Debout les gars, réveillez-vous!

« Je me sens enfin si fier de moi ! J’ai marché la tête haute aujourd’hui et plusieurs de mes amis étaient très jaloux ».

M.S habite à Kampala (Ouganda) et a écrit ce mail, il y a quelques jours. Il a participé à mon projet « Les condamnés. Dans mon pays, ma sexualité est un crime ». Je lui avais envoyé un article avec sa photo, publié dans un journal ici, en France. Comme les 50 autres hommes présents dans ce livre, il est heureux qu’en France la presse et le public s’intéressent à lui, à sa vie difficile parce qu’il vit dans un pays qui condamne les relations entre femmes ou entre hommes. 

 

filet
Philippe Castetbon

par Philippe Castetbon - Dimanche 14 mars 2010

Journaliste et photographe, a publié quatre livres. Militant au quotidien (à l'écart des organisations). Pense que la différence constitue (contre le courant majoritaire actuel) une force et une chance. Observe le monde moderne en mouvement jusqu'à l'ivresse.  Fou ? Peut-être. Idéaliste, sûrement. Ailleurs, souvent...  

filet

« Je me sens enfin si fier de moi ! J’ai marché la tête haute aujourd’hui et plusieurs de mes amis étaient très jaloux ».

M.S habite à Kampala (Ouganda) et a écrit ce mail, il y a quelques jours. Il a participé à mon projet « Les condamnés. Dans mon pays, ma sexualité est un crime ». Je lui avais envoyé un article avec sa photo, publié dans un journal ici, en France. Comme les 50 autres hommes présents dans ce livre, il est heureux qu’en France la presse et le public s’intéressent à lui, à sa vie difficile parce qu’il vit dans un pays qui condamne les relations entre femmes ou entre hommes. 

 

J

uillet 2007. Je m’inscris sur un site de rencontres. Je regarde les profils des gars à Paris et en Ile de France, je m’ennuie rapidement et ne rencontre personne. Et puis je regarde dans la rubrique « Qui est en ligne ? ». Après Rhône-Alpes, on trouve Afghanistan, Algérie, Angola, Bahamas, Bangladesh… Je vais voir les profils, curieux de savoir si les gars dans ces pays-là se présentent comme chez nous : en maillot de bain sur une plage d’un hôtel-club à la Martinique, des mecs standard, beaux et bronzés, heureux de rentabiliser leur abonnement à la salle de gym, enfin musclés et épilés, prêts à poser pour la photo qui servira d’appât sur le site.

Ailleurs, c’est différent. Surtout dans les pays qui condamnent  l’homosexualité. Les normes sont autres, les canons de beauté ne correspondent pas à nos clichés et, surtout, les gars se cachent. Ils montrent peu, ils montrent ce qu’ils peuvent. Le corps, surtout, en pièces détachées. Jamais (ou presque) le visage. Trop risqué. Impossible. Sur des dizaines de profils, des gars décapités. Ils se sont coupé la tête, ou trouvent un moyen original pour en montrer un peu, juste un peu : flou, dessin, pixel, tout y passe pour éviter d’être reconnu.

 

C’est une galerie de photos terriblement triste et pourtant magnifique que je parcours, pays après pays. Le site Internet qui devait me servir à rencontrer un mec intéressant à côté de chez moi devient soudain un lieu d’exposition mondial de photographies que je visite, enchanté par les trouvailles de chacun pour se montrer (rester désirable sur le marché du sexe) tout en se cachant (peur d’être reconnu).

Dans quel monde vivent-ils ? Comment font-ils pour se rencontrer ? De nombreuses autres questions m’envahissent. Le monde est sur mon écran, ils sont là, à portée de main, un clic et il est possible de faire connaissance avec un Iranien… Toutes ces histoires.

 

 

Un crime

 

La phrase « Dans mon pays, ma sexualité est un crime » s’impose alors. Dans mon pays, la France, ma sexualité n’est pas un crime, je peux faire ce que je veux, je suis protégé par la loi si on m’insulte, on parle de mariage, d’adoption, de poissons qui s’aiment et font scandale, de pédés privilégiés dans le centre de Paris, et d’autres moins heureux en banlieue. Bref, des questions essentielles, bien sûr. Ces sujets m’intéressent évidemment. Mais, autour de nous, il y a le monde. Et dans le monde, pas très loin de chez nous, c’est l’enfer, la peur, l’humiliation, les coups, la violence.

