Tombeau pour W.B. ou comment la lecture de Dustan m'a aidé à rester séronégatif

S'il y a bien une chose qu'on peut dire du deuil, c'est que c'est une drôle de chose. Ceux qui ont la chance de le connaître vraiment le savent.  Ces chanceux savent que ce n'est certainement pas un travail qui se fait et s'accomplit une fois pour toutes. Non. Ça prend du temps. Il y a des moments où le poids du deuil qu'on porte s'allège, mais il y en a d'autres où il revient et peut peser lourd, et encore d'autres où il te tombe dessus comme une grâce. Le deuil est impossible à prévoir et si on a l'impression qu'on l'a prévu selon un programme quelconque, c'est le meilleur des signes pour indiquer que ce n'est pas vraiment de deuil qu'il s'agit. Ma mère m'a raconté qu'après la mort de mon père, à un moment d'épuisement d'être toute seule, elle a pissé dans sa culotte en plein salon. Now that's grief, forcément bizarre, forcément singulier. « Chaque fois unique, la fin du monde », comme quelqu'un de drôlement intelligent l'a dit.

filet
William Caroline

par William Caroline - Dimanche 22 septembre 2013

  William Caroline, 41 ans, vient des USA et vit à Paris où il enseigne et traduit sous un autre nom depuis le début du millénaire. Il prépare son premier roman. Chelsea Manning est une de ses nouvelles héroïnes, mais elle fait partie de toute une lignée.  

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S'il y a bien une chose qu'on peut dire du deuil, c'est que c'est une drôle de chose. Ceux qui ont la chance de le connaître vraiment le savent.  Ces chanceux savent que ce n'est certainement pas un travail qui se fait et s'accomplit une fois pour toutes. Non. Ça prend du temps. Il y a des moments où le poids du deuil qu'on porte s'allège, mais il y en a d'autres où il revient et peut peser lourd, et encore d'autres où il te tombe dessus comme une grâce. Le deuil est impossible à prévoir et si on a l'impression qu'on l'a prévu selon un programme quelconque, c'est le meilleur des signes pour indiquer que ce n'est pas vraiment de deuil qu'il s'agit. Ma mère m'a raconté qu'après la mort de mon père, à un moment d'épuisement d'être toute seule, elle a pissé dans sa culotte en plein salon. Now that's grief, forcément bizarre, forcément singulier. « Chaque fois unique, la fin du monde », comme quelqu'un de drôlement intelligent l'a dit.

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Grief is the funniest thing. Vous me passerez, je suppose, ces quelques mots d'anglais. Vous les passez déjà à Dustan et à Lestrade: si vous les lisez, ça ne vous embête pas trop s'ils clairsement leurs textes de recours à l'anglais. Quand je les lis, j'ai toujours l'impression qu'ils y ont recours parce que cette autre langue fait cligner la présence d'un autre monde, un monde qu'ils ont chacun découvert surtout sur une piste de danse. La piste de danse était pour tous les deux un monde magique et ça chantait surtout en anglais. J'ai découvert moi-même ce monde quand j'avais seize ans. Je sortais de la maison de mes parents en douce et j'attendais au coin de la rue que mes potes viennent me chercher en voiture pour aller en ville le samedi après minuit. The Bar, Great Moments puis The Metro étaient le nom des lieux qui abritaient les pistes magiques du coin. Le samedi, ils arrêtaient de servir de l'alcool à partir de minuit et pouvaient ouvrir aux moins de 18 ans et, la plupart du temps, ils ne les vérifiaient pas à la porte. J'ai donc commencé à y aller à partir de mes 16 ans. Dans la voiture de mes potes de l'époque, on buvait des fuzzy navels ou alors on fumait un peu. Culture Club. Bronski Beat. Madonna. Book of Love. The Cure. The Smiths. The Communards. Plus tard, quand j'étais à la fac à New York, les mêmes noms et les mêmes sons restaient, bien sûr, et s'y ajoutaient Dee-Lite, Crystal Waters, S-Express. Nos obsessions musicales avaient de beaux noms pleins de lumière. Elles nous faisaient miroiter un autre monde et on y croyait fort. Alors, si un tour de magie leur vient à l'esprit dans la musique de cette autre langue, Dustan et Lestrade le laissent agir dans leur prose. Pourquoi s'en priver?

Pour moi, The Cure, The Metro, The Smiths, tout ça se passait dans le Kentucky. J'y avais appris le français jeune, à partir de dix ans, grâce à une certaine Madame Charron, une prof qui avait une énergie formidable et qui nous tirait les oreilles en cours s'il nous arrivait d'oublier de conjuguer nos verbes. Je être provoquait une ire qu'elle jouait à l'excès avec un sourire malicieux. J'ai donc appris à dire systématiquement Je suis. Ca faisait du bien de savoir que j'étais dans une autre langue, tellement de bien que j'ai appris à y dire plein d'autres choses aussi. Par exemple ceci, que j'écris maintenant pour faire l'éloge de l'œuvre d'un auteur qui m'aura aidé à survivre à des années pas faciles. Non seulement j'y ai survécu, mais grâce en grande partie à cette œuvre, j'ai su rester séronégatif tout en ayant une vie sexuelle très riche et épanouie.

