John-Manuel Andriote : interview exclusive

John-Manuel Andriote me rappelle quelqu'un : un disco kid qui s'est trouvé embarqué dans des sujets sérieux et qui se trouve, à 54 ans, vivant à la campagne avec un corps plus vieux qui abrite toujours le disco kid du début. Quand j'ai découvert son essai dans la Gay & Lesbian Review, il y a quelques mois, je me suis mordu les lèvres de plaisir. Pour résumer Reclaiming HIV as a 'Gay' Disease, l'idée de base est : le mouvement LGBT a trahi le travail des gays et des lesbiennes dans le sida en séparant ce dernier de l'agenda gay moderne. Nous avons vu cette tendance dans tous les pays occidentaux quand les gays ont vendu eux-mêmes aux médias l'idée selon laquelle le sida n'était plus une maladie homosexuelle. Il suffisait de regarder les chiffres dans les pays en voie de développement.

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Didier Lestrade

par Didier Lestrade - Mercredi 05 décembre 2012

Journaliste, écrivain, co-fondateur d'Act Up Paris et de Têtu, Didier Lestrade a toujours été en dehors du placard, comme gay, comme séropositif ou comme activiste. On dit qu'il est méchant, en fait il dit juste ce qu'il pense.

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John-Manuel Andriote me rappelle quelqu'un : un disco kid qui s'est trouvé embarqué dans des sujets sérieux et qui se trouve, à 54 ans, vivant à la campagne avec un corps plus vieux qui abrite toujours le disco kid du début. Quand j'ai découvert son essai dans la Gay & Lesbian Review, il y a quelques mois, je me suis mordu les lèvres de plaisir. Pour résumer Reclaiming HIV as a 'Gay' Disease, l'idée de base est : le mouvement LGBT a trahi le travail des gays et des lesbiennes dans le sida en séparant ce dernier de l'agenda gay moderne. Nous avons vu cette tendance dans tous les pays occidentaux quand les gays ont vendu eux-mêmes aux médias l'idée selon laquelle le sida n'était plus une maladie homosexuelle. Il suffisait de regarder les chiffres dans les pays en voie de développement.

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ans les pays occidentaux, le sida reste pourtant une maladie majoritairement masculine - et gay. La déstigmatisation homosexuelle du sida s'est donc effectuée à partir d'un jeu de chiffres qui a fait croire aux gays eux-mêmes que l'épidémie ne les concernait plus. Dix ans plus tard, le constat est là. Les associations LGBT ont laissé tomber le sida, même si on peut dire qu'elles n'ont jamais été leades dans le combat contre la maladie. Et les homosexuels et bisexuels font partie du seul groupe qui, depuis les années 2000, voit les contaminations augmenter.

Didier Lestrade : Votre article Reclaiming HIV as a 'Gay' Disease démontre que la couverture du sida dans la communauté gay a presque disparu lors des dix dernières années. Un accent important a été porté sur l'accès aux soins dans les pays en voie de développement et cela a aussi été encouragé par les associations LGBT qui étaient trop contente de faire un « découplage » entre le sida et les homosexuels. Le but était de les soulager du vieux paradigme : GAY = SIDA.

 

John-Manuel Andriote : Dès que les traitements efficaces sont devenus disponibles et que les gays de la couche moyenne a pu se faire soigner pour le sida dans la tranquillité des bureaux des médecins, ces hommes, et les organisations LGBT qu'ils soutiennent, comme l'Human Rights Campaign (HRC) ou le National Gay & Lesbian Task Force (NGLTF) ici aux Etats-Unis, on perdu tout intérêt pour le sida en tant que sujet majeur de justice sociale et politique. Ces homosexuels ont aussi cessé de donner de l'argent comme ils le faisaient autrefois pour les organisations communautaires que les gays avaient eux-mêmes crées. Ces associations s'occupent pourtant toujours d'un grand nombre de gays et de bisexuels mais ces hommes sont désormais surtout des Afro-américains, ou des Latinos ou des personnes ayant peu de revenus. Je trouve triste que cette situation devienne une triste illustration du racisme et du séparatisme dans la communauté gay, ainsi que dans les priorités du mouvement LGBT aux USA.

 

 

— Tout ceci est aussi arrivé pendant les années 2000 quand le débat sur le bareback a donné une si mauvaise image de la sexualité gay. C'est pourtant la dernière fois que les homosexuels se sont engagés dans une dispute sur ce qui devrait être fait ou pas dans la sexualité gay, et je suis persuadé que c'est un BON sujet. Mais ce fut un combat interne et les associations LGBT se devaient de détourner l'attention vers ce nouveau paradigm : le sida était surtout une épidémie qui concernait les hétéros à travers le monde.

