L'Europe et ses Roms... antiques

Quelque 12 millions de Roms et Tsiganes vivent en Europe dans des conditions d’extrême pauvreté avec une espérance de vie de 15 ans inférieure à la moyenne européenne et le plus fort taux de mortalité infantile de l'Union européenne. Tant dans nos démocraties occidentales que dans la plupart des pays d'Europe orientale, ces citoyens européens au mode de vie nomade souffrent de discriminations, n’ont pas accès à un logement et leurs enfants ne suivent pas une scolarité continue en plus des discriminations à l’embauche sur le marché du travail. Voici un papier qui fait rapidement le tour de la question et propose une série de recommandations aux pouvoirs publics afin d’améliorer rapidement la situation des Roms et Gens du voyage vivant en territoire européen.

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Mehmet Koksal

par Mehmet Koksal - Dimanche 25 octobre 2009

Journaliste-reporter basé à Bruxelles, polyglotte, correspondant du Courrier International, Mehmet Koksal est co-fondateur de Minorités et un spécialiste de la question minoritaire en Europe.

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Quelque 12 millions de Roms et Tsiganes vivent en Europe dans des conditions d’extrême pauvreté avec une espérance de vie de 15 ans inférieure à la moyenne européenne et le plus fort taux de mortalité infantile de l'Union européenne. Tant dans nos démocraties occidentales que dans la plupart des pays d'Europe orientale, ces citoyens européens au mode de vie nomade souffrent de discriminations, n’ont pas accès à un logement et leurs enfants ne suivent pas une scolarité continue en plus des discriminations à l’embauche sur le marché du travail. Voici un papier qui fait rapidement le tour de la question et propose une série de recommandations aux pouvoirs publics afin d’améliorer rapidement la situation des Roms et Gens du voyage vivant en territoire européen.

A

u-delà de l’image folklorique véhiculée par le cinéma et l’image négative perpétuée par les faits divers médiatiques, les communautés Roms et Gens du voyage (Manouches, Sinti, Gitans) sont confrontées à d’importants défis régulièrement évoqués au niveau européen et international. En effet, « les Roms représentent le groupe ethnique le plus confronté à l’exclusion sociale, à la discrimination et au racisme. » Pour y faire face, il y a lieu à la fois d’augmenter les actions des pouvoirs publics et qu’un plus grand sens de responsabilité se manifeste parmi les Roms, mais il faut que cela se fasse dans cet ordre.

Aussi, il ne peut pas être question seulement de non-discrimination et d’égalité de traitement, mais d’action positive avec comme objectif ultime l’accès effectif à l’enseignement, à l’emploi et au logement », a déclaré José Manuel Barroso lors d'un sommet européen sur les Roms en 2008. Le Président de la Commission européenne a même lancé un appel aux gouvernements des Etats membres à utiliser les instruments financiers européens pour lutter contre ces discriminations mais visiblement le message a dû à passer car la motivation politique des dirigeants nationaux n'est pas vraiment débordante quant il s'agit d'aider ce groupe spécifique électoralement insignifiant. Pourtant, plusieurs pays pourraient facilement débloquer des fonds visant très concrètement à améliorer la scolarisation des enfants Roms et promouvoir l’égalité des chances en matière d’emploi, comme le recommande d’ailleurs des rapports internationaux.

Préoccupé par la situation de ce groupe itinérant, les pouvoirs nationaux se concentrent essentiellement sur des questions liées à la discrimination et au droit de séjour mais, en plus de ces dossiers, les Roms et Gens du voyage sont confrontés à des problèmes de logement, d’enseignement ou de représentations médiatiques. Logement, pauvreté, absentéisme scolaire, discrimination à l’embauche et mauvaise image véhiculée dans les médias, ces populations nomades méconnues doivent faire face à une série d’obstacles dont les remèdes sont répartis à travers les différents niveaux de pouvoirs.

 

 

Séjour préparé = moins de problèmes

 

En matière de logement, les régions européennes n’offrent qu’insuffisamment des terrains de transit ou de stationnement aux Roms et Gens du voyage. En Région bruxelloise par exemple, le Parlement régional, préoccupée par cette situation, avait dès février 2004 adoptée une résolution recommandant au gouvernement régional « de mettre plusieurs terrains à la disposition des gens de voyage pour le transit des caravanes ». Après une législature de 5 ans derrière nous, peu de parlementaires s’interrogent sur la suite accordée à cette résolution.

En Flandre aussi, des acteurs du secteur associatif évoquent des « promesses non tenues » du gouvernement flamand en pointant du doigt le manque de places de stationnement et de transit même si l'ex-ministre libéral flamand de l’Intégration conteste le fait et rappelle que son budget a quadruplé. Enfin, en région wallonne, ce n’est que depuis 2007 que les autorités s’intéressent sérieusement à « l’accueil et le séjour des gens du voyage ». Mais sur le terrain belge, les tensions demeurent notamment parce que les communes refusent de mettre des terrains à disposition pour cette catégorie qualifiée de « tziganes ».

Pourtant, des exemples à suivre existent au niveau local avec des communes comme Hotton, Namur ou Ottignies-Louvain-La-Neuve qui organisent officiellement le séjour des Gens du voyage avec une idée simple derrière la tête : plus le séjour est préparé et géré, mieux il se déroule, ce qui améliore les relations avec les riverains. A ce sujet, les pouvoirs publics pourraient par exemple systématiser la désignation d’un responsable compétent, assisté de bénévoles, par commune pouvant jouer un rôle de relais.

 

 

Ecoles mobiles européennes?

 

Un autre grand problème de la communauté Rom en Europe se rapporte l’absentéisme scolaire des enfants. La plupart n’ont pas de scolarité continue et passent rarement les examens. « 45 % des enfants Roms en Belgique ne suivent pas d’enseignement et pour les familles itinérantes la situation est encore pire puisque qu’on constate 100 % d’absentéisme entre mars et septembre », indiquait une étude belge datant de 2001. Sur le plan politique, alors que le décret sur l’égalité des chances de la Communauté flamande prévoit des financements spécifiques complémentaires pour ces enfants défavorisés regroupés sous le vocable de « population itinérante » aux côtés des enfants de bateliers et de forains, les Communautés française et germanophone ne reconnaissent pas les Roms et Gens du Voyage, ce qui se traduit par une absence totale de réglementation spécifique.

Un premier pas serait de s’inspirer de l’exemple français en affrétant des écoles mobiles aménagées spécialement pour les besoins de cette communauté sur les lieux de stationnement ou un programme d’enseignement à distance. La Commission européenne pourrait développer et coordonner des « écoles mobiles européennes » dans le cadre d'un plan « zéro absentéisme à l'école ».

 

Mais avant tout, pour répondre concrètement et efficacement à ces besoins urgents, les décideurs doivent disposer de rapports précis avec des données mises à jour sur la situation des Roms et Gens du Voyage qui vivent sur son territoire. Impossible de le faire sans stimuler la recherche et les enquêtes journalistiques. Ainsi, il serait utile que les pouvoirs publics européens ou nationaux organisent le financement de statistiques fiables pour chaque niveau national basées sur une méthodologie élaborée en concertation avec les représentants de la population étudiée. Car plus une population est connue, mieux on peut s’organiser son accueil et moins la société sera confronté aux problèmes sociaux, économiques et de sécurité.


Mehmet Koksal

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