L'islam noir — En quête de reconnaissance (2)

Présents depuis un siècle en France, les Noirs musulmans peinent encore à être reconnus par leurs coreligionnaires maghrébins. En cause: un mépris ancré et ancien qui perdure à l'égard de « l'islam noir ».

filet
Charles Cohen

par Charles Cohen - Dimanche 29 septembre 2013

28 ans, journaliste de presse écrite et Internet. Il est passionné par les voyages, la géopolitique et les questions identitaires/d'immigration. Il a d'ailleurs crée le blog Minoriterres, à travers lequel il publie différents reportages et analyses sur les minorités et les appartenances éthniques (roms, juifs, arabes, etc.). Son projet ? Explorer les cinq continents pour écrire sur les spécificités culturelles, notamment les plus marginales.

filet

Présents depuis un siècle en France, les Noirs musulmans peinent encore à être reconnus par leurs coreligionnaires maghrébins. En cause: un mépris ancré et ancien qui perdure à l'égard de « l'islam noir ».

S

énégal, Mali, ou encore Côte d'Ivoire. Autant de pays dont la communauté noire musulmane de France est originaire. Cette immigration islamique forte d'environ 500.000 âmes remonte à la première guerre mondiale avec la participation de 160 000 tirailleurs sénégalais à l'effort de guerre, raconte Bakary Sambe, enseignant chercheur au CRAC - Université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal.

Un courant d'immigration plus large se dessine vers la fin des années soixante, quand les crises économiques dans les pays africains indépendants se couplent aux besoins français de main-d’œuvre. Bien que «l'islam noir » soit historiquement vieux d'un millénaire (avec l'islamisation pacifique de l'Afrique sub-saharienne dès le 11ème siècle par des marabouts locaux), il reste encore le parent pauvre de l'islamologie classique, étant relégué à une place périphérique en France comme ailleurs, déplore Bakary Sambe. 

 

Les Noirs musulmans, des fidèles de seconde zone au sein de la communauté islamique de France ? Oui, répond le chercheur, il existe une vraie hiérarchisation. En témoigne le manque de représentativité de l’islam africain dans les instances communautaires françaises aujourd'hui dominées par les seuls maghrébins, explique Bakary Sambe. Sans oublier les discriminations quotidiennes dont sont victimes les Noirs musulmans, comme le bannissement systématique de leurs pratiques religieuses, dans certaines mosquées « puristes».

 

 

D’un islam « spécifique » à un islam « paria ».

 

Mais pourquoi un tel rejet ? Il est très ancré et ancien, note Bakary Sambe, tant dans l'imaginaire collectif, la figure du musulman modèle est celle d'un arabe s'exprimant dans la langue du Coran. Même en France, il est difficile de sortir de ce clivage opposant l’islam arabe 'authentique' à un autre, inférieur, cantonné à une image folklorique. Des clichés que certains Noirs musulmans eux-mêmes ont fini pas intégrer. Toutefois, d'autres voix s'élèvent également pour s'insurger contre l'appellation même 'd'islam noir', en rappelant qu'on ne parle pas systématiquement de 'christianisme noir', rappelle Bakary Sambepour qui une telle notion reflète une conception paternaliste, voire raciste, des musulmans africains. Pourtant, l'islam de France aurait intérêt, aujourd'hui surtout, à s'ouvrir vers  cette forme de religiosité plus tolérante dont la particularité est de s'inspirer de courants soufies tels que La Tijâniyya largement implanté en France. En février 2005, pour la première fois, une Grande Mosquée (celle de Lyon) accepta d'ailleurs qu’y soit organisé le 1er Forum National de cette confrérie. Peut-être faut-il y voir un signe d'ouverture....

 

Si seize millions de musulmans vivant aujourd'hui en Europe, ils sont loin de former un groupe monolithique. Tant leurs histoires se conjuguent au pluriel. Ainsi, au-delà des présences issues d'anciens pays coloniaux, comme les 5 à 6 millions de français musulmans, ou encore les 2 millions du Royaume-Uni originaires du Pakistan et Bangladesh, nombre de communautés d’Europe ne constituent en rien des minorités « postcoloniales ». À l’instar des trois millions d’allemands d'origine turque, venus dans les années 60, pour répondre aux besoins de main d’œuvre du pays.

 

Enfin, soulignons surtout, le cas singulier des pays balkaniques, comme la Bosnie et l'Albanie. Tous deux de culture islamique, ils sont peuplés de musulmans d'origine 100 % européenne. Leur présence n'est donc pas le fruit d'immigrations venues des pays du sud. Au contraire, ces slaves de culture et d’histoire se sont librement convertis à l’islam sunnite dès le 15ème siècle, alors que la région était ottomane. Assez pratiquants, ils restent très influencés par la culture occidentale. Leur pratique n’est souvent pas rigoriste et le port du voile n’a jamais été soutenu. Seuls la non consommation de porc et le ramadan sont suivis.


Charles Cohen

Imprimer

Enregistrer en PDF

Partager sur facebook

Partager cette article sur TwitterPartager sur Twitter

Restez dans la boucle

FacebookRetrouvez Minorités sur Facebook

TwitterSuivez Minorités sur Twitter