 

Juste un truc pour clarifier avant d'aller plus loin. Je suis content d'être séronégatif bien sûr, mais je ne m'en suis jamais fait une médaille. C'est un état de fait qui ne l'est jamais que jusqu'à preuve du contraire.  Je tente de me faire dépister au moins tous les six mois et je crois que nous sommes à un moment où on aimerait que ce soit un état de fait pour un plus grand nombre de personnes parmi nous mais on ne sait plus trop comment s'y prendre. C'est que ce n'est pas évident. La lecture des romans de Guillaume Dustan, né William Baranès, a joué un rôle important dans le fait que je suis resté sérogneg, un rôle que je ne comprends pas bien. Avec cette sortie du beau premier tome de ses œuvres complètes, bien préfacé et mis en place par Thomas Clerc, je me suis dit que cela pourrait être l'occasion de l'expliquer, et d'abord à moi-même. Si jamais ça pouvait en aider quelques autres aussi, cela serait bien, grave. Parce que l'heure semble souvent grave ces jours-ci, mais c'est bizarre. Peut-être que vous l'avez déjà remarqué.

 

Je crois que je viens de comprendre ce que la lecture de Dustan m'a enseigné. Elle m'a enseigné la puissance de ma faiblesse, comme le fait toute vraie littérature. Cette faiblesse et cette puissance, c'est en 2008 que je les aurai consacrées, à une fête à Berlin, auprès de Thierry, l'homme que je n'appelais pas encore vraiment mon mari. « C'était pâques, c'était païen, et nous n'étions pas les seuls à y renaître », comme je l'ai constaté un peu plus tard dans des Plaisirs en prose que Monstre a publiés dans leur premier numéro. Comme beaucoup de personnes pendant ces années-là, mon mec Thierry et moi courions à Berlin dès que nous en avions l'occasion. On y trouvait quelque chose de la communauté que nous voulions et cela à un moment où on ne l'espérait plus trop. C'était un joyeux bordel où ceux qui restaient d'une communauté gaie après des années d'épidémie dansaient et baisaient beaucoup selon des rythmes mutuellement contagieux. Comme dans les romans de Dustan, ça baisait « sans capote" mais aussi « (safe) » si ce n'est pas l'inverse. C'était parfois vertigineux de nous affronter à l'oscillation entre l'impression que personne ne mettait plus de capote et la certitude que cela valait la peine de courir le risque de cette aventure pour nos chairs. La lecture des romans de Dustan nous aidait à savoir nous y prendre pour traverser ces vertiges et trouver ce dont on avait besoin tout en prenant soin l'un de l'autre et de ceux dont on croisait le chemin, qu'ils soient séronegs ou séropos. Depuis, Thierry et moi et quelques autres élus constellons ensemble nos connaissances pendant que notre amour nous change. Mais, comme Thierry me l'aura souvent rappelé ces dernières années, c'est moi qui écris. Comme je le voulais bien, voire plus, c'est ainsi que je suis devenu notre écrivaillon semi-public. J'espère que vous arriverez à capter quelques-unes de nos résonances. Certaines remontent de loin.

 

Thierry et moi n'allons pas nous marier pour la loi, mais je vais continuer à l'appeler mon mari. Débrouillez-vous pour comprendre, ce n'est pas notre affaire. Nous nous sommes pourtant battus pour avoir le droit de ne pas nous marier. C'est un choix que nous faisons maintenant et il est clair que ce choix nous était dû. C'était une très belle soirée, le 23 avril dernier à Paris, lorsqu'on a fêté le vote de l'Assemblée Nationale. Il faisait enfin beau et pourtant on a eu un printemps pourri. C'était donc humainement chaleureux de se retrouver comme ça ensemble. Même les politiques, on pouvait les laisser parler sans trop s'énerver. Il y avait foule dans la rue et c'était facile d'y trouver des amis. On était bien.

 

 

Quand personne n'existe vraiment, il y a de la place pour tout le monde

(Dans ma chambre, p.104).

 

 

Cette heure grave et bizarre, il y en a d'autres qui l'ont vécu à d'autres moments. Vous pouvez choisir votre lutte fondatrice et il y a l'embarras du choix. La décolonisation, selon toutes ses modalités et ses géographies différentes. La lutte pour les droits civils des Noirs aux États-Unis, et surtout celle pour une certaine autonomie par rapport à l'Etat menée par les Black Panthers. Angela Davis, elle vient de là, d'un certain point de vue du même côté où King allait juste avant de se faire assassiner. La libération des femmes, qui aura mis des femmes dans des positions de pouvoir dont elles n'auraient jamais rêvé il y a seulement vingt ou même dix ans. La lutte des trans et des intersexués pour avoir le droit de se situer là où leur désir les porte sur le spectre entre tous nos genres. Il y en a plein d'autres aussi, toutes aussi légitimes les unes que les autres tant que c'est d'émancipation dont il s'agit.

