Quel sort réserve t’on aux travailleurSEs du sexe migrantes ?

Les parlementaires socialistes disent que 90% des travailleurSEs du sexe en France sont étrangères. Ils s’appuient sur les chiffres de la police, qui en d’autres occasions sont souvent critiqués par les forces de gauche. Cette fois, hormis de la part des travailleurSEs du sexe syndiquéEs et de la part de chercheurs, ce chiffre est repris tel quel et sert en plus à dénombrer le nombre de victimes de la traite : toutE travailleurSE du sexe migrantE étant en effet automatiquement considéréE comme une victime de la traite, sans jamais expliquer ni comment ni pourquoi.

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Thierry Schaffauser

par Thierry Schaffauser - Dimanche 08 décembre 2013

Pute, pédé, drogué, ancien d'Act Up, il vit à Paris après une vie à Londres. Il s'intéresse aux luttes putes, pédés, sida, au syndicalisme, et aux questions dites minoritaires en général, mais pas que... Il a coécrit le livre manifeste Fières d’être Putes, et apparaît de temps en temps dans les pages « Comment is Free » du Guardian.  

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Les parlementaires socialistes disent que 90% des travailleurSEs du sexe en France sont étrangères. Ils s’appuient sur les chiffres de la police, qui en d’autres occasions sont souvent critiqués par les forces de gauche. Cette fois, hormis de la part des travailleurSEs du sexe syndiquéEs et de la part de chercheurs, ce chiffre est repris tel quel et sert en plus à dénombrer le nombre de victimes de la traite : toutE travailleurSE du sexe migrantE étant en effet automatiquement considéréE comme une victime de la traite, sans jamais expliquer ni comment ni pourquoi.

T

andis que le STRASS demande la régularisation de tous les sans papiers et la dépénalisation du travail sexuel dans son ensemble, le Parti Socialiste a voté en première lecture à l'Assemblée Nationale une proposition de loi pour entre autres, bloquer les sites Internet de prostitution, pénaliser les clients, et créer des stages de rééducation pour les « responsabiliser ».

Bien sûr, ces mesures phares sont accompagnées d’autres mesures qui apparaissent comme plus favorables afin de mieux les faire passer dans l'opinion. Par exemple, le délit de racolage devrait être abrogé. Or, les débats parlementaires n'étant pas encore finis, et au vu des déclarations du ministre de l'Intérieur, nous pourrions craindre que seul le racolage passif soit dépénalisé, et comme le souhaitent de nombreux élus locaux socialistes, que le racolage dit actif continue de punir les travailleurSEs du sexe.

 

Par ailleurs le texte de la proposition de loi rappelle que : « L’article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales permet à la police municipale de réprimer les atteintes à la tranquillité publique ; les pouvoirs de police générale du maire, enfin, lui permettent d’édicter des arrêtés municipaux afin d’interdire ou de restreindre la présence de personnes prostituées sur la voie publique. »

 

C’est exactement la politique que mènent déjà des maires socialistes comme Gérard Collomb à Lyon qui depuis des années pourchasse les travailleurSEs du sexe et les repousse toujours plus loin de la ville. La dépénalisation du racolage au niveau national serait donc en fait simplement remplacée par la pénalisation du racolage au niveau local.

 

L’autre grande mesure dite sociale pour inciter les travailleurSEs du sexe à arrêter le travail sexuel serait de donner un titre de séjour de 6 mois aux migrantEs sans papiers. C’est la seule mesure qui pourrait ressembler à un progrès, mais celle-ci est conditionnée à l’arrêt du travail sexuel.

 

On peut donc s’interroger sur le fait de décrire toutes les travailleurSEs du sexe migrantEs comme des « victimes de la traite », tout en considérant qu’il faille conditionner l’obtention d’un titre de séjour à l’arrêt du travail sexuel. Si elles étaient réellement toutes des victimes, y’aurait il besoin en effet d’exercer ce chantage à la carte de séjour au lieu de la leur donner systématiquement?

 

Que se passera-t-il après ces 6 mois? Nous ne le savons pas. S’agit il donc simplement de pousser les migrantEs à se déclarer auprès des autorités pour 6 mois plus tard se retrouver dans la même situation initiale de sans papiers, et probablement devoir reprendre le travail sexuel, faute d’accéder à un autre travail légalement?

 

Que se passera t’il pour celles qui sans autre revenu continueront à exercer le travail sexuel en cachette? Seront-elles pénalisées si une des ‘associations agréées’ en charge de les accompagner découvre qu’elles ne remplissent pas la condition d’obtention du titre de séjour? Se retrouveront elles à la case départ sous la menace d’expulsion?

 

A juste titre, le sociologue Lilian Mathieu souligne la création d’une préférence nationale pour le travail sexuel. SeulEs les travailleurSEs du sexe françaisEs pourront continuer leur travail. Les migrantEs qui sont, d’après les législateurs, toutes censéEs être des victimes de la traite et donc à priori sans papiers, sont elles vouées à arrêter le travail sexuel en échange d’un titre de séjour.

 

Que se passera-t-il alors pour les travailleurSEs du sexe migrantEs sans papiers qui continueraient d’exercer leur travail ? Normalement, les lois sur l’immigration devraient continuer à s’appliquer et elles seront donc toujours sous la menace et la contrainte d’une reconduite à la frontière.

 

Est-ce que cette situation ne risque pas d’encourager la police à accentuer des pratiques de contrôle au faciès? Si les travailleurSEs du sexe migrantEs sont censéEs arrêter le travail sexuel, et que seules les françaisEs conserveront la possibilité de l’exercer légalement, toute travailleurSE qui aurait l’apparence d’une étrangère sera davantage susceptible d’être contrôléE, car soupçonnéE d’être sans papiers.

 

Au final, ce qui est promu comme un progrès pour les travailleurSEs du sexe migrantEs pourrait s’avérer une politique renforcée de contrôle migratoire et de répression du travail sexuel. Comme l'a dit la ministre des droits des femmes Madame Vallaud-Belkacem durant les débats parlementaires: « La France n'est pas une terre d'accueil de la prostitution ». Le message est donc clair. 


Thierry Schaffauser

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