Et Act Up n'en finit pas de mouriiiiiiiiiiiir

C'est l'histoire d'une association vieille d'un quart de siècle et qui ressemble à la Cour des Miracles. Surtout ne le dites pas, il parait que cette blague énerve tellement ses responsables qu'ils sont capables de vous casser la gueule. Ce qui n'est PAS DU TOUT dans l'esprit d'Act Up, après tout on nous a traité de tous les noms depuis le premier jour et on n'a pas sorti les battes de baseball pour autant.
C'est l'histoire d'une association vieille d'un quart de siècle et qui ressemble à la Cour des Miracles. Surtout ne le dites pas, il parait que cette blague énerve tellement ses responsables qu'ils sont capables de vous casser la gueule. Ce qui n'est PAS DU TOUT dans l'esprit d'Act Up, après tout on nous a traité de tous les noms depuis le premier jour et on n'a pas sorti les battes de baseball pour autant.

Rappel : l'association est déficitaire et ne parvient plus à assumer le salaire des huit ses salariés depuis janvier. Un appel à don a été lancé le 31 décembre 2013 mais n'a visiblement pas rempli son but. Une pétition adressée au Ministère de la santé n'a obtenu que... 4760 signatures, ce qui est extrêment peu quand on considère le renom d'Act Up-Paris qui vit largement sur une réputation désormais fantomatique (la plaisanterie de cette pétition réside dans son titre : Pour que cesse cette épidémie, Act Up-Paris doit vivre. Comme si on pouvait arrêter une épidémie avec un découvert à la banque).

 

Et l'article récent du Monde ne dit pas grand chose sur le fonctionnement interne de l'association qui se trouve face à la possibilité d'un redressement judiciaire. Ce qui dérange forcément les huit salariés de l'association qui, dans le budget prévisionnel 2013, monopolisent 600.000 euros (rémunération, charges, etc.), c'est-à-dire beaucoup plus que n'importe quel poste de recettes, subventions et dons divers. Par exemple, c'est deux fois plus que l'ensemble des dons cumulés de l'industrie pharmaceutique (235.000 euros). Un administrateur qui débarquerait dans le local historique de l'association, rue Sedaine, anciens locaux du Gai Pied, se trouverait face à de grands espaces vides. Je ne me rappelle pas leur superficie exacte, mais ces bureaux font bien 200m2 ou davantage, symbole de la réussite d'Act Up, pourtant à l'étroit il y a encore dix ans avec ses commissions, ses archives, ses réunions incessantes, ses préparations d'action. Un administrateur proposerait tout de suite un déménagement d'urgence et une réduction d'au moins 50% de la masse salariale parce qu'une association, c'est aussi une entreprise et qu'on ne peut plus mettre cette situation sur la réduction des aides de l'Etat ou de l'industrie pharmaceutique quand la crise économique affecte tout le monde dans la société. Act Up n'est pas une exception. Si les employés de La Redoute sont jetés au chômage, si toutes les associations caritatives du pays réduisent leurs budgets, on se demande pourquoi Act Up aurait un statut privilégié.

 

Car tout ceci n'est que le dernier appel de détresse en date d'une association qui n'attire plus personne et qui n'en peut plus de mourir. C'est cela que les pouvoirs publics et l'industrie ne cessent de constater. La fréquentation d'Act Up est en chute libre depuis longtemps déjà. Les réunions hebdomadaires (RH) ne se déroulent plus aux Beaux Arts car il serait assez absurde de réserver un amphithéâtre pour douze personnes (c'est d'ailleurs moins que lors de la première réunion d'Act Up en...1989). Cela fait des années que le mardi soir est la répétition publique d'un désintérêt total pour un groupe qui ne parle plus qu'à lui-même. Les RH ont désormais lieu au local et les dernières infos font état d'une déliquescence jamais vue dans l'histoire d'Act Up : à la fin de la réunion, on vote... pour savoir si on se retrouve la semaine suivante pour une autre réunion. Les comptes rendus de ces réunions (celle du 13 mars dernier par exemple) sont entièrement consacrés à une obsédante recherche de sous. Ce n'est pas de la lutte contre le sida, c'est la course aux pièces jaunes. On va voir la Mairie de Paris, le laboratoire Gilead, la recherche de nouveaux donateurs VIP (Act Up a besoin de plusieurs sosies de Pierre Bergé qui a offert magnanimement 150.000 euros) et il y a même quelqu'un qui a "un pote qui a un pote qui a un chapiteau à Ris-Orangis" et on en est toujours à discuter de la nécessité de déménager quand cette obligation aurait du être concrétisée depuis longtemps.

