Et si ce soir j’étais séropo ?

Et nous y revoilà, encore une fois. Ce n’est pas tout à fait le même refrain, mais les similarités sont bien là... Je sens en moi que ça y est, je le suis. Pourtant, je ne reproduis pas continuellement les mêmes erreurs, si ? Et puis d'ailleurs, est-ce une erreur de céder à la tentation de l’amour en toute simplicité, l’amour possible, l’amour qui n’aurait rien à attendre de l’autre sauf sa bienveillance…

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Didier Reynaud

par Didier Reynaud - Dimanche 24 novembre 2013

  Didier Reynaud, 25 ans, fait du commerce équitable son cheval de bataille pour lutter contre toutes formes de discriminations. Co-fondateur de mapausecafe.net, vice-président de l’association ekitinfo.org, il co-organise pour la troisième fois le concours du « Futur Equitable ».   

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Et nous y revoilà, encore une fois. Ce n’est pas tout à fait le même refrain, mais les similarités sont bien là... Je sens en moi que ça y est, je le suis. Pourtant, je ne reproduis pas continuellement les mêmes erreurs, si ? Et puis d'ailleurs, est-ce une erreur de céder à la tentation de l’amour en toute simplicité, l’amour possible, l’amour qui n’aurait rien à attendre de l’autre sauf sa bienveillance…

J

e vous écris aujourd’hui et je suis sous TPE mais celui-ci risque malheureusement d’être inefficace car il ne couvre qu’une partie de la relation que j’ai pu avoir avec une personne nouvellement séropo.

J’ai été confronté plusieurs fois par le VIH dans ma vie, après tout nous vivons avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, comme si nous étions condamnés de manière inéluctable. J’ai été directement confronté au moins trois fois par le VIH dans ma courte vie et, à 26 ans, je me pose souvent la question de savoir combien de fois j’ai pu coucher en étant protégé, ou combien de fois ai-je pu l’avoir au plus près de mes amygdales, et donc combien de fois ai-je pu l’effleurer avec ma langue…

 

Je ne faisais pourtant pas de mal, ni à l’autre personne, ni à moi, et je n’avais pas l’impression de prendre un risque notoire puisque personne ne suce une capote désormais, ni en met une pour se faire sucer… L’important, nous disait-on, était de ne pas avaler… Et puis il y a eu ce choc, aller au Checkpoint avec mon partenaire et découvrir sa séropositivité et en même temps sa réaction digne et sonnée. Dingue…

 

Les relations amoureuses et sexuelles sont l'essence même de notre nature  et devraient constituer le fondement de notre culture, le fondement de nos plaisirs et pourtant aujourd’hui si je ne me fous pas en l’air c’est qu’un miracle peut encore avoir lieu et que je touche du doigt l’espoir qu’un vaccin sera mis sur pied un jour pour de bon.

 

Quel est ce mal, cette tragédie qui fait que nous puissions à ce point tendre vers une épidémie massive du VIH? Parce que même si les données statistiques prouvent que l’épidémie arrive à un plateau, dans les faits on à l’impression que c’est de pire en pire, d’ailleurs ne communique-t-on pas de moins en moins sur ce sujet ? On en arrive à des taux tout de même pour le moins alarmants : 17% pour toute l’Afrique du Sud, toute population confondue. Et en France, une contamination qui touche, toutes proportions gardées, surtout les homosexuels.

 

 

Et avant ?

 

Ce putain de virus, serait-il une sorte de peste ? Serait-ce une Shoa ?

Pourquoi ne trouvons-nous pas de solution à ce virus, pourquoi met-on plus l'accent sur l’après ou la prévention mais jamais l’avant vie sexuelle ?

 

Qui est responsable au fond ? Qui devrions nous attaquer pour crime contre l’Humanité ?

 

Qui se fout royalement que des pédés, toujours aussi jeunes (25 à 30 ans) se contaminent et l’apprennent au début de leur vie ?

 

Qui se fait du blé depuis 30 ans et pourrait peut être à présent réinvestir cet argent dans la vie sexuelle de tout le monde?… OK ils se seront bien enrichis avec cette pourriture de VIH, ils ont en fait leur métier, certains gagnent 10.000 euros par mois! Mais à présent faut y aller à 2000% les amis… parce que c’est l’impression qu’on a ici-bas. On est oubliés. COUCOU c’est nous le peuple, les prolos… les moins bien lotis !