 

Et puis bien sûr, « bien sûr » dis-je parce que c'est moi qui parle, la lutte pour l'émancipation des gays. Avant, on avait le droit de dire qu'on baisait comme on baise seulement dans des circonstances bien particulières, là où on voyait qu'on pouvait faire confiance au partage du secret d'une sexualité hors normes. Tout le monde parle de Stonewall comme le début de cette émancipation-là et c'est déjà bien. Mais on peut aussi la faire résonner avec une révolte de femmes trans contre le harcèlement de la police à la Cafétéria Compton trois ans plus tôt. La rivalité entre nos récits d'émancipation peut éveiller des disputes qui seraient sans fin si on ne s'arrêtait pas deux secondes pour comprendre que l'émancipation que ces récits racontent se nourrit très précisément de leurs résonances les unes avec les autres. Pour les faire résonner comme il faut, nous avons besoin d'une certaine poésie. Celle de Dustan, par exemple, entre autres.

 

 

Les survivants

 

Comme on le sait, au milieu de plusieurs de ces émancipations, vint le sida. Nous savons que le sida vint, mais nous oublions comment c'était d'être présent à sa venue. Courant l'hiver dernier, Thierry et moi avons regardé We Were Here, un documentaire récent de David Weissman qui livre les témoignages de cinq personnes qui ont survécu à l'arrivée du sida à San Francisco : un fleuriste, une infirmière, un homme politique (dont la politique allait se trouver complètement bouleversée par l'arrivée de l'épidémie), un assistant social et un artiste. Chacun/e raconte son expérience très singulière de cette arrivée: où ils en ont entendu parler pour la première fois, ce à quoi ils travaillaient, comment la maladie a été comprise, incomprise et comment quelques réponses ont pu se bricoler dans l'urgence alors que tant de choses, tant de personnes aussi devaient tout simplement se passer de réponses en s'en allant. Tous ces témoignages nous ont touchés et leur orchestration est faite pour. Mais deux d'entre eux ont touché des couches vraiment très profondes.

 

 

L'assistant social s'appelle Ed Wolf. Il avait emménagé à San Francisco pour vivre sa libération sexuelle mais il avait eu beaucoup de mal, un mal qu'il pensait être en train de surmonter au bout de dix ans en 1981 lorsque les premiers signes de l'épidémie (le fameux et mal-nommé « cancer gay ») se faisaient voir. Il raconte qu'un soir, il devait aller au Castro pour voir un film, Bette Davis ou quelque chose dans le genre, quand il a vu une foule rassemblée autour de photos affichées à la pharmacie qui était au coin de Castro et la 18ème Rue. Les photos sonnaient l'alarme pour la communauté suite à une série d'hommes gays qui avaient développé la maladie de Kaposi pour des raisons encore indéterminées. Ed raconte comment il a rejoint les premiers groupes qui organisaient des services pour les personnes malades. Le premier patient qu'il a rencontré s'appelait Ed comme lui et le documentaire nous montre sa photo. Ed décrit son arrivée chez Ed. Il dit que d'un coup, il avait compris que tout son malaise avec la promiscuité sexuelle, avec l'anonymat qu'il y voyait pendant les dix ans précédents l'avait préparé pour être présent pour des hommes qui avaient besoin de quelqu'un comme lui. Il n'avait pas à jouer un personnage sexuel en quête d'une réplique. Il avait simplement à être lui-même et, voyant Ed à la porte de chez lui, il pouvait simplement lui dire, tu vois, Who are you? C'était exactement ce qu'Ed, malade et dans le besoin, avait envie d'entendre.

 

