Voilà certainement ce qu’on s’attendrait à lire sous la plume de correspondants islandais. Malheureusement, pour l’heure, nous resterons sur une déception. Lorsque nous avons été sollicités pour vous entretenir de l’éruption de l’Eyjafjallajökull, nous avons presque été surpris, tant nous avons l’impression de vivre coupés de cet événement mondial. Ce matin, tandis nous couchons ces lignes, le ciel est bleu, l’air frais et calme, et un doux soleil brille sur l’ouest de l’Islande. D’ici, l’on ne perçoit rien, ou si peu!L’explication en est claire: les vents dominants poussent les cendres vers le sud, directement vers la mer, en direction de l’Europe, où elles causent les perturbations aérienne que l’on sait: la majorité du trafic est interrompu en raison des risques potentiels représentés par particules en suspension dans le nuage. C’est d’ailleurs non sans une certaine ironie qu’une connaissance islandaise nous faisait remarquer que le déploiement du nuage de cendres sur le continent ressemblait furieusement à celui du secteur bancaire islandais de si sinistre mémoire.Il est, en effet, très difficile de se faire une idée précise de cette catastrophe naturelle, et si l’on veut apprécier l’événement, l’on en sera probablement réduit à l’admirer via les webcams installées par la société de télécommunication Míla (ici et là) à moins d’investir dans une coûteuse excursion sans garantie de pouvoir vraiment approcher le volcan. Le moyen le plus commode d’admirer la terre en furie demeure sans conteste la voie des airs et l’on peut déjà trouver sur le net des vidéos pour nous faire partager cette émotion.
Bonne gestion de la crise
Il est vrai que nous nous sommes souvent montrés critiques à l’endroit de l’Islande dans ces mêmes colonnes, mais aujourd’hui, nous reconnaissons volontiers que les vikings ont excellé dans la gestion de cet événement. Car dès que le volcan a montré les signes d’une seconde éruption, la totalité de la population a été évacuée. On doit cette efficacité à un système de réseau qui a permis de joindre tous les habitants de la zone sur leur téléphone portable. Habitués à vivre dans l’ombre de ces montagnes de feu, les Islandais ont quittés les habitations dans le calme et ont été conduits dans la ville voisine où une hébergement de fortune a été organisés avant que les solidarités familiales -une force islandaise- ne prennent le relai. Tout au plus a-t-on vu une fermière, très digne, interviewée au journal télévisé de RUV (chaîne nationale) s’inquiéter pour son bétail: elle se souvenait des bêtes de son propre père intoxiquée par les gaz volcaniques et contraints à abattre son troupeau lors de la dernière éruption…
Le point
Pour l’heure, le secteur a été bouclé et plus personne ne se trouve à portée des vapeurs toxiques. Le plus gros problème concerne les infrastructures routières, car en Islande, seules les côtes sont habitables et une route circulaire (la route n°1) ceinture le pays. Comme l’éruption s’est produite sous le glacier, la chaleur a provoqué à la fois un nuage de vapeur (charriant des poussières) et des torrents de boue qui ont dévalé la pente en direction de la plaine, recouvrant le réseau routier. Il a été décidé de renoncer à le préserver à l’exception des ponts -ouvrages autrement plus coûteux. En effet, et là aussi, il faut saluer les prouesses des ingénieurs islandais, notre propre expérience nous a montré que ceux-ci excellaient dans la réalisation rapide de routes en terre battue (étonnamment carrossables à 80 km/h même si elles impressionnent les touristes). On tient donc pour certain que le rétablissement du trafic ne prendra pas longtemps dès que l’éruption se sera calmée. Pour l’heure, la route vient d’être réparée même si l’on doit encore obtenir une autorisation pour traverser la zone concernée.En ce qui concerne les cendres, les retombées ont bénéficié de vents favorables qui les ont circonscrites aux environs de l’événement (la ville de Vík a néanmoins été touchée), et si l’on a pu voir les images impressionnantes d’une voiture roulant sous d’étranges « flocons gris », ces images ne sont pas représentatives du quotidien islandais. D’ailleurs, la vie, ici, est si peu perturbée par la colère du volcan en comparaison de l’ampleur que prend l’éruption au Royaume-Uni et sur le continent, que nous ne résistons pas au plaisir de vous renvoyer au billet plein d’humour de Guy Gutraiman qui finit par se demander si ce volcan n’est pas une arme inventée par les Islandais pour contrer les conséquences de l’affaire Icesave.
Conséquences économiques
L’on aurait néanmoins tort de croire que les Islandais ne souffrent pas du tout des caprices d’Eyjafjallajökull, mais, à l’heure actuelle, les dommages sont encore limités: hormis la fermeture de l’espace aérien européen qui prive l’Islande des touristes du continent (un couloir aérien reste ouvert avec les Etats-Unis ), on parle d’alléger l’interdiction des vols. Pour sa part, l’industrie de la pêche qui expédie son poisson frais par avion commence à pâtir de la situation. La panique qui, vu d’ici, s’empare du continent (beaucoup de nos amis nous contactent, inquiets de notre sécurité) à la faveur de la désorganisation des transports, commence à gagner les autorités locales, soucieuses de ne pas gâcher la saison touristique, et, dans ce sens, des efforts de communication sont faits pour rassurer les voyageurs.
A venir…
Néanmoins, la météo pourrait se montrer capricieuse dans les prochains jours ou heures, et quand le vent tournera, on devra s’attendre à des retombées de cendres sur Reykjavik… Il règne ici une certaine indifférence au phénomène et ceux qui aiment à se faire peur, se plaisent à penser à l’insouciance dont se berçait l’antique Pompéi avant l’éruption sur Vésuve qui a eu raison d’elle. Certains vulcanologues considèrent, en effet, que les éruptions du Eyjafjallajökull sont mécaniquement liée à celles de Katla, le volcan le plus puissant d’Islande. On devrait alors craindre “une débâcle glaciaire”, phénomène hautement dévastateur. Le plus dur serait-il donc à venir?Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des évolutions marquantes de la situation.