 

J’ai encore l’espoir de ne pas être contaminé. Mais j'ai besoin de m’imaginer en tant que séropo, et puis je n'ai pas le choix car pendant un mois je vais prendre ce petit traitement pas du tout contraignant comme on nous l’a vendu.

 

Si j’étais séropo, je pense que je passerai des mois à pleurer, d’autres à agir et que je finirai ma vie en me disant que je n’ai pas eu de bol parce que je ne suis pas quelqu’un qui provoque et que même si ça avait été le cas, il y a un problème avec la contamination quelle qu’elle soit, elle n’est pas normale.

 

Oui, il est toujours aussi dur de s’affirmer et d’apprendre à aimer même pour des personnes ayant fait des études, même pour des gros durs, ou des grands timides ou de grands extravertis, que pour des gosses que nous sommes tous au fond.

 

Nous sommes ravagés par ces histoires, nous sommes ravagés par votre manque d’action, quelque chose nous décime et nous détruit et vous laissez faire… Alors il ne faudra pas s’étonner si on se retrouve dans 20 ans à traiter encore des mêmes sujets. Franchement je ne veux pas vivre ça, je ne veux pas vivre dans une société encore plus folle, encore plus débile, qui ne s’occupe même pas des vrais problèmes des gens tout ça parce qu’une poignée d’incompétents notoires essaient de faire leur destin politique car leur unique préoccupation est de savoir qu’un jour une rue, un parc ou un musée portera leur nom, ces gens-là non pas compris que la vie, c’est maintenant qu’il faut la vivre, pas après la mort ! 

 

Qui pourrait nous apprendre à vivre notre vie d’homo, qui pourrait réussir à nous apprendre à nous affirmer, nous assumer, nous protéger ? L’État, l’Education nationale et les entreprises, bref tous les acteurs culturels, politiques et économiques de notre pays, et même la religion si un jour celle-ci arrêtait d’être conne à ce sujet là !

 

De quoi avons-nous peur ? De rendre tout le monde heureux ? De voir les gens s’épanouir sexuellement à deux? Et puis merde on ne se fait pas de mal, juste du BIEN !

 

Je  dois vous paraître cru, et pour une fois j’ai envie d’assumer, après tout ce soir c’est peut être moi qui suis séropo, et j’ai tout le temps tenté au maximum de me protéger, pour tout vous dire et même si certains en douteront, je sais que je peux me regarder dans la glace sans aucun problème. Je ne pense pas avoir une attitude à risque, je n’aime simplement pas sucer du plastique même quand il a le goût du chocolat, de la fraise ou de la goyave, non j’aime bien son goût naturel, et s’il ne me plait pas alors je douterai fortement de l’hygiène du mec et l’enverrai illico sous la douche !

Si on aime sa forme bien que parfois pas forcément esthétique chez tous (je ne vise personne en particulier, quoi que…), on aime en tout cas la sensation, on aime aussi cet oubli dont on peut faire preuve au profit de l’autre. Oui la pipe c’est altruiste d’une certaine manière.

 

Ce soir je suis donc potentiellement séropo, alors que je lutte contre son exact inverse, notamment à travers ma volonté de voir s’instaurer un monde équitable où nul ne se sentirait exclu, car basé sur l’individu en premier lieu et sur la confiance… et je ne me reconnais pas dans ce Monde d’aujourd’hui qui n’est pas fait pour que les gens s’épanouissent mais au contraire, pour qu’ils soient frustrés, ce qui doit à mon avis stimuler la consommation, au minimum celle de la vente de médocs.

 

Oui on ne crève plus soit disant du sida, mais bon, vendredi dernier, alors que je marchais avec un psy (l’ami d’un ami spécialisé sur le VIH), celui-ci me confia qu’un de ses patients séropos venait de mourir… Un jeune homme… Même pas la trentaine…

 

Prendrons-nous conscience du mal que nous faisons en n’éduquant pas plus ? Avons-nous conscience du nombre de vies et de destins brisés ou orientés par ce fléau ? Il est où le problème hein, avec le fait d’avoir des pédés, des lesbiennes, des trans, des bis, des hétéros qui s’éclatent au pieu ? Il est où le problème avec l’envie de se faire plaisir ? Où sont vraiment les occasions de se faire plaisir dans notre société ? Avons-nous tant de fois que ça par jour l’opportunité de faire plaisir à d’autres ? De les stimuler ?