Un des moments les plus exorbitants dans le premier roman de Dustan, qui est réputée en receler beaucoup, se trouve vers la fin de Dans ma chambre. Notre narrateur est à Londres avec Stéphane et leur relation amoureuse n'est pas loin de toucher à sa fin. Au cours de leur première sortie du week-end, ils trouvent les drogues (ecstas et acide) pour nourrir les possibilités et les interactions pour la suite. Mais notre narrateur trouve les anglais snobs et quand enfin il cède au bodybuilder qui le chasse depuis le début de la nuit, des yeux à la fois avides et dépourvues de toute expression (p.110), les ébats à trois aux toilettes le laissent énervé. La mécanique de la baise avec Stéphane en rentrant à l'hôtel semble être au rendez-vous (Il me baise. Deux fois de suite… Et puis il me fiste. Je jouis les trois fois), mais l'ambiance est quand-même dure (p.111). Le lendemain la soirée commence un peu pareil, mais l'exta (la meilleure… de ma vie) aide notre narrateur à danser d'une façon qu'il n'avait pas imaginé possible: J'ai dansé comme je ne l'avais pas fait depuis longtemps. Comme jamais, en fait. Moins répétitif. Plus libre. Plus chorégraphique. J'ai pas mal sauté en l'air, à la fin de la nuit j'ai même tourné sur moi-même dix fois de suite. Sur la piste de danse de Substation à Londres, le narrateur découvre de nouveau qu'il ne sait pas exactement qui il est, de quoi il est capable et c'est depuis cette surprise qu'il tisse des liens avec ceux qui en sont témoins, à commencer par le DJ, élément incontournable de son éveil. Super DJ. Le meilleur set que j'ai jamais entendu, je crois, le plus happy et deep house, vraiment géant. À un moment particulièrement top, j'ai cherché son regard, il devait déjà être deux trois heures, ça fermait à quatre. J'ai levé le pouce. Il a fait pareil (p.112). Mais l'exorbitance de ces quelques pas de danse n'a pas fini d'éclore dans cette prose. Il y a un grand mec qui est là, un autre témoin de cette scène. En voyant le narrateur danser, il se demande, Who is this guy? mais il ne s'arrête pas là. Il s'est penché sur moi et il a dit I like you. I pray God for you to stay alive. Ça m'a un peu déconcentré mais j'ai quand même dit Thank you (p.112). Notre narrateur aurait pu s'énerver d'avoir été déconcentré (surtout que le jeu de Dustan, ce n'est pas rien que d'arriver à le soutenir!), mais finalement il reçoit ce dont il a sans doute le plus besoin dans l'heure grave et bizarre qu'il n'arrête pas de vivre quand il écrit la vie qu'il a vécue: une prière, un coup de pouce par le biais d'une reconnaissance, pour que cette vie continue.

 

À Berlin, au Berghain à Pâques en 2009, j'avais eu l'impression d'avoir dansé un peu comme ça. J'ai écrit les lignes suivantes peu de temps après (en anglais, alors je me permets de les traduire) : Cette piste de danse a été le site de plusieurs révélations.  La source de l'une d'entre elles a fini par avoir le nom de Kartsen, mais je ne le savais pas quand nos peaux se sont mises à se toucher. Il était l'objet de beaucoup d'attention parce qu'il était si beau. J'ai vu qu'il recevait beaucoup d'attention et j'ai limité la mienne pour un petit moment au contact de nos peaux et à quelques clins d'œil. On bougeait comme on fait sur la piste de danse quand la musique est aussi bonne. J'aimerais pouvoir me rappeler davantage les paroles, mais il y avait une chanson qui mettait des beats sous une voix Afro-Américaine. Les paroles étaient belles et elles étaient parlées, pas chantées, mais avec un rythme dessous et à l'intérieur qui rendait merveilleux le fait d'entendre cette voix dire jusqu'où l'homme qui les disait était fatigué. « Oh I'm a weary, weary man. ». Tous ces hommes qui dansaient sur ça, fermant les yeux, levant les mains, émettant de temps en temps un cri. Je ne suis sans doute pas le seul à sentir que je suis sûr que le DJ me regardait bouger pendant qu'il mixait ces différents rythmes. Si c'est le cas, c'est que j'ai compris quelque chose à comment ces pistes de danse fonctionnent. Bien sûr, c'est la drague et c'est la drogue, mais entremêlé à celles-ci, c'est le fait d'être dans un espace où on peut voir comment d'autres gens bougent, on peut les voir te voir bouger, voir jusqu'où nos styles de mouvement sont différents, les voir reconnaître ta façon de bouger en en décalquant les leurs. Cela me fait rêver à d'autres endroits où on pourrait trouver ce genre de réponses…

 

L'autre moment de We Were Here qui m'a beaucoup frappé est double. L'artiste avait perdu son amant scientifique qui avait eu accès à un traitement expérimental que lui-même comme son amant avait suivi, mais le traitement le rendait tellement malade qu'il l'avait arrêté. L'artiste a donc survécu parce qu'il était trop faible. Son amant avait été fort et il était mort du traitement. Quand l'artiste avoue sa faiblesse pour la caméra, il expire un grand coup d'air. Sa faiblesse l'a sauvé et on a l'impression qu'il avait rarement trouvé l'occasion pour le dire. C'est la première partie de ce moment double. La deuxième partie de ce moment double, c'est une photo de lui avec son amant. Son amant? On dirait vraiment moi. Depuis, je regarde parfois une photo que j'ai faite de l'écran pour savoir comment je devrais tailler ma moustache. Pour lui ressembler tout à fait. Who are you?

