Hollande et la déontologie du cul

La presse « sérieuse » parle du GayetGate comme si l'affaire était close. « Je parie qu'on en parlera plus d'ici trois jours » peut-on lire ici ou là. Il suffit pourtant de passer devant un kiosque. D'un côté toute la presse people qui, pour une fois, fait un travail d'information, de l'autre les grands journaux qui sous-traitent désormais ces infos dans des articles d'une brièveté assez ridicule. Pour l'élite, il faut absolument faire en sorte de sortir le pays d'un long mois exclusivement consacré à Dieudonné et au théâtre de boulevard Hollande chez les Guignols de l'Info. C'est peine perdue.

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Didier Lestrade

par Didier Lestrade - Dimanche 19 janvier 2014

Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.

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La presse « sérieuse » parle du GayetGate comme si l'affaire était close. « Je parie qu'on en parlera plus d'ici trois jours » peut-on lire ici ou là. Il suffit pourtant de passer devant un kiosque. D'un côté toute la presse people qui, pour une fois, fait un travail d'information, de l'autre les grands journaux qui sous-traitent désormais ces infos dans des articles d'une brièveté assez ridicule. Pour l'élite, il faut absolument faire en sorte de sortir le pays d'un long mois exclusivement consacré à Dieudonné et au théâtre de boulevard Hollande chez les Guignols de l'Info. C'est peine perdue.

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elon les sondages, 75% des français approuvent le silence de Hollande lors de sa conférence de presse. Cela ne veut pas dire que les français ne sont plus intéressés par cette histoire, les records de chiffres de vente de Closer et des autres magazines en sont la preuve. Est-ce que les 600.000 personnes qui ont acheté Closer et les millions de visites sur Internet font partie des 25% restants? Non, bien sûr. Avec Frédéric Mitterrand qui fait croire que cette histoire abracadabrante produit un flip flop d'image qui transforme le Hollande mou que l'on connait en un hypothétique Hollande dur, on n'a pas fini de passer par toutes les étapes d'une hystérie politique. Les rédactions de presse se déchirent sur ce qui est privé et ce qui ne l'est plus.

Il serait temps que la France découvre enfin que la vie privée n'est plus la vie privée à travers les millions de selfies, la liberté de ton de Twitter et les jeunes qui ont élevé le sarcasme au rang de première qualité intellectuelle. Internet est là et se moque de la presse traditionnelle qui cherche à étouffer l'affaire tout en se protégeant. Ce n'est pas être démago que voir dans tout ceci le fonctionnement d'une élite qui persiste à garder les Français dans l'ignorance à travers le off the record. Et comme le note le New York Times, maintenant que les détails de cette histoire d'amour ne cessent de fuiter, on se demande vraiment pourquoi Hollande a choisi Valérie Trierweiler comme compagne si leur affaire était déjà en crise au moment de l'accès à la présidence.

 

Quand le pays souffre de toute part, il est gênant de voir un président au niveau sub-aquatique des sondages prendre du bon temps tout en jouant à cache-cache avec ses services de sécurité et l'opinion publique. Ce jeu puéril, qui dure depuis des mois, met encore plus en valeur l'échec des réformes, le basculement à droite, le fait de remettre à 2017 ce qui aurait du être fait depuis l'année dernière. Hollande rate tout ce qu'il touche comme le mariage gay (il a même le culot de dire aujourd'hui qu'il a soutenu depuis le début le projet de loi, MDR). Alors oui, quand tout le reste est morose, la vie privée prend la première place dans le regard des gens. On découvre que le GayetGate c'est du Tom Cruise ou du Michael Jackson mais à la française. Une sorte de mariage arrangé, comme le président précédent, alors qu'on s'était promis de ne plus avoir à subir ça. Si on calcule bien, Hollande a présenté sa compagne après les élections alors que c'était déjà fini.

 

Et tout ceci arrive près 8 mois de conflit sur le mariage gay qui posaient plein de questions sur ce qu'est un couple, comment le mariage évolue, ce qui choque et ce qui ne choque plus. La moralité politique quoi. Ce qu'on pourrait appeler la déonthologie du cul. Au niveau présidentiel, ça devrait être blindé. Les mecs, l'Elysée manque visiblement de spin doctors. « Chef, on a Closer qui révèle toute l'affaire, on fait quoi?  ». C'est ridicule en soi. Au lieu d'anticiper, le pouvoir s'est trouvé pendant plusieurs jours dans les limbes, le monde entier s'en est amusé et on veut nous faire croire que dans 3 jours tout ceci sera oublié. Alors qu'au moment du voyage à Washington dans... 20 jours, on arrivera au sommet du délire vaudevilien. Avec des médias américains qui seront beaucoup moins polis que les nôtres.

 

Cette affaire rappelle trop le retard de la France sur l'affirmation et oui, on y revient encore, le retard du coming out. À force de rester à l'écart de ce mouvement d'affirmation qui traverse tous les pays du monde, en Russie et même dans les régions d'Afrique où l'on tente d'exterminer les personnes LGBT, notre pays reste sur le bas côté de l'histoire en matière de visibilité. C'est le même constat de base : si les gays célèbres ne veulent pas s'affirmer en tant que tels, pourquoi donc le Président s'obligerait à la moindre honnêteté? La gauche est arrivée au pouvoir mais l'immobilisme du coming out en France est imposé par cette gauche elle-même et les espoirs d'émergence politique d'une nouvelle génération LGBT se trouvent brisés. Toute la classe politique soutient de fait l'hypocrisie présidentielle. Pourtant, chaque nouvelle affaire fait office de symbole et on nous jure qu'il y aura eu un avant et un après le tourisme sexuel en Thaïlande, un avant et après DSK, un avant et après Descoings, mais rien ne bouge. C'est ce qui se passe, forcément, quand les médias politiques sont liés au pouvoir.

 

Une inconscience politique. Les gens font forcément un lien entre cet amateurisme sur la vie privée et Dassault qui se trouve protégé par un Sénat pourtant majoritairement à gauche. Voilà, vous le savez désormais : Hollande, c'est Sarkozy. Les Guignols ont du matos lourd pour 4 semaines. Le Petit Journal va découper tout ça en jingles désopilants. On fait déjà des blagues sur Gorafi car Gayet se serait trompée de scooter. Même The Economist s'y met. Les possibilités de gag à répétition sont infinies, surtout depuis que Valérie est sortie de l'hôpital et qu'elle refuse de laisser sa place. C'est du n'importe quoi au plus haut niveau. C'est l'effondrement intellectuel dont parle Krugman et la violence du consensus dont parle Gwen Fauchois et ça arrive parce que la gauche n'a toujours pas compris son époque, ça se voit à travers tout, de la pénalisation de la prostitution à l'écologie.

 

Parce que ne pas dire, c'est forcément mentir. C'est ce que l'on n'arrête pas de répéter sur l'outing. La moindre des choses, c'est espérer un minimum de cohérence chez les politiques et les personnalités LGBT. Pourquoi parlerait-on autant d'un ancien footballer allemand qui fait son coming out tout en passant sous silence l'impunité avec laquelle Hollande pensait cacher tout ce cirque? Pensait-il vraiment qu'une telle bombe n'exploserait jamais?

 

Ils ne comprennent vraiment pas, vous savez. Notre vie est exposée sur Internet, et la leur devrait être protégée. Votre ex se venge en postant une photo de vous à poil? Tout ce que vous faites sur Internet est enregistré?  Brrrrr! vous avez peur !

 

Réveillez-vous, vous êtes au XXIe siècle.


Didier Lestrade

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