Je pense alors à la possibilité de faire un travail sur ces 80 pays (plus ou moins, impossible d’avoir une liste exacte, selon les organisations, le nombre varie, et quand on leur pose la question, les associations ne prennent pas la peine de répondre aux courriers), ces 80 pays, donc, qui condamnent légalement l’homosexualité. J’ai envie d’avoir des photos de tous ces gars qui se cachent, pour informer. De les contacter directement sur Internet, sur les sites de rencontres, sans passer par les associations, juste pour avoir une parole directe et simple, un témoignage réel et sincère. L’envie principale est d’informer, de dire à tous ce qui se passe, quelle est la réalité. Une envie, surtout, de montrer des photos, de proposer un travail sur l’image en présentant des hommes que nous ne verrons jamais de face, le visage découvert. Et puis je laisse tomber ce projet, j’arrête mon inscription sur ce site après un mois et je passe à autre chose, tout en gardant cette idée en tête.

 

Novembre 2008. Je repense à cette envie de faire un tour du monde des pays qui condamnent les relations homosexuelles, je repense à ces photos que j’aimerais présenter. J’ai sans cesse cette phrase dans ma tête : « Dans mon pays, ma sexualité est un crime ».

Je m’inscris à nouveau sur le site de rencontres et je me lance dans l’aventure. Pour moi, le projet est désormais clair. Je sais ce que je veux et j’ai envie d’essayer.

Après avoir établi une liste des pays concernés, un par un, je contacte des gars en ligne et je leur parle de mon projet. J’explique qu’ils doivent faire un autoportrait photographique, le visage caché pour ne pas être reconnu (question de sécurité afin de les protéger pour ne pas prendre de risque inutile), écrire un texte qui raconte leur vie quotidienne et traduire dans leur langue natale la phrase « Dans mon pays, ma sexualité est un crime ». Puisqu’il est possible de dire cette phrase dans toutes les langues, je la veux traduite et la rendre compréhensible pour tous dans les pays concernés.

J’envoie beaucoup de messages, je commence à recevoir tout de suite des réponses de gars intéressés qui me demandent plus de renseignements sur ce projet. Et puis, au bout de quelques jours, je ne peux plus accéder au site. Interdit d’accès ! Je contacte le service technique du site qui me répond que je suis considéré comme un « spammeur ». Le nombre de messages envoyés étant élevé, ils ont jugé que j’envoyais des spams et ont bloqué mon compte. Négociations, courriers au directeur du marketing, explication de mon projet, et finalement on me dit qu’exceptionnellement je peux me reconnecter… mais je dois ralentir la cadence des messages. Et un responsable du site en question m’explique que c’est un lieu de rencontre et non un lieu pour travailler, malgré l’intérêt de mon projet. Business is business.

 

Cinq jours plus tard, je reçois la photo et le texte du gars du Yémen. Un magnifique autoportrait, un texte bouleversant. Si ce type qui habite dans un pays où l’homosexualité est sanctionnée par la peine de mort par lapidation me répond, alors il est évident que les autres vont suivre… Il me donne la confiance et la motivation pour continuer.

 

 

Sana'a, capitale du Yémen

 

Grâce à J., habitant Sana’a, la capitale yéménite, j’ai découvert comment j’allais travailler pendant de longs mois pour mener à bien ce projet.

Je regarde  d’abord les profils des mecs en ligne, pays par pays, et puis selon l’inspiration, selon l’envie et les mots ou les images du profil, j’envoie un message pour lui conseiller d’aller voir ma page où je présente mon projet. Si le gars répond que l’idée l’intéresse, je lui donne alors mon adresse de messagerie instantanée pour pouvoir discuter un peu, faire connaissance, savoir s’il est vraiment intéressé ou bien s’il cherche juste à parler, à draguer, à rêver avec un étranger. Puis j’envoie un mail où je précise à nouveau toutes les conditions (journaliste, en France, faire un livre, une exposition, se prendre en photo, écrire un texte, traduire la phrase, etc.). Ensuite, chaque jour, à chaque instant je me connecte et je discute avec les uns et les autres partout dans le monde, je demande s’ils ont pris la photo, je réponds à leurs questions, la plus fréquente étant : « Es-tu gay ? » Comme si cela pouvait rassurer de savoir qu’un gay prépare un travail sur les gays interdits d’aimer. Oui, cela les rassure, car ils se sentent alors en confiance, me demandent comment se passe la vie pour les homos à Paris, si on peut faire des rencontres facilement, si les mecs sont mignons et quel est mon type d’homme, si j’ai déjà vécu une relation avec un homme honnête et sérieux… Ils me racontent leurs histoires d’amour… Beaucoup de solitude, de tristesse et de détresse. Des gars comme moi, mais ailleurs, qui vivent tellement seuls.