 

Dans la vie, Guillaume Dustan sera passé maître dans l'art de la performance. Le pitre qu'il jouait dans la version télévisée de sa vie est ce que la plupart des gens retiennent de son travail. L'idiote de service dans une perruque mise de guingois qui racontait des horreurs pour épater le bourgeois. Ou alors, comme je l'ai vu qualifié sur un fil Facebook récemment où quelqu'un prétendait ne pas savoir qui il était, l'oncle infâme dont tu n'arrives ni à te débarrasser ni à faire fermer sa gueule, c'est celui qui continue à faire des dégâts parce qu'il faisait l'apologie du bareback, faisant foirer tout le travail de prévention et t'as vu où on en est maintenant. Mais  Dustan ne jouait pas le pitre seulement pour épater le bourgeois et il ne revendiquait certainement pas le bareback pour faire séroconvertir les gens. Il le faisait pour permettre à certaines pratiques qui lui ont permis d'être qui il était de gagner une visibilité, de devenir sujet d'une discussion que nous poursuivons aujourd'hui.

 

 

Un témoin

 

À la fin de Dans ma chambre, notre narrateur a rompu avec Stéphane et voilà qu'il a de nouveau Quentin, l'ex qu'il avait tant de mal à quitter au début du roman, à ses trousses. C'est toujours le moins fou qui est fou du plus fou, et le plus fou est fou de lui-même apparemment (p.75), comme il l'explique à sa doctoresse qui semble partager son intelligence romanesque rare. Quentin passe chez lui et lui demande de venir sur ses genoux, mais ça ne lui fait rien (par quoi il faut comprendre qu'il ne bande pas: Dustan poursuit peut-être la démultiplication des plaisirs dont parlait Foucault, le sexe chez lui est quand même roi), alors il s'en débarrasse et sort en bordel. Il trouve un jeune mec bien foutu attendant sur un sling, il fait un tour, puis revient. Ça m'excitait de penser qu'il était là pour se faire baiser par n'importe qui. J'ai appuyé ma bite contre son trou. J'ai dit J'ai pas de capote. Il dit C'est pas grave.

Nous sommes sur la descente de la pente de Dans ma chambre. Notre narrateur ne va pas très bien et il est clair que l'acte de baiser sans capote le trouble, surtout quand Un mec est arrivé. Il s'est approché pour mater. Instinctivement, je me suis planqué contre le cul du mec pour empêcher l'autre de voir qu'on baisait sans capote. Il a vu quand même. Il est parti (p.123). C'est la première fois, mais certainement pas la dernière, que le narrateur s'écrit en train de baiser sans capote sous l'œil d'un témoin. Ce n'est pourtant pas la première fois que le sujet est abordé dans le roman. Dans le chapitre Notre jeunesse s'envole, par exemple, le narrateur croise un certain Cédric dans la rue, ils prennent un pot, et Cédric parle de son nouvel amant. Je lui demande si c'est avec ou sans capote. Il me dit Tu sais personne ne met plus de capotes, même les américaines, maintenant tout le monde est séropositif (p.66). Le narrateur se rend compte que c'est vrai pour tous ceux qu'il connaît sauf Quentin. Une fois qu'on arrive à la scène du sling, le narrateur a eu le temps de tirer les conséquences de l'observation de Cédric, mais cela ne lui permet pas d'échapper à la réaction instinctive qui lui fait cacher cette baise sans capote à un observateur extérieur. Le trouble ira croissant dans les pages suivantes, où notre narrateur se rend compte qu'il est temps de quitter la ville. Si je reste ici je vais mourir. Je vais finir par mettre du sperme dans le cul de tout le monde et par me faire faire pareil. La vérité, c'est qu'il n'y a plus que ça que j'ai envie de faire (p.129). Parmi tout ce que Dustan écrit dans Dans ma chambre, c'est sans doute le romanesque de ce désir-là, accompagné de son trouble, qui compte le plus pour nous gays d'aujourd'hui. Comme il le reconnaît, Évidemment je ne pourrai en parler à personne.

 

Dustan ne pouvait peut-être parler à personne de ce désir-là, mais heureusement qu'il l'a écrit. Heureusement du moins pour nous, ou en tout cas pour moi. Fin janvier 2010, je terminais un mois à Berlin, créchant chez une copine allemande qui travaille aux USA mais qui y était pour l'année. Il faisait froid cet hiver-là, genre -20°. Et moi j'étais ravi d'être exactement où j'étais. Je sortais, souvent. Je me donnais aux fêtes où j'allais. Quand je rencontrais des gens, on me regardait toujours d'un œil un peu étrange quand j'expliquais les raisons de ma présence. Urlaub, je disais, sachant que ça faisait bizarre. Mais comme beaucoup, j'avais un gros béguin pour cette ville et à cause des divers boulots que je m'étais trouvés, c'était le seul mois que je pouvais y passer. C'était donc le moment ou jamais, verglas partout ou pas. Le dernier week-end de mon séjour, je sortais comme d'habitude le vendredi soir au Lab. J'avais acheté un nouvel ensemble en latex: un débardeur et un petit slip. Je portais une casquette en tissu. D'habitude, je suis plus cuir et je me sentais exposé, un peu nerveux, excité aussi. Tout cela devait se voir. J'ai eu le temps de faire quelques tours lorsqu'un berlinois s'est approché de moi pour me dire que lui et son mec accueillaient un couple de Prague et que je leur avais tapé dans l'œil à tous les quatre. Ils avaient de la drogue et ils n'habitaient pas loin. Est-ce que j'avais envie de venir? Comme c'était inespéré et excitant (vous avez remarqué comme ces deux-là semblent souvent venir de pair?), j'ai dit oui tout de suite. Ce n'est qu'en partant que j'ai pensé que je n'avais pas parlé séro-statut. Alors en chemin dans la neige pour le taxi, j'ai dit que j'étais négatif. I hope it's not a problem for me to ask you to take care of me. Celui avec qui j'avais négocié le plan a marmonné quelque chose sur le fait qu'il supposait qu'il pouvait comprendre qu'on veuille éviter de prendre un cachet par jour. Nous sommes montés dans le taxi et ce n'est pas que j'étais rassuré, mais je savais que j'avais répondu aux exigences de la situation. J'avais déclaré mon besoin de soin. Il faudrait vraiment être monstrueux pour ne pas savoir répondre à ça.

