Gouines et pédés en politique, outez-vous ou je le fais!
par Didier Lestrade - Dimanche 14 mars 2010
Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.
C’est donc une soirée de victoire pour l’agenda LGBT français avec, comme prévu, le succès du PS et d’Europe Ecologie, les deux partis majoritaires qui reprennent une grande partie de revendications homosexuelles. Tout le monde est satisfait, sauf Minorités.
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ar comment penser que le succès de ces régionales fera vraiment avancer les attentes des gays et des lesbiennes ? Faut-il vraiment croire que les forces de gauche se mettent en ordre de marche pour les présidentielles de 2012 ? La gauche ne fait toujours rien pour notre communauté alors qu’elle a les pleins pouvoirs dans la majorité des régions métropolitaines depuis plusieurs années déjà . Il y a des projets de centres communautaires LGBT en province alors qu’ils devraient être déjà ouverts. En matière de lutte contre le sida, ces régions ne présentent rien de novateur – sinon, vous le sauriez. Il n’y a pas beaucoup de maires, comme celui du Mans, qui ait lancé un partenariat affiché avec la communauté gay locale. Tous ceux que vous voyez à la télé ce soir ne font rien de particulier.
Le fait est, avec la promesse de rafler toutes les régions, la gauche a encore raté une belle occasion de se prononcer d’une manière claire en faveur des demandes LGBT. Quand le PS n’est pas certain de remporter une élection, on considère qu’il faut garder un profil bas afin de ne pas s’aliéner des électeurs qui pourraient être contrariés par des sujets segmentants comme l’homosexualité. Quand les élections sont gagnées d’avance – et celles-ci l’étaient - le silence est encore plus de rigueur. Pourtant, comme dans d’autres pays, la majorité des jeunes générations (jusqu’à 30 ans) se montrent favorable aux questions gays. Il y avait une vraie possibilité de communiquer davantage, hors des interventions très policées.
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Ils sont là , mais on ne les entend pas
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Prenons l’exemple d’Europe Ecologie. Une dream team complète, avec du sex appeal bobo (Augustin Legrand), de l’engagement pro-mariage gay (Caroline Mécary) et le sida à la pointe (l’ancienne présidente d’Act Up, Emmanuelle Cosse). C’est la première fois que l’on assiste à une telle capillarité de la représentation associative dans des élections régionales qui ont, c’est évident, une signification nationale. Avec de telles grandes gueules, on pouvait s’attendre à une campagne une peu vocale, avec des déclarations qui restent dans les mémoires.
Vous vous souvenez de quelque chose ? Non car vous avez déjà oublié. Même au niveau gay, certains sont très présents dans certains médias gays. Mais ils ne disent rien qui sorte vraiment des clous de ce qui est attendu.
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Nous avons attendu des années et des années que des anciens représentants d’Act Up parviennent en position éligible sur une liste écolo et qu’entend-on ? Rien. On serre le cul pour ne pas se faire trop remarquer. Adeptes de la désobéissance civile il y a encore quelques années, ils se sont assagis pour leur première élection et ça se voit. La politique est un moyen pour se placer. C’est maintenant ou jamais.
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Les régionales sont un moment idéal pour renouveler une partie de la classe politique. Nous assistons à la course aux postes. Certains se sont fait remarquer pendant les grèves du CPE, mais ils sont encore au placard. Certains ont travaillé dans le sida, mais l’épidémie reprend à Paris chez les gays. Certains ont défendu les sans abris, mais il n’y a jamais eu autant de SDF à Paris. Certains s’engagent pour le mariage gay, mais celui-ci attendra les présidentielles. Finalement, les gays élisent ou réélisent des politiciens qui sont tous, dans leur domaine, malgré l’appui de tous leurs réseaux, surtout dans la représentation.
Le sang neuf, qui est supposé renouveler la politique, est déjà bloqué dans des négociations de partis. Incapables de s’exprimer, ces nouveaux venus de la politique politicienne seront réduits au silence pour garantir le succès possible, mais loin d’être acquis, des présidentielles.
En revanche, ils seront déjà redevables de nos suffrages de ce jour. Dans deux ans, leur bilan ne sera pas renversant. Ces anciens radicaux du mouvement associatif seront briefés et un peu endormis. Leur rôle se limitera à japper parce que la droite persiste à voter contre les subventions LGBT dans les régions ou les mairies. Bouh. La belle affaire. Le milieu associatif s’imagine disposer d’un porte-voix désormais grâce à ces représentants qui sont issus de la base, mais il n’est pas fort en décibels.