 

Même avant les années 2000, les organisations homosexuelles détournaient la lumière sur la sexualité masculine.  La fin des années 80, quand les militants se rassemblaient à Washington pour encourager le plan fédéral Ryan White de 1990, qui a permis de financer avec des millions de dollars des services pour le sida qui étaient jusqu'alors non couverts par le gouvernement fédéral, ces militants insistaient sur le sida des « femmes et des enfants » et que « tout le monde était à risque devant le VIH » et ceci en grande partie pour faire diversion sur la sexualité gay masculine. Actuellement, le problème c'est que les gays eux-mêmes ne savent plus à quel point le VIH reste un énorme problème pour eux. Les études des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) montrent que pratiquement la moitié des homosexuels Afro-Américains vivant dans 21 grandes villes sont déjà séropositifs : c'est donc qu'il y a un énorme problème pour l'Amérique homosexuelle. Mais c'est toujours ainsi, ce sont les organisations LGBT blanches et aisées qui déterminent les priorités américaines - et il est clair que les personnes homosexuelles de couleur ne sont pas dans leurs priorités. Ces associations sont beaucoup plus motivées par le « droit » de se marier et par la respectabilité de la vie en banlieue que protéger et sauver les vies des jeunes gays vulnérables qui sont à risque devant le VIH.

 

 

— Pendant mes 25 années de militantisme sida, j'ai fini par réaliser que cette focalisation hétérosexuelle sur le sida, aussi nécessaire soit-elle, était poussée par des activistes gays. Pensez-vous qu'il y a un élément de culpabilité ici? Ou même de traitrise? Du genre « Arrêtons de nous focaliser sur le sida des gays afin de montrer aux femmes et aux hétéros que nous sommes concernés par ce qui se passe dans les pays en voie de développent, où les femmes sont en première ligne des personnes touchées? »

 

Oui, regarde ce que je répondais juste au dessus. Je pense que ce fut une stratégie très délibérée pour détourner l'attention sur le fait que l'écrasante majorité des cas de VIH/sida aux Etats-Unis ont été - et sont toujours - parmi les gays et les bis de toutes les ethnies. Oui, je pense que c'est de la culpabilité. Oui, c'est de la honte homosexuelle, et cette soif de respectabilité bourgeoise sur le « On est pareils que les hétéros » signifie que la plupart des militants dans le sida ont tendance à mettre l'accent sur le sida des femmes et des enfants. Depuis les années 80, ils ont dépensé beaucoup d'énergie pour  réduire l'importance du sida chez les gays et les bisexuels parce que cela voudrait autrement reconnaître que les gays ont une sexualité, qu'elle n'est pas toujours safe, et qu'elle ne se passe pas toujours dans des relations « respectables » et monogames.

 

 

Fierté d'avoir survécu

 

— Vous pensez aussi que c'est une manière de se conformer aux attentes des grandes agences comme UNAIDS qui souvent décident des tendances en manière de lutte contre le sida?

 

Il est important de noter que les donateurs, comme les villes ou les états, et aussi au gouvernement fédéral stipule très précisément que les organisations sida doivent aider « tout le monde », en dehors des considérations sexuelles ou ethniques. Ce qui a créé une situation ubuesque pour de nombreuses organisations communautaires qui ont été fondées au départ pour aider spécifiquement les gays. Elles doivent donc réfléchir si elles sont des organisations gays ou une organisation sida, dans le sens plus large. Mon avis est que l'Amérique homosexuelle, et les organisations sida, devraient revendiquer notre expérience unique dans cette épidémie. Les gays et les bis de toutes les races ont été affectés d'une manière beaucoup plus importante qu'aucune autre communauté car le formidable héroïsme des gays et des lesbiennes devrait être célébré. Les LGBT ont de quoi être fiers.

 

 

— La grande tendance pour ce 1er décembre, journée mondiale de la lutte contre le sida, ce sont les études qui attestent de la baisse du sida dans les pays en voie de développement, ce qui est, bien sûr, une nouvelle fantastique. Le problème, c'est qu'une fois de plus, on se focalise moins sur les gays pour adopter une analyse plus « globale ». Qu'en pensez-vous?