 

Act Up est mourant mais il faut survivre coûte que coûte. Il y a 8 salariés à sauver, pardi! Tu comprends, si un administrateur débarque, on ne pourra plus fumer sa clope au local. Pire, plus de bière 8.6 Bavaria Gold au frigo pour la « pause ». Pire encore, il faudra arriver à l'heure le matin pour travailler! Et pour faire taire ceux qui disent qu'on n'entend parler d'Act Up que lorsque l'association n'a plus de sous, il y a toujours ces arguments de fin d'époque:

- « Si Act Up disparait, il n'y aura plus qu'une seule voix, celle de AIDES »

Réponse : c'est déjà le cas et l'ironie, c'est que tous les éléments efficaces d'Act Up ont été engagés chez AIDES qui, désormais, les licencie. Les corporations font exactement comme ça. 

 

- « Si Act Up disparaît, c'est la fin du militantisme radical chez les LGBT »

Réponse : ah oui, vous croyez que ce groupe est encore attractif pour les LGBT? Et puis, on l'a assez dit, peut-être que d'autres groupes apparaîtront quand Act Up aura laissé la place vide. Ou pas. Mais on verra en tout cas. Le fait est, Act Up monopolise une place qui empêche l'apparition de nouveaux groupes, c'est ça qui est catastrophique. Pour la génération des 20 et 30 ans, ce groupe est un repoussoir. Et SURTOUT une excuse pour ne rien faire. C'est un alibi. Il y a Act Up, c'est nul, donc ça sert à rien de faire quoi que ce soit.

 

- « Si Act Up disparaît, il n'y aura pas Protocoles, les Repi, etc.»

Réponse : personne les lit, personne ne va aux Repi, arrêtez. Même les premiers intéressés n'utilisent plus ces outils. On est en mars 2014 et Act Up se demande juste maintenant s'il ne serait pas temps de rajeunir son site internet. Hello? Vous avez besoin de combien de militants pour améliorer un truc qu'on peut faire sans argent? Après tout, Act Up n'a pas empêché les 6000 nouvelles contaminations par an en France et si le groupe s'était concentré sur la prévention gay, au lieu de la laisser à AIDES depuis dix ans, on n'en serait pas là. On a été patients avec Act Up comme on a été patients avec la gauche au pouvoir. On voit ce que ça donne.

 

Il est temps qu'Act Up arrête, point barre. Ce n'est pas seulement le fondateur de l'association qui exprime ici une quelconque frustration, c'est celle aussi de tous les anciens d'Act Up. Vous les entendez soutenir l'association qui a contribué à leur survie? Non, ils s'en foutent, il faut dire que ça leur fait du mal, eux aussi, de voir leur engagement passé réduit à l'échec actuel. Vous ne les voyez pas cosigner une tribune pour sauver l'association phare de leur jeunesse. Car ils ont été témoins, comme tous les LGBT lambda, de la mauvaise stratégie de l'association pour renverser sa tendance suicidaire. Chaque manif ratée, chaque communiqué rempli de fautes, chaque président qui ne veut pas se représenter, on l'a vu passer. Paradoxalement, les seules structures qui défendent l'existence d'Act Up sont les pouvoirs publics et même l'industrie pharmaceutique. Pour eux, une association aussi fragile qu'Act Up est la meilleure garantie de tranquillité. Puisqu'il n'y a personne à Act Up, ils sont tranquilles.

 

La question que tout le monde se pose, c'est : si Act Up s'est engagé auprès des putes, des trans, des Africains, des jeunes nouvellement contaminés, des vieux séropos, alors pourquoi l'association n'est pas remplie de putes, de trans, d'Africains, de jeunes et de vieux séropos? Il suffirait de juste 20 personnes dans chacune de ces catégories pour que l'association attire à nouveau 100 personnes à ses réunions hebdomadaires. Et là, elle serait crédible à nouveau, elle mériterait qu'on l'aide et qu'on lui donne des sous.

 

Mais toutes ces minorités se sont dirigées (ou pas) vers des structures plus spécifiques qui parlent vraiment le langage des laissés pour compte de la lutte contre le sida. Act Up n'a toujours pas compris que le monde est en crise et depuis 2008, ce groupe n'a absolument pas capitalisé sur les mouvements sociaux qui ont fait descendre des millions de personnes dans la rue à travers l'Europe et ailleurs. Act Up n'a pas capitalisé sur la déception du PS, sur les insultes entendues lors du débat sur le mariage gay, sur les tabassages de gays qui nous choquent chaque jour. Chaque pays a eu ses Indignés, 60% des jeunes Français disent être prêts pour s'engager dans un mouvement radical s'il apparaissait et Act Up est invisible car il n'a pas évolué. Act Up est le seul groupe qui pouvait faire de l'outing en France, ce qui aurait dynamisé son image et son impact, et cette association paye aujourd'hui, littéralement, l'échec de ses choix politiques. Sa seule porte de sortie, légitime et fière, serait de se saborder publiquement dans un dernier geste de bravoure. Rejoindre l'histoire du Sida Vainqueur pour mettre un terme définitif à une dégringolade qui n'en finit plus, qui fatigue tout le monde, qui fait honte à son passé glorieux et qui nous empêche d'aller de l'avant.

 

Act Up-Paris est mort, il faut arrêter ASAP.


Didier Lestrade

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