 

Ils se sont tous plus ou moins avérés être des monstres. Déjà, le mec avec qui j'avais négocié le plan avait un fond super méchant dans son regard. Quelque chose de métallique et froid. Son mec était beaucoup plus beau. En fait, j'avais déjà vu leur profil en ligne. Et c'était surtout son mec qu'on voyait quand on les regardait ensemble. Il avait failli gagner je ne sais plus quelle compet de cuirettes, mais, comme ils le disaient en arrivant à leur appart, les hommes sont toutes des chiennes. Ce n'était apparemment pas la première fois qu'ils se voyaient tous les quatre. Un des praguois était médecin. L'autre ressemblait à un cheval et il portait ses cheveux à la Bressant. Il était très laid et super sexe, combinaison redoutable. Ils semblaient assez bien se connaître tous les quatre. Ils avaient l'habitude du sniff dans la cuisine. C'était la première et seule fois où j'ai pris du crystal. « Tina », comme ils l'appelaient. Après le sniff, je ne sais pas combien de temps j'ai passé assis avec mes jambes autour des hanches du médecin avec son gros gland plaqué contre mon trou. On se dévisageait et tu peux très bien imaginer ce qu'il voulait. Moi je le voulais aussi. Mais comme j'avais annoncé la couleur j'ai réussi à m'y tenir. « Non », je disais, comme une petite salope. « J'ai dit qu'on allait prendre soin de moi ». Puis à un moment le cheval était assis sur le canapé et il s'est fait une injection pour se préparer à prendre mon fist. Mon dieu qu'il a pris mon fist. Jusqu'au coude. C'était chaud dedans. C'était super beau. Je n'arrivais pas à croire tout ce qu'il arrivait à se mettre et que c'était moi qui l'y mettais. Il y avait un tel calme dans la pièce. Les plantes gelaient sur le balcon. Je suis allé aux chiottes pour me laver avant de me mettre dans un sling, mais j'avoue que j'étais moyennement à l'aise pour la tentative de me faire fister. Puis de toute façon, je suis plutôt hystérique de ce côté-là. J'en ai trop envie pour que ça marche. C'était impossible. Alors au bout de je ne sais combien d'heures, le méchant chef a déclaré la fin des jeux. Ils ont pris des cachets pour dormir et ils m'ont mis à la porte. Il faisait jour quand je suis rentré à Gneisenaustrasse. Ma coloc avait ramené une fille avec qui elle suivait des cours de danse de bal. Elles étaient mignonnes et il paraît qu'elles ont vécu un amour intense ensemble à partir de ce jour-là, mais je pense que j'avais fait un peu flipper ma coloc, en me laissant voir dans cet état, tremblant de fierté d'avoir passé cette épreuve d'exiger qu'on prenne soin de moi. Et puis tremblant de la descente aussi, qui était intense. Heureusement, The Knife venait de sortir un opéra expérimental sur Darwin. C'était exactement ce que j'avais envie d'écouter dans l'état où j'étais. J'ai écrit plusieurs textos à Thierry pour lui dire que je pouvais très bien imaginer reprendre de cette drogue-là. Mais je n'en ai pas repris depuis. Peut-être que je le ferai un jour.

 

Je sors ce soir, c'est sans doute mon préféré de la trilogie. Si Dustan le publiait aujourd'hui, ce serait peut-être avec le hashtag #occupythedancefloor. Et il saurait que nous avons d'autres places à occuper aussi.