 

Dans tous les pays où le sida est suivi, les hommes qui ont des relations avec des hommes (HSM), plus connus sous le terme de gays ou de bisexuels, subissent un poids disproportionné en termes de contamination. En outre, plus de 76 pays ont des lois anti-gay — sept d'entre eux avec des risques de condamnation à mort — juste parce qu'ils sont dénoncés en tant que gays, ou qu'ils sont pris en flagrant délit. Avec un tel stigma contre les homosexuels, il n'est pas très étonnant si les gays et les bis ne sont pas plus enclins à se faire dépister, ou à retarder un traitement s'ils sont séropositifs. Le VIH est toujours vu comme un marqueur de l'homosexualité donc si vous êtes séropositif, cela revient à dire que vous avez des relations avec des personnes du même sexe. Donc les gays et les bis et souffrent en silence et vivent non seulement avec un risque accru d'être contaminé mais en plus subissent des complications médicales, menant parfois au décès, parce que ces hommes ont peur de se faire soigner. Nous ne pourrons pas contrôler le VIH et mettre fin au sida tant que tout le monde est d'accord pour admettre que le VIH est un virus moralement neutre qui ne signale qu'une chose : nous vivons dans un monde dangereux et nous devons offrir un soutien et des services égaux à tous ceux qui sont à grand risque devant le VIH (y compris les gays et bis).

 

 

— Donc le combat contre le sida a toujours été un problème dans l'agenda gay. De nos jours, on s'engage beaucoup pour le mariage gay, contre l'homophobie, Don't Ask Don't Tell, les sujets LGBT dans leur ensemble. Je ne dis pas, bien sûr, que ces sujets ne sont pas fondamentaux, ils le sont d'une manière importante. Mais il y a eu et il y a toujours une compétition sur ces priorités dans l'agenda gay. Et le sida semble perdre le terrain.

 

Dans la nouvelle édition de mon livre Victory Deferred, je cite Lorri Jean, la directrice du Centre Gay et lesbien de Los Angeles, qui décrit une soirée à laquelle elle avait été invitée qui rassemblait les leaders des organisations LGBT à travers les USA. Et pendant cette soirée, le sida n'était même pas à l'agenda. Je trouve ça effrayant et insultant que la mémoire de centaines de milliers d'homosexuels mort du sida ne soit pas honorée, ainsi que leurs familles et leurs amis qui se sont battus et qui ont récolté beaucoup d'argent pour s'assurer que ces gays - et tous les malades - ne soient pas oubliés. Ces gays et lesbiennes privilégiés, surtout urbains, sont complètement coupés de la réalité de la plupart des personnes LGBT qui ne vivent pas dans les beaux quartiers homosexuels, qui sont des travailleurs prolétaires et qui sont très touchés par la cris actuelle et tous les crédits qui ont été supprimés pour les aider depuis quelques années. Donc, leur priorité, c'est le mariage, parce que ça les arrange ainsi que les gens comme eux. Le mariage n'est pas une priorité pour les jeunes gays de couleur ou pour les gays âgés séropos qui sont désormais au chômage qui dépendent des services publics pour s'acheter les médicaments antirétroviraux. Mais vous ne voyez pas ces problèmes dans les discussions sur les priorités des grandes associations LGBT. C'est une honte, vraiment. C'est l'épidémie du sida qui a CONSTRUIT le mouvement politique LGBT et maintenant ceux qui ont le plus bénéficié des financements dans le sida, ceux qui bénéficient de salaires pour leur travail associatif sont devenus très limités dans leur vision - et surtout dans leur propre intérêt.

 

 

Énorme perte de culture

 

— Dans un sens, c'est quelque chose qui augmente le fossé générationnel, qui n'a jamais été aussi grand dans la communauté gay. Les jeunes LGBT ont tendance à penser que l'ensemble de la culture sida est quelque chose que l'on peut oublier. En France, par exemple, on assiste à une énorme perdition de l'histoire du sida, des archives, de tout. Et c'est un énorme pan de l'histoire homosexuelle que nous mettons de côté.

 

C'est la même chose aux Etats-Unis. Le mouvement professionnel LGBT - les personnes qui sont payées avec des salaires récoltés auprès des personnes LGBT - ont mis le sida sur le côté parce qu'ils ont eux-mêmes une assurance privée, leurs amis ne décèdent plus du sida et ils ont perdu le contact avec la réalité de la vie de la majorité des personnes séropositives, y compris les gays et les bis. C'est à ces organisations LGBT de sauvegarder l'histoire de l'expérience communautaire dans le sida mais nous voyons que ces organisations sont trop contentes d'oublier ce que nous avons vécu. Et du coup, nous perdons les grandes histoires d'héroïsme et d'accomplissement dans toutes les réponses que notre communauté a pu inventer face au sida.