Au fur et à mesure, un échange se crée. On apprend à se connaître, à comparer nos vies, ils me font part de leurs douleurs, je suis heureux de parler avec chacun car je sens, petit à petit, qu’il y a des vies derrières tous ces écrans, qu’il y a aussi un projet en train de prendre forme.

 

J. est un gars exceptionnel et j’ai une vraie tendresse pour lui. Parce qu’il a été le premier à me répondre, à m’envoyer une photo simple et belle (juste sa main large et virile posée sur son visage, et une bouche charnue pour seul indice de sa beauté). J’ai pleuré en lisant les dernières phrases de son texte : « Finalement, l’homosexualité dans mon pays est interdite, mais elle existe et nous sommes toujours vivants». Il me donnait plus encore que ce que j’attendais. Le Yémen, un pays magnifique et mystérieux, inaccessible, un homme qui décide de participer à mon projet, de me faire confiance, d’être le premier dans cette aventure. J’ai ressenti une force incroyable en lui, et surtout beaucoup de vie et d’envies.

Ensuite, nous avons beaucoup échangé par MSN ou par mail, nous avons appris à nous connaître, chaque soir quand il rentrait chez lui après sa journée de travail. Il restera toujours pour moi le premier… Il est venu à Paris grâce à son travail, nous avons passé plusieurs jours ensemble à marcher dans la ville capitale, j’ai aimé l’écouter encore et encore me parler de sa vie, j’ai essayé de lui montrer la ville où j’habite. Il venait en France pour la première fois avec pour seules envies : voir la Tour Eiffel et me rencontrer ! Comme il est un garçon élégant et discret, bien élevé dans un pays qui vit encore comme au Moyen Age, il est venu avec un cadeau : un keffieh tissé dans son pays, que je porte tout le temps. Quand on me dit que ce keffieh est beau, je suis heureux parce que je pense à lui, à cette histoire…

 

 

Afghanistan, Algérie, Bruxelles

 

D’autres photos et d’autres textes sont arrivés ensuite.

A., l’Afghan qui vit dans la terreur permanente, et qui m’écrivait juste quelques mots, en anglais difficilement compréhensible, pour me dire qu’il ferait tout pour participer au projet. Son texte est bref, mais il présente en quelques lignes la douleur de sa vie quotidienne. Depuis la parution du livre, je sais qu’il a peur, plus peur que tous les autres d’être reconnu et à nouveau chassé de son travail, peur d’avoir des problèmes avec sa famille. Je lui envoie régulièrement des mails pour savoir si tout va bien, car je suis inquiet pour lui, même si je crois qu’on ne peut pas le reconnaître. J’ai demandé aux journaux qui voulaient publier sa photo de ne pas le faire, pour éviter de l’exposer, j’ai envie de protéger ce gars que j’aime bien malgré ces échanges rares et brefs.

Et puis il y a eu Y., d’Alger. Une autre rencontre importante. Il vit à Bruxelles aujourd’hui car il a dû fuir son pays. Il voulait me rencontrer à Paris d’abord, il voulait que je le prenne en photo. Mais j’ai refusé car je m’étais fixé un cadre strict : la photo est un autoportrait, chacun se présente comme il veut, je ne voulais pas prendre la photo moi-même.

Quand j’ai eu sa photo et son texte, j’ai enfin accepté de le rencontrer. Un soir, dans un café à République, il m’a raconté sa vie. Un récit terrible, une vie quotidienne faite d’humiliations et de violences, je me souviens de cette phrase « Au moins, quand il y avait les problèmes avec les islamistes, on nous laissait tranquilles, nous étions heureux pendant la guerre !». Et chaque mot dit avec une incroyable douceur, un large sourire, comme si raconter l’enfer était normal.

 

J’aimerais raconter en détail les 51 gars présents dans le livre parce que chacun a une histoire particulière. J’ai un rapport différent et privilégié avec chacun d’entre eux..

 

Il y a O. du Liberia. Quand je l’ai contacté, il était au Mozambique. J’étais heureux de trouver un gars à Maputo qui me réponde enfin. Et puis, non, encore une fois, tant pis pour le Mozambique : il est né a Monrovia. Donc, je lui ai proposé de représenter son pays.

