La Grèce ou l’identité européenne en question

Ólafsvík (IS) — La récente démission du gouvernement fédéral belge semble presque symbolique de la crise de confiance qui traverse l’Union Européenne à la faveur de la crise fiancière qui a mis dernièrement la Grèce sur le devant de la scène internationale. En Belgique, le premier ministre, Yves Leterme, vient de faire la preuve de son incapacité à rassembler et à synthétiser les courants qui traversent le pays. On doute qu’on puisse continuer à avancer dans une même direction. La question qui anime beaucoup de Belges et, plus encore, un grand nombre des habitants du nord du pays, est, en dernière analyse, de savoir si une majorité de citoyens se reconnait encore dans sa nationalité (voir notre billet). De même, les Etats européens ont fait montre d’une jolie cacophonie depuis plusieurs semaines, et tout ceci pourrait bien nous ramener à une seule question: nous sentons-nous suffisamment européens pour sauver la Grèce?
Ólafsvík (IS) — La récente démission du gouvernement fédéral belge semble presque symbolique de la crise de confiance qui traverse l’Union Européenne à la faveur de la crise fiancière qui a mis dernièrement la Grèce sur le devant de la scène internationale. En Belgique, le premier ministre, Yves Leterme, vient de faire la preuve de son incapacité à rassembler et à synthétiser les courants qui traversent le pays. On doute qu’on puisse continuer à avancer dans une même direction. La question qui anime beaucoup de Belges et, plus encore, un grand nombre des habitants du nord du pays, est, en dernière analyse, de savoir si une majorité de citoyens se reconnait encore dans sa nationalité (voir notre billet). De même, les Etats européens ont fait montre d’une jolie cacophonie depuis plusieurs semaines, et tout ceci pourrait bien nous ramener à une seule question: nous sentons-nous suffisamment européens pour sauver la Grèce?

Lignes de crédit contre austérité

 

Disons-le d’entrée de jeu, il semble, en effet, que l’Etat hellénique soit en passe d’être sauvé: nous apprenions le 2 mai dans Le Monde qu’un accord avait été trouvé et la mise à jour de ce communiqué, le 3 mai, confirmait que les premiers versements interviendraient d’ici trois semaines. L’aide, rappelons-le, prendra la forme de prêts bilatéraux entre la Grèce et les Etats européens auxquels participera le FMI (fonds monétaire international). Ce montage permet aux institutions européennes de ne pas participer au sauvetage, ce qui aurait été formellement interdit depuis le traité de Maastricht. En échange de cette planche de salut, la Grèce doit soumettre son budget à des coupes claires inédites détaillées par le quotidien français le 2 mai: retraite, secteurs publics et privés, fiscalité, rien ni personne n’échappera à la cure d’austérité.

 

 

Angela Merkel entre devoir et pressions

 

Si les coeurs européens ont battu durant des semaines dans l’attente d’une conclusion aux négociations et par crainte d’une sortie de la Grèce de la zone euro, la cause était, en fait, largement entendue. Car bien qu’en Allemagne, l’aile droite d’Angela Merkel, suggérait à la Grèce une sortie de l’union monétaire (voir l’article de M. de Vergès et Cl. Gatinois dans Le Monde du 30 avril), le remède serait probablement pire que le mal: non seulement la Grèce aurait dû dévaluer drastiquement une drachme ressuscitée pour l’occasion, mais elle aurait vu sa dette acquise, libellée en devises, augmenter au pro rata de ces dévaluations, et, partant, de voir son refinancement sur les marchés encore plus hypothéqué. Mais la zone euro en aurait souffert presque autant. Car quel serait le crédit d’une union monétaire dont les participants pourraient être chassés et condamnés à reprendre des monnaies dévaluées du fait de leur éviction? Quel investisseur courrait le risque d’acheter des titres émis dans un pays dont la devise serait susceptible de changer pour mieux se déprécier? Non, il nous apparaît que le cas grec fait plutôt figure d’exemple didactique pour les opinions publiques européennes: il faudra se serrer la ceinture partout, et ce n’est qu’à ce prix qu’on évitera la faillite.

 

Lors des récentes tergiversations, la chancelière allemande a tenu un rôle ambigu aux yeux des médias francophones. Semblant freiner des quatre fers à l’idée d’aider la Grèce, elle a soudain invité ses partenaires européens à accélérer les négociations avec l’Etat hellénique, ainsi qu’on pouvait le lire dans les colonnes du Soir du 28 avril. En réalité, les atermoiements d’Angela Merkel tiennent probablement plus aux contingences politiques allemandes qu’à un manque d’engagement européen: comme l’expliquait l’économiste M. Broyer dans le Monde du 29 avril, si les ultra-orthodoxes allemands venaient à déposer un recours devant la Cour de Karlsruhe, tout le dispositif pourrait être arrêté net au titre qu’il s’agirait d’une subvention déguisée. C’est donc à un jeu d’équilibriste que se livre Angela Merkel entre une opinion publique elle-même frappée par la crise, des adversaires prêts à tout dans un contexte électoral et la nécessité d’aider un partenaire européen au risque de voir la crise s’aggraver à la faveur d’un redoutable jeu de dominos.