 

 

Franchement con

 

Si je devenais séropo suite à l’histoire qui m’amène à vous aujourd’hui, je crois que je me sentirai encore plus con que ce que je ne suis réellement et j’en voudrai à ceux qui osent mentir, qu’il s’agisse de ceux qui m’ont inventé des histoires ces derniers temps, mais surtout celles et ceux qui sont aux manettes de notre pays de manière politique, économique ou culturelle parce que je ne les entends plus parler de ce sujet et comme bon nombre de besoins sociétaux, ils sont soigneusement oubliés et évités : c’est la CRISE nous dit-on !

 

Comment peut-on accepter au sein de ma génération qu’on se contamine encore, comment ma génération peut elle accepter de ne plus parler de ce sujet ? Comment ne pas culpabiliser quand on devient séropo en 2013 ? Est-ce qu’on peut en toute connaissance de cause réussir à se contaminer ? Vit-on mieux aujourd’hui qu’hier avec le VIH ? N’est-ce pas plus dur pour nous d’être contaminés parce que le suivi n’existe plus car il n’est pas imposé, parce que c’est quand même un sacré coup sur la tête d’apprendre pour quelqu’un d’autre, mais un coup encore plus dur quand ça nous concerne ?

Alors non ce n’est pas la faute aux vieux pédés, c’est la faute à ceux qui vivent sans avoir jamais été dans la merde, à ceux dont l’avenir est déjà tout tracé et qui, par conséquent, se fichent des préoccupations des jeunes et qui ignorent tout de ce qu’on appelle « la prise de risque ».

 

C’est la faute de ceux, hauts responsables politiques notamment, profs, direction d’entreprises, qui ne se rendent pas compte de la difficulté que nous avons à nous renseigner sur ce sujet malgré toute l’information qui existe, c’est aussi la faute de chacun car il est toujours aussi dur, quoi qu’on en dise, de naître homo et toujours aussi difficile de s’assumer en tant que tel et encore plus hard de faire son coming-out de séropo.

 

Alors aujourd’hui je ne suis pas séropo mais j’ai envie de pousser un coup de gueule comme rarement j’ai pu le faire, d’abord contre moi parce que je me sens responsable alors que j’étais informé, mais surtout parce que cela montre aussi que tout le monde sans exception peut être concerné et doit être concerné par ce sujet, et que nous devrions agir encore plus fort, de manière encore plus radicale et arrêter de nous entretuer.

 

C’est bien là la victoire que nous avions eu contre le VIH, celle de s’insulter et ensuite de faire ressurgir des mouvements. Aujourd’hui, nous en sommes juste au stade de la division, nous sommes tous dans notre coin et ce qui devrait être NOTRE COMBAT, notre UNION, notre devoir de MÉMOIRE, ne l’est plus.

 

Oui, les générations homos du dessus ont été les cobayes de cette maladie et jamais la société ne leur a reconnu leur immense apport à la médecine moderne. Devons-nous par conséquent accepter nous aussi d’être une génération de plus à bouffer des cachetons toute notre vie (si nous sommes contaminés) ou après la moindre pipe pendant un mois (si nous ne sommes pas contaminés) ?

 

Ce qu’on entend sur cette fameuse fellation est assez symptomatique des crises qui traverse le mouvement pédé dans son ensemble, la plupart des livres sur le VIH ne sont pas d’accord et se renvoient la question: pratique à risque oui, probabilité d'un pour mille, mais multiplié par combien si on est allé chez le dentiste le jour même et que notre partenaire est en pleine phase de séroconversion sans le savoir ? 

 

Ce soir j’ai un rêve, un rêve d’évolution. Certains osent espérer qu’un jour l’homophobie disparaitra, j’espère que le VIH n’attendra pas cette évolution pour être vaincu.

 

Ce rêve, cette évolution, cette révolution n’attend plus !

 

 

Un vaccin, un jour?