 

 

— Nous sommes donc d'accord sur le fait que le sida a construit le mouvement gay. Je dis souvent que ce que nous avons réussi avec les première trithérapies à la fin des années 90 est sûrement le plus grand cadeau des LGBT à la société moderne (nous voyons désormais les taux de contamination du VIH baisser à travers le monde PARCE QUE nous avons contribué à la mise sur le marché de ces médicaments, de A à Z). Alors, pourquoi le mouvement gay est-il si réticent à imposer cette idée? La victoire sir le sida devrait être le clé de coûte de ce que les gays peuvent apporter à la société, au même titre que la culture, etc.

 

Oui, je suis totalement d'accord. Les militants de la cause LGBT ont contribué à un changement sans précédent dans le processus de la recherche scientifique. Désormais, les chercheurs qui travaillent sur les nouveaux traitements contre le sida ou les autres maladies n'hésitent plus à inclure des « consommateurs » dans leurs comités. A chaque fois que je parle avec un chercheur, on crédite les activistes du sida sur l'impact des droits des malades dans la médecine. Je pense aussi que ce que nous avons obtenu pendant les années sida devrait être crié sur tous les toits. On aurait pu se taire, subir la honte et la stigmatisation que la société voulait nous infliger, à cause de notre homosexualité, de notre sida. Mais nous étions là et nous étions des gays fiers, et nous avons répondu « Fuck that! ». Et ça a fait toute la différence pour des millions et des millions de personnes à travers le monde qui bénéficient aujourd'hui de l'empowerment qui a commencé avec les gays séropositifs aux Etats-Unis au début des années 80. Je suis très fier de ces hommes et je pense faire tout ce que je peux pour honorer leur souvenir.

 

 

— De nouveaux outils sont désormais disponibles contre le VIH : des tests de dépistage rapide, le traitement en tant que prévention et pourtant, toujours plus d'homosexuels contractent le VIH, les hépatites, les IST... Est-ce que les associations LGBT ont abandonné ce combat? Comment comprendre que des pays plus défavorisés que les nôtres parviennent à réduire les taux de contamination tandis que les homosexuels des pays occidentaux continuent de s'infecter? Pensez-vous que le secret qui entoure ce sujet permet aux homosexuels de savourer une période de repos après le combat contre le sida? Les dix dernières années ont vu le phénomène du bareback devenir presque « normal »...

 

Je vis dans le Connecticut et je ne crois pas que l'approche « Don't Ask, Don't Tell » que je vois chez de nombreux gays est le résultat d'une envie de savourer un repos. Je pense plutôt que c'est le résultat d'une stigmatisation qui est toujours associée au statut de séropositif et que tout ceci trouve directement sa source dans l'ignorance des moyens de transmission du virus et sur l'efficacité des traitements. Je suis très convaincu par l'idée de la responsabilité personnelle et je crois que les individus ont le choix de se protéger et de protéger leurs partenaires. Par exemple, un adulte rationnel ne devrait pas s'imaginer que quelqu'un va lui dire la vérité sur un site de drague sur Internet. Soyons honnêtes : les hommes mentent sur les informations personnelles si ça leur permet d'avoir du sexe. Mon conseil est celui-ci : Amusez-vous mais ne mettez pas votre santé et votre vie dans les mains d'un étranger, en croyant que ce dernier va vous dire la vérité sur son statut sérologique, ou s'il connaît même d'ailleurs quel est son statut sérologique. Appréciez le sexe mais soyez sélectif sur ce que vous faites et avec qui vous le faites et vous rencontrerez des hommes formidables - séropos ou pas - et vous aurez moins de crainte devant un risque d'infection. Ceci dit, pourtant, cela sous-entend que les gays doivent être responsables de notre santé mentale et émotionnelle aussi. Nous grandissons avec les effets psychologiques négatifs causés par le bullying, les insultes, le rejet. Il faut prendre tout ça en considération dans le cadre d'un échange sexuel chargé et espérer que l'homme qui est avec vous va vous guérir alors que lui-même souffre des mêmes problèmes, c'est pas très sain. Donc... Concentrez-vous sur votre propre santé, choisissez avec qui vous ferez ce que vous voulez faire, ne faite pas n'importe quoi avec n'importe qui - et on peut s'amuser ainsi et réduire d'une manière importante les nouvelles contaminations par VIH et hépatites et toutes les choses dangereuses qui sont là et qui nous attendent.

 

 

— Les gays ont aujourd'hui 60 fois plus de risque de contracter le VIH que les hétérosexuels. Qu'est-ce que cela nous apprend sur la connaissance accumulée pendant les mauvaises années du sida? Est-ce que cela veut dire qu'il faut tout oublier? Est-ce que ça veut dire que nous nous sommes battus contre cette maladie uniquement parce que nous étions terrifiés? N'avons-nous pas appris quelque chose dans la manière de nous préoccuper des autres, même dans le cas d'une « sexualité écologique »?

