Cathos/LGBT — Communautés en miroir

Non, promis, on ne va pas parler du mariage. Enfin, pas vraiment. Pourtant, ce papier commence il y a un an, quand le sujet se met à faire la Une de la presse suite aux manifs de Kiwitas et de l'association-au-nom-imprononçable de Mme Tellenne. L'égalité des droits, telle que la conçoit le gouvernement Hollande — Ayrault, passe par la réforme du mariage. Cela hérisse le poil des cathos. Pendant un an (et ça continue, en fait), on va les voir partout : sur les plateaux de télés, sur le pavé parisien, sur les Champs Élysées — malgré les ordres du pouvoir, place Vendôme, place de la Concorde, devant les tribunaux, à chaque sortie d'un(e) ministre. Impossible de louper leur petits drapeaux roses et bleus agités par de petits groupes très remontés, ou leurs sit-in-à-bougies les soirs où la météo est clémente.

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Manuel Atréide

par Manuel Atréide - Lundi 18 novembre 2013

Après avoir été informaticien, développeur Web et concepteur applicatif. Ex-geek (encore que), souvent râleur, toujours curieux et surtout avide de continuer à apprendre tout et n'importe quoi. Surtout branché technologies, politique, évolution des médias, culture bourgeoise. Pas mal de jardins secrets, nettement moins bourgeois. Ah oui: homme, blanc, roux, gaucher, gay.      

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Non, promis, on ne va pas parler du mariage. Enfin, pas vraiment. Pourtant, ce papier commence il y a un an, quand le sujet se met à faire la Une de la presse suite aux manifs de Kiwitas et de l'association-au-nom-imprononçable de Mme Tellenne. L'égalité des droits, telle que la conçoit le gouvernement Hollande — Ayrault, passe par la réforme du mariage. Cela hérisse le poil des cathos. Pendant un an (et ça continue, en fait), on va les voir partout : sur les plateaux de télés, sur le pavé parisien, sur les Champs Élysées — malgré les ordres du pouvoir, place Vendôme, place de la Concorde, devant les tribunaux, à chaque sortie d'un(e) ministre. Impossible de louper leur petits drapeaux roses et bleus agités par de petits groupes très remontés, ou leurs sit-in-à-bougies les soirs où la météo est clémente.

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our quel résultat me direz vous ? A part le fait d'avoir fait criser un paquet de LGBT, d'avoir pourri la vie de la jeune génération et d'avoir lassé les français ? Rien. Nichts, nada, niente. La loi est passée, les mariages ont débuté, la clause de conscience a été rejetée. Même Jean-François Copé a fini par admettre qu'en fait, l'ouverture du mariage aux couples-de-personnes-de-même-sexe est une bonne chose. Period, comme diraient les ricains.

So what ? Justement, il y a des enseignements à tirer ce cette année pénible. Le premier d'entre eux, le plus important, est le suivant : les cathos sont une minorité. Une vraie, une pure, une dure. Une chiante. Une minorité. Et ça change tout.

 

Ca change tout parce que la France, autrefois « fille ainée de l'Église », a clairement dit que désormais, la place des valeurs de l'Église catholique n'avait plus de prééminence systématique dans son débat social et politique. Le mariage civil, jusque là simple copie laïque du mariage religieux, prend une dimension nouvelle. La République Française se donne le droit de l'enrichir, de l'ouvrir à des couples autrefois bannis de l'institution. Elle s'empare d'un des bastions les plus spectaculaires de la religion pour en faire ce qui lui semble être juste. Et ce n'est pas fini : avec le débat sur la fin de vie, c'est l'autre grande affaire de la religion — la mort — que la République s'apprête à chambouler.

 

Bref, depuis 18 mois, c'est sale temps pour les cathos. J'en veux pour preuve le niveau d'énervement, de colère, voire de rage qui se manifeste sur les sites où se retrouvent cathos modérés ou intégristes. Appels à la révolte, envie de révolution voire de guerre civile,la France « bien élevée » a les nerfs.

 

Signe évident de leur nouveau statut de minorité : les cathos se mettent à adopter les codes comportementaux des activistes. Ils pensent à l'esthétique de leurs manifestation (voir des mères de familles, propres sur elles, faire adopter le sweat à capuche à toute la smala, c'est priceless) et organisent des happening marquants (qui n'a pas fantasmé sur les hommens ?). Quand je vois les veilleurs plantés comme des piquets devant le ministère de la Justice, je ne peux m'empêcher de penser aux die-in d'Act-Up il y a 20 ans. Le travail sur la charge visuelle symbolique de la manifestation est étonnamment similaire.

 

 

La tentation de la radicalité ?

