J'ai voté blanc aux Régionales

Je suis de gauche et depuis lundi matin, lendemain de premier tour des élections régionales, la gauche est en tête, la droite s'est pris une bonne claque. Une semaine ensoleillée, comme la promesse d'un avenir radieux porteur des « yes we can » et autres slogans qui mobilisent autour des rêves de changements. Je suis de gauche, je dois me sentir bien, non ? Je devrais ! 
Je suis de gauche et depuis lundi matin, lendemain de premier tour des élections régionales, la gauche est en tête, la droite s'est pris une bonne claque. Une semaine ensoleillée, comme la promesse d'un avenir radieux porteur des « yes we can » et autres slogans qui mobilisent autour des rêves de changements. Je suis de gauche, je dois me sentir bien, non ? Je devrais ! 

Et pourtant non. Depuis lundi dernier, je ressens une colère sourde avec des bouffées de rage qui émergent. Que se passe-t-il ? Serais-je passé à droite subitement et sans m'en rendre compte ? C'est quand même bizarre d'être à ce point de mauvaise humeur alors que la politique en laquelle je crois remporte une belle victoire, portant peut être le premier coup d'arrêt au sarkozysme triomphant depuis 3 ans ! 

 

Sauf que je n'y crois pas. 

 

Cette victoire est pour moi un miroir aux alouettes, un trompe l'oeil, un bon gros mensonge dans laquelle la gauche toute entière ou presque va s'engouffrer pour mieux se casser la gueule dans deux ans. Les élections régionales n'ont pas été gagnées par la gauche. Elles ont été perdues par la droite.

 

Mais en fait, gagnées, perdues, qui dans chaque camp se soucie vraiment de ces élections régionales, quels sont les enjeux de pouvoir réels ? Une petite incidence sur le corps électoral du Sénat tout au plus. Bref, ces élections sont d'abord et avant tout une cuisine interne pour notre classe politique qui n'a pas beaucoup fait semblant de vouloir nous y intéresser.

 

Si vous ne me croyez pas, posez vous la question, suivante : qui a fait campagne ? Je parle bien d'une campagne électorale où l'on va de réunions en meetings pour expliquer ses envies d'avenir, son programme, ses ambitions pour la région ? Parler du casier judiciaire d'untel, des rivalités intestines rue de la Boetie, des dérapages montpelliérains etc, ce n'est pas faire campagne pour moi. Au lieu d'une campagne politique, confrontant des idéologies, des idéaux, peut être simplement des idées, nous avons été gratifiés d'un show, d'un spectacle – mauvais de surcroit. En ce lendemain de second tour, je ne sais toujours pas quels sont les projets pour la région où je vis : quid du grand Paris, quid des transports en communs, de la protection sociale ou de ses avancées ? Quid d'un vrai programme à l'attention des LGBT et d'autres minorités ? Et, au delà des idées, des promesses, des bonnes intentions, quels budgets pour tout cela ?

 

Selon moi, faire de la politique, c'est partager avec les électeurs ses rêves du lendemain, leur dire pourquoi on veut changer le monde et aussi, j'insiste sur ce point, et aussi comment on va y arriver. J'ai jeté un oeil sur les professions de foi que j'ai reçu par la poste : une feuille recto-verso, avec de belles – ou moins belles – couleurs, résumant sans talent quelques vagues promesses que j'ai l'impression d'entendre à chaque élection. Sans que ne soient jamais abordés les problèmes de fond. Par exemple, où en sommes nous des promesses de rénovation de la vie politique ? Plus de 80% des français sont contre le cumul des mandats, qui a pris cette revendication en compte ? Est-ce normal de voter encore et toujours pour le même nom, élection après élection ? Certaines listes ont intégré des acteurs de la vie associatives, des représentants de « minorités », des grandes gueules médiatiques, pour quels résultats ? 

 

Crise économique majeure, chômage, précarité, villes entières en pleine dérive, les sujets politiques sont pourtant nombreux dans la France de 2010. Il y a tant à dire et à faire, pourtant, notamment en matière de sida.  Plus d'un quart de siècle et rien, rien d'autre que le face à face terrible entre la capote et les thérapies. Qui s'en soucie encore ? Le sida est-il encore un enjeu de santé publique ? Il faut croire que non, du moins dans les cabinets. Car dans la vie réelle, ma région est le lieu de vie d'un séropositif français sur deux ! Alors, oui, les candidats vont en parler en petit comité, devant celles et ceux qui sont totalement mobilisés sur le sujet, mais où en sommes nous vis à vis du grand public ? Silence radio. Silence, ce mot ne vous fait pas penser à un slogan qu'on pensait devenu inutile, d'un autre temps ? 

 

Parlons un peu homophobie : loin, très loin, tellement loin des centres villes confortables, des bars, boites et autres restaus PD, dans ces contrées barbares et abandonnées des dieux (politiques) qu'on appelle « banlieues », des hommes, des femmes baissent la tête tous les jours de peur de se faire insulter, cogner, parfois massacrer parce qu'ils n'aiment ni ne baisent pas comme tout le monde. « Dans mon pays, ma sexualité est un crime » disent tellement de gays tout autour du monde … « Dans ma ville aussi » pourraient nous dire tellement de gays qui vivent tout autour de nos villes bien propres et nettes. Nos webzines gays si bien léchés, si remplis de futilités à propos du dernier toy-boy de Madonna, de la petite culotte de Lady Gaga ou du compte rendu du dernier concert de Whitney Houston, s'en font tout de même régulièrement l'écho. Tel couple de lesbienne est obligé de quitter son appartement, son quartier, sa ville en raison des insultes crachats et autres menaces. Tel jeune gay se retrouve à la porte, à la rue, se tournant vers l'association Le Refuge – si il en connait l'existence ! - pour éviter de devenir SDF ou putain.