 

Il est essentiel que les homosexuels plus âgés jouent un rôle actif dans le fait de préserver et garder vivants les souvenirs de ce que nous avons enduré et appris. Nous ne pouvons pas attendre des jeunes, qui n'ont pas vécu ce que nous avons vécu, de connaître l'histoire de notre communauté. Comme dans tout groupe ethnique, ou communauté, ou institution, c'est aux aînés de transmettre notre héritage et notre sagesse aux jeunes générations. Dans une communauté LGBT qui a toujours souffert de fossés générationnels, il faudra beaucoup d'effort de la part de ces hommes plus âgés l'envie d'endosser le rôle de  « vieux », d'ainés, de mentors. Et il faudra des efforts de la part de la jeune génération pour s'intéresser et apprendre leur propre histoire. Une histoire très fière, nourrie par des personnes résilientes et imaginatives.

 

 

— Mais si le mouvement gay oublie sa plus grande victoire historique, qu'est-ce que cela dit sur notre futur? Si la plupart des nouveaux cas de sida dans notre communauté affectent les groupes ethniques et les gays défavorisés, qu'est-ce que cela veut dire sur notre calendrier militant?

 

Nous devons obliger chaque association sui se réclame du sigle LGBT d'inclure TOUTES les personnes LGBT dans ses actions et non pas seulement la couche aisée des personnes qui bénéficient d'une bonne éducation et des métiers de cadres.

 

 

Risque ≠ Peur

 

— Et qu'est-ce que cela veut dire sur les études qui montrent que ceux qui prennent le plus de risques sont précisément ceux qui appartiennent aux couches sociales les plus favorisées?

 

Ils prennent les plus grands risques parce qu'ils ont moins peur. S'ils attrapent le VIH ou quoi que ce soit, ils savent qu'ils pourront avoir accès aux soins médicaux dont ils ont besoin.

 

 

— Si les gays trouvent un réconfort dans l'idée que le sida n'est plus une maladie homosexuelle, que peut-on faire pour corriger cette appréciation? Est-ce suffisant de faire des documentaires merveilleux comme We Were Here? Est-ce que ça va changer quoi que ce soit? Ou est-ce que la minorité radicale LGBT est en train de perdre le combat face à une majorité LGT plus mainstream?

 

De mon point de vue personnel, tout ce que je peux faire est écrire des articles comme celui qui a été publié dans la Gay & Lesbian Review, Reclaiming HIV as a 'Gay' Disease. J'espère seulement pouvoir embarrasser des organisations telles que HRC ou NGLTF pour exposer publiquement leur manque de focus ou de moyens pour les gays. Au-delà de ça, tout ce que je peux faire se résume à mon écriture et mes conférences.

 

 

— Voyez-vous cette discussion comme faisant partie d'un cycle naturel? Croyez-vous que les jeunes LGBT vont sentir le besoin de relancer l'histoire du sida homosexuel comme, en quelque sorte, les hipsters sont en train de faire revivre le vieux look clone en le rendant plus moderne? Je veux dire : pensez-vous qu'il faudra encore des années pour que la nouvelle génération revienne vers nous et découvre ce qu'elle a perdu. Ou bien ne viendront-ils plus jamais, parce que le mouvement LGBT n'a pas envie d'aller dans cette direction?

 

Je pense qu'il est important de comprendre que le VIH n'est pas seulement un problème gay mais que c'est un problème d'une importance cruciale pour les homosexuels en général, de toutes les races et les couches sociales. Encore une fois, c'est aux gays plus âgés, les vétérans de la lutte, de continuer à en parler. Mais je crois que nous pouvons, et nous devrions, le faire d'une manière positive. Personne ne veut entendre les histoires horribles sur la maladie et la mort - et nous ne voulons même plus entendre ces histoires nous-mêmes. Ce sont des souvenirs atroces avec lesquels nous devons vivre. Mais je suis persuadé que nous pouvons garder cette histoire vivante en la présentant d'une manière positive, ce que j'appelle « l'héritage héroïque de l'Amérique homosexuelle dans l'épidémie du sida ». Quand les jeunes, et les futures générations, seront intéressés à l'idée d'apprendre davantage sur le sida et comment il a affecté les homosexuels en particulier, je suis fier de penser qu'ils pourront lire mon livre Victory Deferred ou consulter la collection de mes interviews ou articles au Smithsonian. J'ai fait ce que je pouvais pour protéger notre héritage et j'adore en parler avec les jeunes à chaque fois que je peux.


Didier Lestrade

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