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Rien n’est prêt. Le PS est toujours un parti de notables régionaux assez homophobes pour ne rien entreprendre dans leurs régions. Aubry parle de diversité, mais ce sont toujours les vieux du parti qui sont sur les plateaux de télé, y compris ce soir. Europe Ecologie a toutes les cartes en main, mais reste une force d’appui. Huchon ne fout rien. Delanoë a vraiment une mauvaise mine. Je ne sais pas ce qu’il a, mais on dirait vraiment une déprime. Si le slogan du maire gay de Berlin est « Poor but sexy », celui du maire de la Paris, c’est « I NEED A BREAK! ».
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Peggy Pierrot me disait l’autre jour qu’elle ne comprenait pas mon acharnement sur Delanoë. Comme elle vit à Bruxelles désormais, tout ça lui semble très lointain. Je vois des gens intelligents de dire la même chose, chez moi, au coin du feu, et ça m’étonne à chaque fois. Ces élections ont montré, une fois de plus, que le débat politique est bloqué en France, à cause de la gauche. Sur des sujets très concrets de la vie de tous les jours comme les transports, l’urbanisme, la culture, le logement, personne ne fait le lien avec les gens atroces qui nous gouvernent au plan local. Il y a cinq ans, les banlieues brûlaient et rien n’a été fait. Et les banlieues, c’est Huchon et Delanoë. La plus grande suburbia d’Europe. Tous les pouvoirs dans leurs mains boudinées.
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Rien que des consommateurs, et plus aucun citoyen
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Le 23 février dernier, John Vinocur s’exprimait dans le NYT et disait que la crise économique avait ébranlé l’image des Européens. Il citait Jean-Paul Delevoye, notre médiateur national, qui pense que les Français sont de moins en moins des citoyens et de plus en plus des consommateurs de ce que la République peut offrir. « Je suis inquiet car je perçois, à travers les dossiers qui me sont adressés, une société qui se fragmente, où le chacun pour soi remplace l'envie de vivre ensemble, où l'on devient de plus en plus consommateur de République plutôt que citoyen. Cette société est en outre en grande tension nerveuse, comme si elle était fatiguée psychiquement ».
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Je crois que cette âme est fatiguée parce que les gens abdiquent. Au niveau gay, ça se traduit par un milieu associatif qui soutient des partis politiques, non pour l’alternance, le mariage gay et l’égalité des chances, mais plus prosaïquement parce que, ça et là , il y aura des petites maisons des homosexualités avec quelques jobs à la clé. Si vous avez une petite guitoune qui s’appelle Centre LGBT dans une ville riche comme Nantes, par exemple, eh bien les gens sont ravis. Parfois, ça leur suffit même. Quand vous écrivez des bouquins gays et que vous faites la tournée de promo à travers la France des centres LGBT et des maisons associatives, c’est triste à dire, mais les gays se contentent de peu. Quelques miettes de la part d’un maire PS avec trois brochures d’Aides et un petit panier de capotes et ça suffit. Voilà  !
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La gauche n'a rien fait
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Ce n’est pas la minorité de droite au Conseil régional qui bloque les budgets. Ce sont les majorités PS et écolos de ces régions qui nous contraignent à la mendicité et qui détruisent peu à peu notre espoir en l’avenir. Les jeunes gays ne se suicident pas parce que le mariage gay est impossible en France, ils le font car le PS ne leur donne aucune chance d’espérer à un changement rapide dans la société. Le manque de courage et d’innovation est à mettre sur le compte du PS et des écolos et le pire, c’est que la majorité des personnes LGBT persiste à voter pour eux. Vous trouvez que les gays et les lesbiennes vivent mal dans les banlieues, qu’ils subissent une homophobie au quotidien ? Mais les maires de leurs villes sont au PS ! Ce qui se passe dans la région Ile-de-France, c’est ce qui se passe dans les autres régions socialistes.
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Une dernière blague avant de vous laisser au plaisir des négociations de cette soirée électorale victorieuse. Vous savez, quand les médias gays s’amusent du député américain homophobe qui se trouve pris en flagrant délit de sortir bourré d’un club gay, cela n’arrive pas uniquement en Amérique. Cela arrive en France aussi, à gauche aussi, au PS, aussi, mais on n’en parle pas. Il reste deux années au PS et à Europe Ecologie pour faire le ménage devant leur porte et persuader tous ces pédés planqués, mariés ou pas, avec des mioches ou pas, séropos ou pas, de faire leur coming out.
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Et quelque chose me dit que ce n'est pas du tout pour demain.
