Internet dans la prévention du VIH chez les gays

Faire d’internet le fer de lance de la prévention du VIH chez les gays, pour reprendre l’expression utilisée dans un article de Minorités sur le récent rapport sur la prévention gay en France, est sans aucun doute aujourd’hui le seul moyen d’offrir une vraie renaissance à une prévention devenue atone, pour ne pas dire inexistante si l’on met à part les rares bannières qui servent de bonne conscience à certains sites de rencontres.

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Stéphane Delaunay

par Stéphane Delaunay - Dimanche 06 décembre 2009

Stéphane travaille depuis dix ans dans la communication pour les Institutions. Il a été pendant 5 ans en charge de la communication sur le VIH à l’Inpes. Il n’est pas militant mais facilement révolté. Il est fasciné par les photos de reportage, et fan de la revue Books.

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Faire d’internet le fer de lance de la prévention du VIH chez les gays, pour reprendre l’expression utilisée dans un article de Minorités sur le récent rapport sur la prévention gay en France, est sans aucun doute aujourd’hui le seul moyen d’offrir une vraie renaissance à une prévention devenue atone, pour ne pas dire inexistante si l’on met à part les rares bannières qui servent de bonne conscience à certains sites de rencontres.

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es lignes semblaient pourtant tracées et les projets initiés par l’INPES et le CRIPS, s’il est toujours difficile d’en mesurer à court terme la portée sur les comportements, ont indéniablement permis d’offrir une nouvelle offre d’information et de draîner un public peu enclin à s’intéresser à ce sujet, notamment parmi les jeunes homosexuels. 

Internet offre de vraies opportunités pour donner un nouveau souffle à la prévention : la première, évidente, est la manière dont il a envahi la vie de chacun, quelle que soit son identité sexuelle. Il offre de ce fait la possibilité de toucher non seulement les gays « communautaires » mais également les gay « hors milieu », ce que les actions dans les établissements gay ne permettaient pas. A l’heure où les jeunes multiplient les expériences et où les frontières entre orientations sexuelles se font plus poreuses, cet avantage n’est pas des moindres. Le temps passé aujourd’hui sur le net, que l’on soit chez soi, au travail ou sur son smart phone peut donner le vertige. On s’y informe, on y partage, on s’y rencontre, on s’y drague….

Tous ceux qui cherchent à communiquer s’y intéressent et une marque commerciale ne saurait désormais exister sans présence sur internet. Beaucoup tatonnent encore, mais qu’importe. L’accession de la génération internet aux fonctions de responsabilité permettra une plus grande maîtrise de la communication on line. Elle est déjà en route. On s’en réjouira – ou pas – pour le secteur commercial, mais pour les institutions, et plus particulièrement la prévention, il est permis d’être plus pessimiste du fait de la lenteur avec laquelle on accède aux responsabilités dans les fonctions publiques.

 

 

On pourrait ainsi se féliciter, dans le récent rapport dont il est question, de voir afficher la volonté de créer un e-responsable chargé de coordonner la prévention on line. Encore faudrait-il que celui-ci ait la réelle capacité de mener les actions nécessaires. Il y a peu, il était permis d’innover sur internet mais qu’en sera-t-il demain ? Les instances de tutelle n’ayant pas pris la mesure de la puissance de ce media, elles n’y prêtaient jusqu’ici que peu d’intérêt, pour ne pas dire aucun, trop focalisées sur leur media de prédilection : la télévision.

 

Or les messages qu’il convient de diffuser aujourd’hui auprès des gays sont bien trop complexes pour se plier à l’exercice simplificateur de films publicitaires diffusés à heure de forte audience. Souvent critiqués – et à raison – par les associations, ils ont avant tout une fonction d’affichage. Même si on ne peut leur dénier le mérite de rappeler que le risque de contamination demeure et qu’il concerne tout le monde, nul besoin pour ce faire de systématiquement mettre en scène les populations homosexuelles. En outre, leur coût déployé sur internet permettrait la mise en œuvre de dispositifs d’une véritable ampleur, plus visibles de la population homosexuelle (faible consommatrice de télévision) et autrement mieux plus adaptés . 

 

Internet offre en effet la possibilité de développer des messages ciblés, ce qui signifie non seulement de parvenir à toucher les populations gay là où elles surfent, mais également de délivrer des messages en fonction des besoins, profils et pratiques. Or ne rendre visible un message qu’à une population déterminée, à l’heure où l’on entérine la Réduction des risques (RDR), est un avantage de taille si tant est que l’on souhaite véritablement n’exposer à ce type de message que ceux que le préservatif rebute définitivement. L’offre de conseils personnalisés en ligne, qui avait été inaugurée avec Philippe Adam, est un autre avantage du media internet, un avantage qui sous-entend toutefois le questionnement de l’internaute et son désir de s’informer. 

 

Et c’est là qu’internet abat ses plus puissants atouts. Un des enjeux véritables en matière de prévention gay n’est désormais plus seulement de délivrer de l’information mais de capter l’attention d’un public peu enclin à s’intéresser à la prévention. Quelles que soient leurs raisons, les gays ne considèrent plus comme une priorité de s’informer sur les questions touchant au VIH. Ils ne retiennent que les bruits qui les confortent dans leurs croyances et leurs comportements, voire détournent simplement le regard lorsque la prévention s’affiche en tant que telle. Or internet constitue un véritable média pédagogique, un media qui permet d’accompagner les enfants que nous sommes vers une connaissance que nous refusons.

 

Encore faut-il, là aussi, vouloir l’utiliser en tant que tel, et non comme un nouveau media d’affichage. C’est sans doute là tout l’enjeu de la prévention pour demain : parvenir à faire d’internet un media pédagogique pour les gays. Faire comprendre les mécanismes de la prise de risque, préparer chacun aux situations dont il pourra faire l’expérience, réancrer les pratiques safe dans les réflexes : autant d’objectifs qu’internet peut parvenir à atteindre à condition que l’on veuille en faire un media d’apprentissage. Dans le champ de la culture, des expériences se font jour. Tout reste à construire dans celui de la prévention. Il appartient à l’INPES, l’opérateur désigné dans le rapport sur la prévention gay, de s’atteler à cette tâche en y mettant les moyens nécessaires, tant humains que financiers. L’INPES fera ainsi la preuve qu’il ne confond pas éducation et communication. 


Stéphane Delaunay

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