 

Qui en parle dans ces élections ? On nous a vaguement titillé avec une histoire de poisson, quelques politiques se sont indignés pour, d'autres indignés contre et tout est rentré dans l'ordre, là ou cela doit être, loin des préoccupations. Mais, comment voulez vous qu'il en soit autrement ? Notre classe politique reste désespérément monolithique. Toujours les mêmes candidats, cela donne toujours les mêmes aux commandes !

 

Les estimations qui courent sur la toile s'accordent à dire qu'il y a entre 5 et 10% de PD et de gouines en France. Cela pourrait donner entre 28 et 57 députés si cette assemblée reflétait la population française. Vous imaginez une quarantaine de députés LGBT portant fièrement un rainbow flag ? Imaginez l'impact sur une société française qui craque de partout tellement elle est enfermée dans un carcan d'un autre âge. Imaginez le bien que cela ferait, pour notre vie quotidienne, d'avoir des élus et des élues partageant nos soucis, comprenant nos problèmes et surtout, ayant un regard enfin différent sur les choses. Et ce rêve de diversité, je pourrais le décliner avec d'autres minorités que les PD-Gouines-Bi-Trans ! Des blacks, des beurs, des Dom-Tomais. Des provinciaux ! Des vrais bien sur, pas des provinciaux qui vivent dans les beaux quartiers de Paris et qui ne connaissent de la province que les réunions électorales de leur circonscription quand il s'agit de faire renouveler son bail … Nous sommes tant en France à n'avoir jamais de représentants.

 

Mais la « politique » actuelle a été vidée de tout ce qui en fait un pilier indispensable à la vie démocratique : les politiques ne veulent prendre aucun risque de peur de perdre leur chère place qui rapporte tant - oui la politique fait gagner beaucoup d'argent selon les critères du quotidien des français, il faut le dire, ce n'est nullement démagogique  - et les médias ne veulent poser aucune question qui risquerait de fâcher le lecteur-auditeur-spectateur type du panel-représentatif-de-la-population-française. Cela se résume en définitif à des muets qui regardent d'autres muets et qui se perdent dans des blablas dérisoires dont rien ne sort. Quand j'entends la question de David Pujadas sur France 2 hier soir, qui demande à l'envoyé spécial rue de Solférino, si Martine Aubry « fait des bises », je me dis que nous sommes au degré 0 de l'information sur un sujet tout de même capital, la vie politique ! Quasiment aucun sujet en région, pas d'interview des électeurs pour connaître leurs attentes, savoir si ils sont allés voter ou non et pourquoi. Le seul sujet qui tenait hier soir, c'est 2012 et l'élection présidentielle, le prochain épisode d'un feuilleton vide de sens.

 

Et, faute de temps, faute d'alternative, faute d'énergie, faute de révolte, faut de goût; on se laisse faire. On se laisse anesthésier par ce simulacre de vie publique. On laisse braire … Pourquoi se révolter, pourquoi gueuler ? Ni les politiques, ni les médias ne veulent entendre et ne se donnent la peine d'interroger ce peuple dont pourtant tous se réclament. 

 

Alors, que faire ? Que dois-je faire ? Je ferme la télé, la radio, le web, je ferme les yeux et me bouche les oreilles ? Je déconnecte le cerveau en suivant comme un mouton l'actu LGBT « gossip » bébête sur Yagg ou Têtu ? Je fais mon veau en laissant tomber l'idée de démocratie et en me repliant sur ma confortable petite vie de parisien bobo et vaguement de gauche ? 

 

Et bien non. Je suis allé voter hier. J'ai voté blanc, mettant une enveloppe vide dans l'urne. Vide car voter pour un candidat de gauche qui a déjà conduit la région pendant 12 ans est incompatible avec mon idéal de non cumul des mandats dans le temps. Et voter pour une candidate qui n'a aucune idée ni aucun charisme ne m'intéresse pas non plus. 

 

Je suis tout de même allé voter car c'est mon droit et mon devoir comme citoyen. Je suis allé voté car je ne me résous pas à voir cette démocratie, pourtant vidée de sa substance, lobotomisée par une vie politique creuse et sans rapport avec notre vie quotidienne, abandonnée par des politiques qui ne pensent qu'à leur « métier », leur place, leurs revenus, je ne me résous pas à la voir disparaître.

 

Je sais que ce vote blanc n'est pas entendu, pas encore. Je sais aussi que je dois aller plus loin. Dont acte, j'ai d'ores et déjà commencé à m'impliquer dans une structure politique nouvelle, innovante. Peut être que de nombreux lecteurs trouveront cela vain et voué à l'échec. Je suis peut être un minoritaire de la démocratie. Mais je sais que si nous ne bougeons pas, si je ne bouge pas, la démocratie mourra tranquillement, sans bruit. Et que ce qui la remplacera sera impitoyable vis à vis des minorités, quelles qu'elles soient.


Manuel Atréide

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