O. vivait tout seul dans la capitale mozambicaine, perdu et triste. Il était très malheureux, en pleine dépression. Chassé par sa famille, il était d’abord allé en Afrique du Sud, puis après une histoire d’amour malheureuse, il avait décidé de s’installer à Maputo. Seul, perdu, nous avons parlé chaque jour, pendant des heures, des semaines, des mois. J’ai essayé de lui redonner confiance, de le motiver pour faire des choses, je le voyais malheureux, son sourire triste dans sa chambre blanche vu grâce à la webcam, son visage hagard, il me disait bonjour, mais il avait envie de pleurer. Je ne l’ai pas lâché, chaque jour je voulais avoir de ses nouvelles car j’étais inquiet. Je sais qu’il attendait tous les soirs notre conversation pour me raconter ce qu’il avait fait dans la journée. Il me disait tout le temps « Oui, ne t’inquiète pas, je pense au texte que je dois t’envoyer, je sais que je dois me prendre en photo, je vais le faire. » Et puis un jour, après plusieurs mois de conversation, il était dans sa voiture, triste encore une fois, en voyant son reflet dans le rétroviseur cassé, il a pensé à moi et il a pris cette photo. Une des plus belles photos du livre. Prise avec son téléphone portable. Cette photo est exceptionnelle. Puis, il m’a envoyé son texte, une espèce de poème rythmé par les points d’interrogation, un texte écrit pour sa famille, pour son frère surtout, qui ne veut plus lui parler tant qu’il ne se fera pas « soigner »… Depuis, il a quitté Maputo, il vit en Europe, j’ai eu la chance de le rencontrer (il tenait à venir à la Mairie du 3e arrondissement de Paris le soir du vernissage de l’exposition) et il dit maintenant avec une lueur exceptionnelle dans ses yeux « I’m free ! Can you believe it ? I’m free now ! »

Je crois que c’est un ami maintenant car nous avons partagé beaucoup de choses ensemble, sur Internet, certes, et en marchant dans les rues de Paris aussi, mais j’ai envie de le protéger et quand nous ne nous parlons pas pendant plusieurs jours, chacun de son côté pense « I miss you ». Love him.

 

 

Irak, Syrie, Burundi

 

Et puis il y a S., l’Irakien. Un artiste, un créateur, un écrivain. Il a quitté l’Irak car sa vie était menacée, une question de survie, il devait fuir. Les chefs religieux appellent au meurtre de tous les homosexuels dans le pays, la situation est terrible. Il y a une vraie chasse contre les gays dans ce pays.

S.a pu entrer dans un pays voisin. Je l’ai mis en contact avec le HCR (Haut Comité pour les Réfugiés) qui s’est occupé de lui. Et puis, le jour où il allait enfin obtenir ses papiers de réfugié, il a été arrêté par la police. Il a été expulsé manu militari sans ses affaires et s’est retrouvé à nouveau en Irak, sans rien, sans un sou, juste lui tout seul, à nouveau perdu. Avec une force et une détermination incroyables, il a décidé de tenter d’entrer au Liban, un pays peut-être plus accueillant. Il est maintenant à Beyrouth, en contact avec l’association Helem qui essaye de s’occuper de lui. Un des responsables m’a envoyé un mail pour me dire qu’ils allaient essayer de trouver une solution pour S. J’attends de ses nouvelles.

 

J’aimerais parler aussi de S., mon ami Syrien. Un gars romantique, nostalgique, créatif, tendre et tellement intelligent. Sa photo me touche beaucoup, la pose de sa main sur son visage est magnifique. Il n’est pas satisfait par cette photo. Il a pris au moins vingt photos différentes, il voulait toujours faire mieux, il envoyait régulièrement de nouveaux autoportraits, car il lui semblait que le premier n’était pas de bonne qualité. Et pourtant, cette première photo est ma préférée, celle que j’ai voulu garder de lui, car elle est spontanée, sincère et belle. Depuis, nous sommes devenus amis et nous réalisons un projet photographique ensemble intitulé « Do we share something ? ». Chaque samedi, nous prenons une photo qui représente notre vie, lui de son côté, moi à Paris. L’idée de départ est de se dire que nous partageons une sexualité, certes, mais partageons-nous autre chose ? Donc, l’envie est venue de confronter nos vies et nos envies. Nous avons décidé de ne pas nous montrer les photos pour l’instant. Ce projet a commencé à la fin du mois de juillet 2009, et chaque samedi, je suis heureux de savoir qu’il prend une photo de sa vie, là-bas, et moi aussi, ici.