 

Nous attendons le vaccin, nous vous demandons du plus profond de notre être que vous vous bougiez le cul, nous n’avons plus besoin de vos belles déclarations, nous n’avons plus besoin d’attendre que vous réalisiez que c’est grave ce qui arrive encore, mais nous avons besoin que tous les moyens soient mis en œuvre.

 

Les médecins, les spécialistes, les écrivains, les chercheurs, les patrons de boite, de sauna, les journalistes, les militants, les séropos, les psys, les pharmaciens, les vendeurs de capotes, de gels, les labos, tous, nous savons ce qu’il faudrait faire pour enrayer cette épidémie, tous nous SAVONS exactement les risques qui pèsent sur notre communauté et l’ensemble de la société. 

 

Nous savons ce qu’il manque, une éducation, une vraie lutte contre l’homophobie qui permettrait aussi aux plus éloignés des centres d’information de se renseigner et de poser des questions bien souvent considérés comme honteuses. Nous savons qu’il faut un accompagnement des homos vers leur acceptation, nous savons qu’il faut une aide publique aux associations et aux chercheurs parce que nous n’avons pas envie de confier notre survie physique et mentale aux labos qui nous vendront des médocs à vie.

 

Si aujourd’hui nous sommes capables de créer de l’ADN de synthèse, si aujourd’hui nous sommes capables d’envoyer des gens dans l'espace, si aujourd’hui nous sommes capables de nous mobiliser pour un typhon qui ravage des pays entiers, si aujourd’hui nous sommes capables de créer des technologies qui vont à la vitesse de la lumière ou presque, de greffer des visages, de connecter des cerveaux ensemble, de guérir des cancers, d’en prévoir d’autres, et de permettre à des gens de vivre tout en ayant le VIH, alors personne, personne, personne pourra me faire croire que ce putain de vaccin est inaccessible, mais plus personne ou peu, osent encore le dire !

 

Et si un jour, je dois réellement être contaminé par cette saloperie que je n’aimerai jamais et que je n’accepterai jamais dans mon corps et si je suis en mesure de payer des impôts, il ne faudra pas venir me voir parce que je refuse qu’on balance un centime en trop dans des conflits armés alors même qu’un mal invisible est en train de détruire AUSSI ma génération et les suivantes et que j’ai quand même l’impression qu’on se fout de notre gueule.

 

Je ne vous parle même pas du non suivi médical, de la remise des tests, des aides d’amis pour pouvoir voir les bons médecins au bon moment, mais si j’étais seul à ce moment là, qu’aurais-je fait ?

 

Si nous ne faisons rien, si nous ne remettons pas le VIH au premier plan, et pas que le 1er décembre, et si les paroles ne sont pas suivies d’effets, alors nous risquons d’être encore une fois à côté de la plaque et reporterons inéluctablement le problème à plus tard… sauf qu’il sera peut être trop tard…

Et en attendant, je crois que nous pourrions un jour vous accuser de crime contre l’Humanité.

 

Alors, on se mettrait à espérer un monde plus équitable, plus soucieux des autres, plus autonome, pour réussir enfin à vaincre tous les maux de notre planète, VIH en tête.

 

Aidez-nous à endiguer cette épidémie dans notre communauté, priez si vous êtes croyant, entamez des recherches si vous êtes doctorant, prof ou étudiant, menez l’enquête si vous êtes journaliste, écrivez sur le sujet si vous êtes philosophe, dessinez, bricolez, peignez, composez une musique, prenez des photos, peu importe mais AIDEZ-NOUS, et cessons de faire la part belle à cette tyrannie du silence et à ce mal qui nous décime.

 

Qu’est-ce que c’est que cette société qui arrive à faire de nos relations amoureuses de terribles luttes et qui amène les uns à mentir, les autres à tout croire ?

 

 

 

Quelques petits conseils pratiques pour commencer d’agir :

 

Cette semaine c’est la semaine nationale du dépistage, un peu comme la quinzaine du commerce équitable (preuve qu’on est rentré dans le système)

Alors pour commencer, allons nous informer sur notre statut sérologique.

Informons-nous un maximum en lisant le plus d’articles sur ce sujet.

Rejoignons une association.


Didier Reynaud

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