 

Que va-t-il se passer maintenant ? Comment peut évoluer cette minorité ? Pour le moment, les membres les plus visibles de cette minorités sont aussi les plus extrémistes. C'est logique, c'est normal, on prête plus d'attention à l'excès qu'à la normalité. Nous l'avons vu et vécu dans le passé, dans la communauté LGBT. On fait rarement progresser une cause avec de l'eau tiède, dit-on. Cela se discute en fait, et la nature de la cause dicte souvent l'intensité du soutien et son succès. Mais les catholiques peuvent-ils durablement prendre la voie de l'extrême ?

 

La question ne me paraît pas anecdotique et surtout, je me sens concerné. A plusieurs titres : nous disons depuis des années qu'il n'est pas possible d'opposer une minorité à une autre, que cette attitude fait toujours le jeu du pouvoir et que ce pouvoir nous est rarement favorable. Je me sens aussi concerné parce que nous avons oublié, ces derniers temps, que beaucoup ne choisissent pas entre leur orientation sexuelle et leur foi. Et qu'ils n'ont pas à le faire. Pourtant, dans le fritage permanent qui a opposé partisans de la réforme et militants cathos, avons nous pensé à celles et ceux qui sont entre deux feux, à la fois LGBT et catholiques ? J'ai malheureusement pu lire de trop nombreuses fois, sur les réseaux sociaux et jusque sur mon profil FB des propos inacceptables : rejetés par les uns parce que transpédébigouines, certains de mes amis ont été raillés par des activistes LGBT en raison de leur foi catholique. Ben voyons …

 

La troisième et dernière raison qui explique mon intérêt est la suivante : l'extrémisme grandissant de la minorité catholique serait une tentation trop belle pour certains groupes LGBT qui recherchent non plus la justice et les droits, mais la vengeance voire la suprématie. Avoir un ennemi fanatisé est souvent le meilleur moyen de justifier ses propres dérives extrémistes. Or, nous avons en partie su nous faire entendre parce que nous avions choisi d'adopter le chemin de la rectitude morale. Nous progressons parce que nous avons raison et malgré notre faiblesse de minorité.

 

Cependant, je vois, parallèlement à l'expression décomplexée d'une parole raciste, sexiste, homophobe ou antisémite, se développer une envie de censure, de clouer le bec à ces pourris qui nous ont gâché la vie, voire des propos qui pataugent eux aussi dans la violence : les insultes, les procès d'intention, les appels à l'opprobre publique se multiplient chez les LGBT et sur les sites communautaires.

 

Nous ne pouvons pas tomber dans l'excès inverse : nous n'avons pas fait tant de chemin pour tomber dans le panneau stupide de la vengeance. Pourtant, cette chausse-trappe nous pend au nez si la minorité catholique continue à se radicaliser. Nous risquons, par effet miroir, d'avoir envie d'aller toujours plus loin pour contrer les fanatiques. Un concours de bites entre communautés. Avec à la clé de plus en plus de gens coincés entre les deux puisque la logique extrémiste est de toujours rapetisser le champ de l'acceptable.

 

 

La main ou le poing

 

Que faire alors ? La réponse est simple, à énoncer tout du moins. Tendons la main. Tendons-la maintenant, tendons-la sans arrière pensée, tendons-la non pas pour vaincre mais pour convaincre. Que nous le voulions ou non, il y a des catholiques en France et ils ne vont pas disparaître parce que nous n'avons pas envie de les voir. Plus inconfortable encore, je suis persuadé qu'ils ont des choses intéressantes à nous dire.

 

Les catholiques sont face à une situation inédite : ancienne majorité qui s'est contractée, ils deviennent minoritaires. C'est sans doute effrayant car la pente qu'ils ont devant eux pourrait les mener jusqu'à une quasi-disparition. La panique engendrée est mauvaise conseillère et les amène à se raccrocher à tout. Nous pouvons les aider à passer ce cap, leur montrer qu'au delà de la violence du mouvement, il y a la vie. Tout ne va pas s'effondrer. Nous avons cherché depuis des années à être entendus. Pour être écoutés, nous devons savoir, nous aussi, tendre l'oreille.

 

Le dialogue avec d'autres minorités, dont la nôtre, est peut être la ceinture de sécurité des catholiques, ce qui les empêchera de basculer dans la posture identitaire fanatique. Certaines voix s'élèvent chez les catholiques pour s'opposer à ces dérives. Elles sont isolées et le resteront sans soutien. Je sais que la perspective est peu enthousiasmante mais on ne fait jamais la paix qu'avec ses ennemis. Il y a pire, comme Weltanschauung, que de voir des opprimés tendre la main à leurs oppresseurs, non ? Et puis, si nous rejetons les catholiques, devinez qui se fera un plaisir de les récupérer ? C'est un cadeau que je ne suis personnellement pas prêt à faire.

 

Et vous ?


Manuel Atréide

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