 

Il y a aussi T. au Burundi, qui continue à garder le sourire malgré toutes les humiliations. Il m’envoie des mails pour me dire qu’il a été élu président de l’association de défense des gays de son pays, il s’investit à fond dans cette lutte et souhaite obtenir la reconnaissance de leurs droits dans un pays qui a renforcé les peines contre les relations homosexuelles. Il compte sur nous, sur notre aide pour se faire entendre.

Il y a aussi M. au Guyana, le seul pays d’Amérique du Sud qui condamne les relations homosexuelles, d’une peine de prison à vie pour sodomie. Un petit pays pas très connu, avec une loi sévère, la seule sur ce continent. M. vient de rencontrer un gars, il est amoureux, il m’envoie des messages pour partager son bonheur. Et il continue à militer pour la prévention du sida, avec le peu de moyens dont il dispose, malgré les obstacles. Aller à l’hôpital, voir un médecin pour faire un test de dépistage peut être une cause discrimination, on peut vous accuser d’être gay, vous dénoncer. Du coup, les gars préfèrent ne rien faire, par peur d’être stigmatisés…

M. est un vrai guerrier, fort et fier.

 

 

Inde, Maroc, Réunion...

 

Et puis tous les autres, habitant l’Inde, le Maroc, La Réunion, l’Arabie Saoudite, le Bengladesh, le Sri Lanka, Grenade, Trinité et Tobago, la Malaisie, la Papouasie Nouvelle-Guinée, le Mozambique… Sur tous les continents concernés. Tous ces gars qui ont accepté de participer à ce projet, qui ont pris un peu de  leur temps pour que cette aventure soit possible, et avec lesquels je reste en contact tout le temps.

 

Je voudrais préciser que, comme tout le monde, je pensais que les pays musulmans étaient les plus durs avec les homosexuel(le)s. J’ai découvert en réalisant ce travail que les pays chrétiens ne sont pas plus tolérants (comme dans les Caraïbes, en Afrique aussi). Trouver un témoignage à La Barbade fut un calvaire (celui qui a accepté est arrivé après plus de quarante messages envoyés), les gars connectés étaient très nombreux, mais ne répondaient jamais comme à La Dominique, Belize et d’autres pays de la région. Ou bien, en Angola, aussi. Des pays chrétiens, colonisés par les Européens.

Oui, le pays le plus dur est sûrement l’Iran qui condamne et exécute officiellement pour relations homosexuelles des hommes, par pendaison ou lapidation publique chaque année. Dans d’autres pays (Irak, Jamaïque) des gays sont tués aussi. La situation dans ces 80 pays est toujours différente, mais, à chaque fois les homosexuel(le)s vivent un enfer, à cause de la famille, des relations sociales et professionnelles, de la pensée religieuse, des lois…

 

 

 

L’exposition a été présentée à la mairie du 3e arrondissement de Paris en février, le livre est disponible dans les librairies. Depuis, j’ai reçu de nombreuses demandes pour présenter l’exposition en France comme à l’étranger, je reçois aussi chaque jour des messages très touchants de lecteurs bouleversés par ces réalités. C’est une vraie surprise, heureuse. Je ne l’avais pas prévu ni anticipé. Je ne savais pas que les gens, hétéros et homos, allaient réagir de cette manière. J’avais envie de le faire, j’avais envie de donner à lire et à voir toutes ces vies magnifiques et douloureuses, de montrer ces gars forts, et brisés souvent, dans leurs désirs de vies heureuses.

J’ai simplement réalisé ce projet chez moi, dans ma chambre, devant mon ordinateur, connecté avec tous ces gars du monde entier, je leur ai demandé de participer et de se plier aux règles du jeu de mon projet, j’ignorais le résultat final. Je savais seulement qu’il fallait dire et montrer… Pour informer et peut-être changer, petit à petit, les lois et le monde.

Juste faire quelque chose avec eux, pour eux.

Et j’arrête là, car je pourrais parler d’eux, de ce qui se passe entre eux et moi, des suites de tout ça pendant des heures… Avec, toujours, un espoir fou partagé pour que le monde de demain soit meilleur, pour eux, pour nous tous !


Philippe Castetbon

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