 

 

Plus fort que moi, c'est quand même tellement beau. Ça couvre plus ou moins les mêmes années (1990-1996) que Dans ma chambre, mais comprend quelques années d'avant et quelques années après aussi: après deux ans de recul intercalé d'un deuxième roman, les moments sont autrement découpés. Les histoires de cœur avec Quentin, Terrier et Stéphane qui faisaient la trame du premier roman y réapparaissent mais à la lumière d'une scène communautaire beaucoup plus éclatée où les liens que le narrateur noue gagnent en lisibilité tout en restant très discrets. Chaque chapitre comporte sa date, nomme une un autre et parfois plusieurs années. Certaines années apparaissent plus souvent que d'autres (1993, 1995), elles semblent comporter les virages les plus conséquents, ou du moins les plus racontables. Un virage conséquent peut ne pas en avoir l'air. Prenez l'exemple quand notre narrateur prend en vélo avec un tunisien. Cela ne fait pas très longtemps qu'il se sait séropo, un peu plus d'un an. Avec toujours pas vraiment de traitement clair en vue, Dustan comme beaucoup vit sa séropositivité comme une sentence de mort. Mais il faut bien vivre quand même. Alors, quand son nouveau pote Thomas gagne un séjour en Tunisie pour deux et l'invite à l'y accompagner, il y va. Après une visite chez le coiffeur, un mec le suit en poussant son vélo, ils prennent rendez-vous pour le lendemain, ils vont loin ensemble en vélo à un appartement d'ami où la baise n'est pas top mais ça va quand même jusqu'à ce que le narrateur se rende compte de ce qui est arrivé en baisant: Je me suis retourné et j'ai vu la capote sur le bord du lit, sans rien dedans, et j'ai dit T'as retiré la capote?, et il a dit Oui, j'aime pas ça, et je suis devenu vert (p.278).

 

Les raisons principales qu'on continue aujourd'hui, en 2013, à donner pour expliquer pourquoi on ne veut pas mettre de capote dans des circonstances d'un plan de passage y sont déjà, en 1991: j'aime pas ça et l'autre avait l'air en bonne santé. Il faut répéter inlassablement que la deuxième raison n'en est pas une et comprendre que la capote, c'est chiant et efficace. De ce fait même, l'usage de la capote, comme toutes les autres techniques médicales et sociales que nous avons à notre disposition pour freiner la transmission du VIH, comporte une certaine potentialité romanesque. Ici, le refus du mec tunisien de l'utiliser donne lieu à une papote où notre narrateur lui explique la différence entre avoir le sida et être séropositif et lui répète que la capote est importante. Il lui demande s'il baise beaucoup et apprend qu'il compte partir en France avec un prof de Lyon. J'étais, écrit notre narrateur, un peu sceptique mais après tout on ne sait jamais. On pourrait en dire autant de la belle conclusion de ce chapitre. Les amants d'un jour se retrouvent le lendemain pour se voir une dernière fois et le tunisien m'a dit qu'il s'était renseigné sur le sida et qu'il fallait que je mange beaucoup de miel parce que ça lave le sang. Je lui ai donné mon numéro de téléphone à Paris. Il ne s'en est pas servi pendant les deux ans où j'ai encore vécu à cette adresse, mais moi je mange encore du miel aujourd'hui (p.278-79). Qui sait si ce ne sont pas ces cuillers quotidiennes de miel et le souvenir de l'échange avec ce tunisien qui auront permis à Dustan de survivre à l'année d'après?

 

 

Quelques phrases éparses de l'année d'après, 1992: J'avais un peu moins mal... Ça me faisait mal (p.282). Depuis que j'étais séropo je me voyais comme un pistolet chargé… J'ai retiré la capote (p.284). …puis j'ai pensé que j'irais en enfer. Que j'étais perdu (p.285). Le top du glauque (p.286). Ma vie n'était pas ça (p.287). Et puis, un soir, un plan (safe), comme la grande majorité des plans racontés dans ces trois livres le sont, un plan qui se passe bien. Je l'ai revu (moi qui ne revoyais jamais personne). J'ai commencé à me soigner (p.289).

 

Janvier 2012. Berlin again. Thierry et moi y passons un réveillon fabuleux au Berghain où je croise un pote qui est avec trois potes qui habitent ensemble. Pour des raisons que j'expliquerai dans le roman sur lequel je travaille en ce moment, cela nous touche, Thierry et moi, et nous rend très curieux. On rentre à pied chez eux le Jour de l'an après avoir dansé une quinzaine d'heures. Le lendemain ils nous font un très bon petit-déj. Le week-end après le réveillon, il y a Cocktail d'Amore où la musique est toujours parfaite et les garçons très beaux. Nos trois nouveaux amis ne pensent pas y aller mais nous invitent à passer chez eux pour prendre un verre avant qu'on y aille. On y va, c'est sympa, on papote et puis bien sûr nos cocktails deviennent des cocks and tails et on se met à baiser. Ils savent qu'on est séroneg comme nous savons qu'ils sont séropos. L'un d'entre eux nous avait dit de ne pas oublier d'amener des capotes. On en a amené et nous en faisions très bon usage jusqu'à un moment où l'un d'entre nous cinq quitte la chambre, les autres ne comprennent pas bien ce qui se passe, les jeux s'arrêtent et Ed, dans la salle de bain, nous dit à Thierry et à moi que pendant qu'il baisait Thierry il a senti la capote éclater. Il nous rassure en nous disant qu'il a déculé vraiment très vite et cela nous rassure effectivement. « Puis », poursuit Thierry, « tu es sous traitement, right? ». Ed nous explique que c'est un peu compliqué en ce moment. Il est australien, il vit à Berlin avec deux mecs, il n'a pas vraiment d'assurance, que ses T4 ont augmenté de nouveau récemment mais qu'il était passé par une sale période. Cela nous rassure moins, mais on part danser. Les garçons nous avaient donné la liste des hôpitaux qui dispensaient le TPE au cas où Thierry décidait qu'il voulait le faire. Pour que le traitement soit efficace, on avait en gros vingt-quatre heures pour nous décider.

