter de la société, ce mouvement constitué qui criait au visage de la normalité le rejet qu’elle lui faisait subir, les plus jeunes eux se réinventent dans la lumière électrique de leurs ordinateurs un Smartphone dans chaque main, sans plus ressentir le besoin du groupe (mais en regrettant parfois de ne pas mener combat). Et entre les deux, entre les générations du combat et les générations über-connectées, il y a deux générations qui essaient de se coller aux nouvelles technologies, parfois hasardeusement, sans parvenir à se passer du contact physique, de la pression du groupe et de l’altérité, fut-ce dans des occasions bien moins revendicatives qu’auparavant (bien qu’on ne me fera pas croire que les anciens ne s’amusaient pas aux soirées Arcadiennes). 

 

La rupture est physique, mais elle n’est pas mentale. Les jeunes générations sont en demande de connaissance sur le mouvement. Ils sont curieux, parfois étonnés d’apprendre les combats passés. Parfois regrettent-ils même de ne pas s’y coller. Notre identité sexuelle a pris un gros coup de coude dans les côtes, mais les fondamentaux sont là : le besoin de se lier aux autres est toujours là, même si la normalisation de l’homosexualité rend le chemin à parcourir moins douloureux, et donc le besoin de survivre moins prégnant. Le groupe se réinvente, et si c’est en tournant le dos à nos vieilles pratiques, réjouissons-nous qu’il ne meurt cependant pas.


Mike Nietomertz