 

 

Pourquoi tant d’émoi?

 

Que la crise soit profonde, nous n’en disconvenons pas, et que certains dirigeants grecs aient délibérément enjolivé les comptes nationaux, semble généralement admis, mais on est néanmoins en droit de se demander pourquoi les problèmes de la Grèce ont suscité tant d’émoi, alors que des solutions existent puisqu’on vient d’en trouver! Certes, nous avons insisté sur le côté exemplaire que l’Union Européenne veut donner à cette crise: les comptes seront surveillés de près et l’on reviendra à une stricte orthodoxie budgétaire. Le message passe, et les opinions publiques aviseront! Mais au-delà de ces admonestations presque puériles, c’est certainement notre identité européenne qui est dans la balance. Pour Christine Lagarde, interviewée le 4 mai par Le Monde, la crise grecque sert désormais de tremplin pour l’Europe, et, selon la ministre, la France se dit prête à aborder le dossier de la gouvernance économique avec l’Allemagne. Verrait-on le couple franco-allemand abonder désormais dans le sens de plus d’intégration européenne et se doter d’une vraie gouvernance économique, ainsi que Herman Van Rompuy, président du Conseil Européen, le suggérait naguère. Il faut le croire.

 

Mais nous aimerions faire une comparaison avec un cas plus lointain qui éclairera notre propos: le 2 février 2009, Le Figaro annonçait que l’Etat de Californie était à deux doigts de la faillite, et son très médiatique gouverneur, Arnold Schwarzenegger de présenter une liste de mesures rigoureuses pour redresser les finances publiques. Pourtant, bien que le poids économique de la Californie dépasse de loin celui de la Grèce, jamais l’on n’a entendu parler d’éclatement de la zone dollar. Jamais l’on n’a suggéré à la Californie de se retirer de quelque manière que ce soit des intitutions américaines.

 

 

L’identité européenne reste à construire

 

 

La raison en est simple… Même si les identités locales sont fortes aux Etats-Unis, la grande majorité des habitants se reconnait dans son identité américaine. Au contraire, dans l’Union Européenne, malgré une monnaie commune (l’euro), un parlement élu, une présidence stable, une diplomatie unifiée en devenir et un traité de Lisbonne sanctionnant un degré d’intégration jamais atteint où l’on frôle, disons-le, une structure confédérale, l’identité européenne semble en panne. Et si l’on entrevoit la possibilité de bannir un Etat de l’union monétaire, c’est certainement que nous ne le trouvons pas suffisamment proche de nous pour chercher à le sauver à tout prix.

Somme toute, derrière la stigmatisation grecque, derrière l’appellation injurieuse de PIGS (Portugal, Italy, Greece, Spain), transparait la peur de l’étranger, une peur nouvelle, la peur des aléas économiques qu’ils pourraient susciter auprès des Etats réputés économiquement vertueux. A bien y réfléchir, peut-être dans la panique de la crise certains se laissent-ils aller à une forme de xénophobie latente qui, pour toute solution, propose l’exclusion des maillons faibles et un repli vers sur une entité territoriale où des meilleures finances feraient office d’identité nationale. L’idée ferait frémir. D’ailleurs, d’un autre point de vue, ce n’est pas la première fois que l’Union Européenne serait l’accusée par défaut des remous qui font tanguer le navire Europe. Ainsi, lors de la récente crise des transports aériens lors du nuage de cendres islandais n’a-t-on pas reproché à l’Union sa gestion de l’événement alors que seuls les Etats ont compétence pour agir dans leur espace aérien (voir ici)!

 

 

Des carences à combler

 

Cependant, pour l’heure, les dangers qui menacent la Grèce, semblent se résorber et la raison a repris le dessus: l’Etat hellénique est un partenaire à part entière et si certains de ses décideurs n’ont pas été à la hauteur de leur mission quand ils étaient aux rênes de l’Etat, ce doit être une raison supplémentaire pour nous de nous rapprocher et d’aider les Grecs à mettre de l’ordre dans le pays. Il en va de la crédibilité de toute la zone euro et de l’Union Européenne en général. Néanmoins, dans la solution trouvée, il est peut-être à déplorer qu’on ait eu recours au FMI. Son expertise est connue pour les traitements douloureux qu’elle préconise, et son orthodoxie économique passe souvent pour un gage de sérieux. Mais l’appel au FMI indique clairement que l’Europe ne possède pas encore des institutions capables d’intervenir économiquement sur son propre territoire, ce qui la contraint à faire appel à des organismes internationaux. Il sera intéressant de voir comment les institutions répondront à ces carences dans les années à venir. En attendant, Grecs et autres PIGS devront se mettre à la diète, et il semble qu’un tel régime devrait se généraliser dans l’ensemble de la zone euro.


Renaud Mercier & Nicolas Jacoup

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