 

Nos pas de danse au Cocktail d'Amore ont esquissé tout un poème. La musique était aussi bonne que prévue et les garçons aussi beaux. Ils jetaient leurs têtes à l'arrière quand ils riaient à une blague ou à une histoire drôle, et en revenant de leurs rires, ils pouvaient prendre appui sur le rythme que la musique offrait; ils rebondissaient et incorporaient leurs gestes à la danse. À un moment sur cette piste de danse, j'ai dit à Thierry que s'il séroconvertissait, je pensais que je voudrais séroconvertir aussi. Qui sait si je l'aurai vraiment fait, mais c'est ce que j'ai dit sur le moment. Ça l'a fait réfléchir pendant que nous dansions au milieu de tous les autres garçons. Je lui ai dit que quoi qu'il arrive, ça pouvait être dur, mais ça allait aller. Dansant ensemble nous nous sommes engagés de nouveau à continuer de prendre soin l'un de l'autre et de tous ceux dont il nous arrive de croiser un bout de chemin. Comme Dustan le faisait lorsqu'il lui arrivait d'écrire sa vie sauf quand c'était juste plus fort que lui. Le lendemain nous nous sommes réveillés et Thierry a consulté deux amis qui lui ont dit que c'était quand même exactement pour des situations comme la sienne que le Traitement Post Exposition était conçu. En l'honneur de nos pas de danse du réveillon et de la veille et de tout ce qu'ils comprenaient, nous nous sommes dirigés vers un hôpital. La première semaine, encore à Berlin, ça allait. Thierry n'était pas au top pour sortir et dormait beaucoup plus que d'habitude, mais la diarrhée n'était pas encore trop forte. Au cours du traitement et surtout à la fin, ça devenait vraiment très dur. Mais le poème que nos pas de danse ont esquissé et les progrès de la science nous ont permis d'esquiver notre séroconversion. 

 

Le choix était clair en 1995 lorsqu'on s'approche de la fin de Plus fort que moi. M'acheter un sling… Ou tout arrêter… Quitter Paris… Maintenant je connaissais tout. Tout sauf l'impossible. Les tortures sur les gosses, les partouzes au sperme. J'étais arrivé à l'impossible (Plus fort que moi, p.336). Certains d'entre nous savons ce dont Dustan écrit ici. Nous connaissons l'impossible. Le narrateur choisit de partir de Paris.  Dans l'île où il séjourne, au bout d'un mois, j'ai décidé d'aller baiser. Il trouve la boîte de traves locauxDolly, la belle barmaid s'occupe bien de lui. Elle a dit Tu es militaire? J'ai dit Pas tout à fait (Plus fort que moi, p.341).  

 

Deux souvenirs de deux passants dans la rue à Paris me viennent à l'esprit. Le premier date de ma première Gay Pride parisienne en 1993 où j'ai vu Cleews Velley en robe blanche. Se faisant appeler « Miss Act-Up », il était magistral avec son parasol et sa longue traine rose. À sa mort en octobre 1994, Act-Up a jeté ses cendres en deux tirs groupés: selon Wikipedia, le premier est tombé sur une assemblée de l’Union des Assurances de Paris, pour demander que les séropositifs ne soient plus exclus des assurances, et le deuxième sur une réunion de l'Agence du Médicament et des laboratoires Glaxo, pour empêcher la limitation de la distribution du nouveau traitement 3TC. Le deuxième souvenir, c'est Dustan himself, au coin du Carrefour juste en face du BHV. Dans mon souvenir, il porte un jean 501 noir avec une grosse ceinture et une chemise à carreaux rouges. Il est entouré d'une bande de mecs qui n'étaient pas forcément des amis. Dans tous les cas, il est très agité. L'interaction ne dure pas très longtemps mais comporte beaucoup de mouvements de bras. On agit là où on peut. Démultiplions nos puissances.


William Caroline

Notes

À la mémoire de mon père

 

This burning hunger for life not death close up the world is so terrible and sad that we invent small fictions of loving on the edges of those cold oceans

Vers d'un poème des archives de David Wojnarowicz

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